Pour une véritable culture industrielle, sortir de l’infantilisme technologique, Amar Bellal*

Une tribune électrochoc, écrite en juillet 2018 afin d’interpeller l’ensemble de la gauche à prendre au sérieux les questions industrielles. Le propos est vif, le style tranché et teinté d’humour, mais qui a efficacement attiré l’attention du monde intellectuel.

*Amar BELLAL est rédacteur en chef de Progressistes.


Un enjeu central
L’industrie est le coeur de la production de richesse d’un pays. Nous pouvons tirer n’importe quel fil de l’activité humaine, l’enseignement, le secteur de la santé, le transport, au bout se trouvera immanquablement une filière de production, une usine pour le dire plus simplement. Le secteur des services n’est bien souvent qu’au service d’un processus industriel quand il n’en dépend pas très étroitement : sans un secteur industriel fort, un pays est condamné, à plus ou moins long terme : il devra importer massivement les produits qu’il consomme, avec le déséquilibre de la balance commerciale et l’appauvrissement qui s’ensuivent. Cela doit naturellement occuper une place importante dans notre réflexion politique.

Un défaut grave de culture industrielle

On se heurte pourtant à une difficulté. La sociologie des partis politiques qui se réclament de la gauche a beaucoup changé, et plus particulièrement parmi ceux qui animent les groupes d’idées et ceux chargés de rassembler la réflexion sur ce sujet : beaucoup d’enseignants, de militants issus des sciences humaines n’ont pas toujours assez d’expérience dans ces secteurs. Il ne s’agit pas ici de les blâmer bien sûr, l’auteur de ces lignes est d’ailleurs issu de ces milieux. Mais convenons-en: il en découle souvent un désintérêt et un manque d’expertise autour de ces enjeux. Cette perte d’expertise est dramatique car elle est la porte ouverte à toutes sortes d’utopies faciles d’accès, qui donnent l’impression de fournir à peu de frais une culture dans ce domaine. Cette culture se limite souvent à la lecture du dernier livre à la mode qui met en avant telle ou telle vison utopiste de ce que serait l’industrie de demain, par exemple. Ainsi en est-il de la fascination autour des imprimantes 3D, des fablabs, de la société du « tous producteurs », de certaines visions proudhoniennes de l’économie, des graves sous-estimations des défis énergétiques… Il faut dire que les philosophes et les sociologues spécialisés dans la narration de certaines utopies technologistes ne manquent pas: Besnier, Rifkin, Morin, Stiegler…, pseudo-visionnaires qui ont pour point commun de ne pas comprendre grand-chose aux réalités industrielles et au monde de la recherche, pour ne s’y être jamais vraiment frottés, et pour tout dire n’y avoir jamais travaillé et n’ayant jamais réalisé le moindre projet concret. Leurs ouvrages sont, hélas, les livres de chevet de beaucoup de dirigeants à gauche qui s’imaginent être à la pointe de l’avant-gardisme en en reprenant les idées. Pourtant, il suffit d’échanger avec quelques ingénieurs ou chercheurs d’école d’ingénieurs, d’institut de technologie, en processus de production ou en génie productique pour comprendre que ces visions sont surtout idéologiques. Les évolutions de l’industrie et ses bouleversements sont ailleurs, dans ce qu’on recouvre par le terme générique d’usine du futur, beaucoup plus difficile à appréhender mais dont les germes sont déjà là, avec des conséquences indiscutables sur les conditions de travail, comme cela apparaît lorsqu’on prend la peine de discuter avec des salariés ou des militants syndicaux sur le terrain. Penchons-nous sur les « égarements » les plus fréquemment rencontrés sur le sujet. Un premier pas serait de déconstruire les visions simplistes et erronées mais répandues autour de la production et de l’industrie.

La paillasse de laboratoire et la grande échelle
Ce qui fonctionne sur une paillasse de laboratoire ne fonctionne pas forcément à grande échelle. Ainsi en est-il, entre autres, des utopies sur la « société hydrogène » et la production d’énergie décentralisée qui nous permettraient, selon certains, de nous passer des grandes unités de production. La pile à combustible existe, la voiture à hydrogène existe, et ce depuis plusieurs dizaines d’années, mais si cela ne se généralise pas, ce n’est pas parce qu’il y aurait un complot contre cette technologie, fomenté par les industriels de l’automobile par exemple, mais tout simplement parce que c’est très cher et d’un rendement médiocre, et que les chercheurs du monde entier ne trouvent pas de solution pour qu’il en soit autrement. Le domaine de l’énergie est d’ailleurs un des secteurs les plus propices à ces visions qui font fi des ordres de grandeurs et de l’état réel des technologies et des perspectives à plus ou moins long terme. Comment expliquer cela à un dirigeant politique qui, ayant lu le dernier livre de Rifkin, ne jure que par lui, et s’imagine ainsi être un avant-gardiste visionnaire face à des scientifiques ringards et frileux, selon lui, qui lui expliquent le contraire? C’est très difficile (c’est du vécu).

