La science et la politique, Peppino Terpolilli*

*Peppino Terpolilli est mathématicien, membre du comité de Progressistes

Aujourd’hui, l’humanitĂ© affronte de sĂ©rieux problĂšmes qui nĂ©cessitent les sciences pour mieux les comprendre et l’action politique pour proposer des solutions. Ce sont les problĂšmes de santĂ© publique avec la pandĂ©mie de la covid-19, du dĂ©rĂšglement climatique d’origine anthropique et de la nĂ©cessaire transition Ă©nergĂ©tique ainsi que de l’accĂšs aux ressources miniĂšres.

La science produit dans divers domaines des lois et des thĂ©ories qui peuvent ĂȘtre contre-intuitives. Un exemple : jusqu’au XVIIe siĂšcle, on a cru que le mouvement Ă©tait dĂ» Ă  l’application d’une force sur l’objet qui se dĂ©plaçait. En fait, la loi d’inertie dĂ©couverte par GalilĂ©e nous enseigne que la force fait varier le mouvement, et correspond donc Ă  une accĂ©lĂ©ration qui fait varier la vitesse. Cet Ă©cart entre les lois mĂ©caniques et les problĂšmes matĂ©riels usuels nous indique que l’« application » des sciences n’est pas immĂ©diate. Les technologies sont l’art d’accommoder les sciences aux problĂšmes concrets de tous les jours.

L’exemple mentionnĂ©, issu de la physique, est en fait bien simple par rapport aux problĂšmes posĂ©s par l’évolution du climat ou des pandĂ©mies. Ces situations nĂ©cessitent le concours de diverses sciences et connaissances pratiques pour Ă©tablir des constats, ou encore des prĂ©visions utiles Ă  l’action politique.

Une confusion est souvent faite entre science et recherche : la science est un ensemble de connaissances, de lois qui sont aussi prouvĂ©es par leurs efficacitĂ©s dans les applications. Et on parle de recherche lorsque surgit ou est identifiĂ© un problĂšme nouveau qui Ă©chappe aux connaissances du moment et qu’il faut affronter. Dans cette situation, il arrive souvent que les experts ne soient pas d’accord entre eux.

Pour traiter de ces situations complexes, l’action politique a besoin des rĂ©sultats des sciences et des technologies. Or leur traitement est aussi tributaire de l’opinion publique, qui se forme Ă  travers les institutions dĂ©mocratiques et l’action des partis, mais Ă©galement par l’action des mĂ©dias et, de plus en plus, Ă  travers les rĂ©seaux sociaux.

Les convictions des citoyens peuvent ĂȘtre influencĂ©es par quiconque intervient sur ces rĂ©seaux. Il faut rappeler que la science n’est pas de type rĂ©fĂ©rendaire : l’opinion « majoritaire » ne fait pas les lois, pas plus qu’elle ne dĂ©termine les faits scientifiques. Malheureusement, l’éthique scientifique n’a pas toujours Ă©tĂ© respectĂ©e lors des dĂ©bats sur les traitements de la covid-19.

Les articles qui constituent ce dossier Ă©clairent la complexitĂ© des relations entre la science et la politique, et nous rappellent que les choix scientifiques et politiques sont souvent influencĂ©s par des questions d’intĂ©rĂȘts, comme le dĂ©montrent en particulier les difficultĂ©s non surmontĂ©es pour parvenir Ă  l’ouverture des brevets afin de permettre une couverture vaccinale mondiale, nĂ©cessaire Ă  l’éradication de la pandĂ©mie.  

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