stock methane
Un exemple de procédé qui a du mal à dépasser le stade du prototypage : les unités de stockage d’électricité par méthanation (power to gas). Ces prototypes existent depuis des années, mais les rendements, les quantités stockées et la fiabilité technologique ne sont pas à la hauteur des énormes besoins énergétiques ne serait ce qu’à l’échelle d’un petit territoire…

Notre penchant pour la science-fiction et le sensationnel
On pourrait aussi citer le délire autour de l’homme « augmenté » et du transhumanisme. C’est la première chose qui nous vient à l’esprit lorsqu’on évoque les progrès de la robotique appliquée à l’homme sous forme de prothèses évoluées. Mais, dans ce domaine précis, l’écrasante majorité des chercheurs en robotique cherchent tout simplement à améliorer le quotidien de personnes qui ont perdu un membre et sont gravement handicapées, ou bien cherchent par exemple à fabriquer un coeur artificiel le plus fiable possible : non pas pour créer de nouvelles émotions artificielles, dans un délire puéril de film de science-fiction, mais plus « prosaïquement » pour prolonger la vie de milliers de personnes. Et nous passons à côté de cela, de toute une filière, nous focalisant sur l’accessoire, en contribuant à véhiculer les fantasmes de certains philosophes qui voient venir la fin de l’humanité ou une menace pour l’espèce humaine. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait fréquenter vraiment les chercheurs de cette discipline et s’y intéresser sincèrement, débattre avec eux, quitte à écrire des livres moins sensationnels. Peut-être aussi faire un stage de découverte pour s’immerger dans le monde de la recherche et de l’industrie : il n’y a pas de honte à cela, et cela éviterait d’écrire et de professer des contrevérités.

Une utopie technologiste emblématique : les fablabs
L’avenir serait aux fablabs et aux associations de quartier de type do it yourself (« faites-le vous-même »), le tout sous couvert d’une aspiration à l’émancipation de chacun, enfin libre de produire soi-même la poignée de porte cassée de son logement dans son fablab de quartier – plutôt que d’aller l’acheter à Castorama, acte très aliénant, il va sans dire – et selon son désir et pour l’usage voulu: voilà pour le volet « émancipation »… Ce serait annonciateur de la fin des usines telles qu’on les connaît, la fin des gros centres de production : place à la décentralisation des productions, au partage des savoirs et des connaissances qui feront que n’importe qui pourra produire ce que bon lui semble en s’improvisant ingénieur, technicien et ouvrier spécialisé, dans la branche qu’il veut, selon la pièce ou l’objet qu’il veut produire soi-même, et en téléchargeant le plan de fabrication sur Internet sur des plates-formes collaboratives (dans ce cas, il ne faut pas avoir peur de sacrifier ses congés de Noël si les freins de son vélo lâchent et qu’on ne veut surtout pas passer à Décathlon…).
C’est une vision naïve du monde qui nous entoure, car elle sous-estime le haut niveau de technicité des objets les plus banals de notre quotidien ainsi que les problèmes ardus qu’ont dû résoudre ingénieurs et techniciens pour produire des objets avec des cahiers des charges de plus en plus exigeants en termes de résistance des matériaux, de fiabilité, de normes sanitaires et de sécurité, et avec la nécessité de les produire à des centaines de milliers d’exemplaires avec le même niveau de qualité. Autant dire que fabriquer ne serait-ce qu’un « simple » pédalier de vélo, un stylo-bille ou même un pot de yaourt n’est pas à la portée du bricoleur du dimanche! Faut-il rappeler que des normes et des métiers très pointus existent, qui interdisent toute utopie de ce genre, à moins d’accepter un recul de civilisation sans précédent avec un retour à l’artisanat ? Certes, on peut rétorquer que la NASA a une imprimante 3D à bord de l’ISS, que la médecine produit des prothèses à partir d’imprimantes 3D, qu’Airbus produit également des pièces à partir de ce type de procédé, et s’imaginer qu’on est avant-gardiste en voyant là les prémices d’une nouvelle révolution des modes de production. Mais cela fonctionne parce que dans ces cas très précis et spécifiques – dans ce qu’on appelle des « niches » – l’intérêt est réel, rien à voir donc avec un bouleversement général (encore moins une « révolution »). Ainsi, pour la NASA, l’isolement de l’ISS exige qu’une pièce, aussi spécifique soit-elle, puisse être produite en urgence en dépannage à bord : en effet, à 400 km d’altitude, les garagistes sont rares. En médecine, une prothèse est unique pour un être humain, unique lui aussi, qui va la recevoir. Enfin, Airbus a les moyens de se payer une imprimante extrêmement performante, très chère et très spécifique aux pièces qu’elle va réaliser, et qui ne servira que là. D’ailleurs, pour que les centres fablabs soient vraiment efficaces, il faudrait disposer de machines et d’imprimantes 3D très coûteuses et performantes, se spécialiser dans la production de quelques objets précis pour optimiser la matière et en faire beaucoup, et ensuite que ces machines très chères soient regroupées dans un même lieu avec du personnel qualifié sachant les piloter et assembler les pièces du produit fini (pour faire ne serait-ce qu’un vélo il faudrait des dizaines d’imprimantes 3D compte tenu des différentes pièces et matériaux nécessaires). Comment appellera- t-on de tels lieux ? … des usines, tout simplement ! On revient ainsi à la case départ, et avec le questionnement des fablabs on rejoue le débat autour du passage de l’artisanat à l’ère moderne de l’efficacité industrielle, depuis longtemps tranché. On se fait plaisir avec un vernis de modèle alternatif rebelle et contestataire.Avec de telles idées, autant dire que les financiers tremblent ! L’illusion vient du fait qu’on confond l’imprimante 3D des travaux pratiques de collège du professeur de technologie, soucieux de faire réaliser des activités à ses élèves, et l’imprimante 3D de l’atelier de PSA ou d’Airbus, qui n’est rien d’autre qu’une évolution de l’usinage à commande numérique, qui existe déjà. Mais pour le comprendre il faut un minimum de culture technologique et une notion sur les contraintes qu’une ligne de production pose. Ne pas confondre progrès, niches et révolution technologique.

Appréhender le «temps industriel»
Le temps industriel est un temps long. Déployer une technologie, développer une filière, fiabiliser un produit, d’un modèle d’Airbus au réacteur EPR, en passant par le TGV ou le dernier moteur à combustion qui sera produit par millions, c’est long et pas souvent compatible avec certaines incantations et impatiences exprimées par des idéologues (surtout âpres au gain et visant le profit immédiat) qui proposent de remplacer des secteurs entiers par des filières qui ne sont pas mûres et ne dépassent même pas le stade de la paillasse de laboratoire ou du prototype. Ces discours de la « table rase » ont des effets catastrophiques car mettant sous pression des industries entières sommées constamment de justifier de leur utilité, devant sans cesse s’excuser d’exister, provoquant ainsi de graves crises des vocations (la meilleure façon de tuer une filière ? envoyer le signal qu’on n’investira plus dans ce domaine, et les écoles d’ingénieurs se vident). Comment s’étonner que les facultés de sciences soient désertées de façon aussi dramatique? Doit-on rappeler qu’il faut cinq à six générations d’effort, de travail, pour développer une filière industrielle d’excellence dans un pays mais seulement cinq à dix ans pour la détruire? Aussi faut-il veiller à ne pas relayer des discours faciles d’anticipation de la fin de telle ou telle technologie. Ce n’est pas faire preuve d’avant-gardisme que de prôner le « nouveau » systématiquement et de vouloir tout remplacer avec une nouvelle idée tous les deux ans : ce n’est pas sérieux. On devient les idiots utiles du système, car ce sont ces discours qui déclenchent en silence la disparition du peu d’industrie qu’il nous reste : on rejoue en version moderne la fable de Perrette et le pot au lait, en perdant ce qu’on sait déjà faire avec la promesse de nouvelles filières qui ne verront pas le jour, car non viables. Et la finance, s’intéressant de moins en moins aux usines, à la rentabilité médiocre par rapport à la spéculation, s’en frotte les mains.

Un oubli fréquent : le support matériel de la révolution numérique
C’est une figure de style : quand on parle de révolution numérique, on dit BlaBlaCar, Uber, Waze, GAFAM, on explique qu’il y a d’immenses potentialités avec les « communs » grâce aux logiciels libres, on use de formules du type « un autre Internet est possible ! si on se donne les moyens d’une maîtrise publique », etc., mais dans des rendez- vous, colloques et autres journées d’étude, on évite soigneusement d’inviter un syndicaliste d’Orange ou d’Alcatel (maintenant racheté par Nokia), ou un ingénieur des télécommunications, de l’industrie informatique ou des nouvelles technologies : il n’y a de place que pour les hackers ou les militants du logiciel libre. Cela empêche d’appréhender le cœur des évolutions profondes dans des pans entiers de l’économie. Il est pourtant à la portée de n’importe qui d’avoir la présence d’esprit d’inviter un ingénieur de cette filière afin qu’il nous parle du support de cette révolution numérique : la fabrication des serveurs, des réseaux, des fibres optiques, des composants électroniques, sans lesquels Internet et tout le reste n’existeraient pas. Une entreprise comme Alcatel a été rachetée trois fois déjà, peut-être serait-il temps de s’y intéresser et de comprendre que les « données » et leur traitement sont une dimension essentielle, mais que les « tuyaux » les transportant et ceux qui les fabriquent sont tout aussi importants.
De grands mouvements se font dans le monde impitoyable du capitalisme pour récupérer des brevets et des savoir-faire précieux de cette industrie. À défaut de pouvoir/vouloir aborder ces sujets, de sincèrement et collectivement les travailler, on se contente des aspects périphériques, flattant ce qu’on croit déjà savoir, ce qu’on a entendu mille fois dans les médias. Et ne cachons pas ce penchant : ce sont surtout les idées les plus compatibles avec une culture de type cyberpunk, proche de l’univers d’anarchistes « hacker » de la côte ouest états-unienne, qu’on favorise et valorise, celles qui sont à la portée d’utopistes contemplant le monde du haut de leur bureau, mais n’ayant jamais vraiment travaillé dans ces secteurs.

L’économie immatérielle est de plus en plus… matérielle
Il est frappant de voir des personnes avec de forts penchants pour la décroissance exposer leurs thèses sur les réseaux sociaux, par courriel, par blog, et expliquer que l’économie est de plus en plus immatérielle et qu’on peut économiser énormément d’énergie et de matière première grâce aux nouvelles technologies. Pourtant, c’est tout le contraire : pour exister, ces technologies nécessitent énormément de matière première et d’énergie. Derrière les heures passées sur les réseaux sociaux, il y a une consommation énergétique phénoménale pour faire fonctionner les serveurs et centres de données. D’autre part, l’exigence de miniaturisation, paradoxalement, est un facteur aggravant sur le plan environnemental : elle demande d’aller chercher des matériaux de plus en plus rares, et derrière l’apparence anodine d’un smartphone, cet accès à Internet qui tient dans notre poche, il y a toutes ces mines en Afrique, en Chine, de plus en plus immenses pour justement assouvir notre soif d’économie « immatérielle » : Internet, smartphone, écrans plats… Et si un jour on avait idée d’ouvrir de telles mines en France nous aurions à coup sûr des ZAD partout et des millions d’internautes mobilisés pour dire « non », avec des outils nécessitant donc massivement ces métaux rares. Relevons cette absurdité. Mais tant que les mines sont ailleurs qu’en France…

Le « pétrole de demain » ce sera… le pétrole
« Les données informatiques sont le pétrole de demain », voilà l’expression la plus agaçante qu’on entend dans les médias, reprise dans des milieux militants, pour sensibiliser aux enjeux autour du big data. On peut traiter un enjeu sérieux (le traitement des données) sans être obligé de verser dans le sensationnel. Non, le pétrole de demain, ça restera le pétrole… et pour longtemps! En effet, comme dit plus haut, pour maintenir toutes ces technologies en fonctionnement, ce seront surtout les matières premières et l’énergie qui manqueront cruellement à l’humanité. On fera des guerres de plus en plus dures pour acquérir les dernières réserves pétrolières, car cette ressource restera indispensable dans certaines applications. Et il en va de même pour toutes les matières premières, y compris un minerai aussi banal que le cuivre!

La matière reste essentielle
Oui, la révolution numérique a un impact dans pratiquement tous les métiers; elle permet un travail collaboratif plus important, une meilleure réactivité, des projets conçus en amont avec une précision de plus en plus fine, les logiciels sont de plus en plus ergonomiques et capables de véritables prouesses de calcul. Il est loin le temps où des équipes entières de techniciens et d’ingénieurs dans les bureaux d’étude faisaient et refaisaient des calculs à la main, et derrière les revérifiaient encore et encore pendant des semaines. Aujourd’hui, grâce à des logiciels dédiés, cette étape peut se faire en quelques heures et par une seule personne. C’est un progrès spectaculaire, mais qui ne doit pas non plus faire illusion sur la part qui relève du « numérique » et celle qui relève de « la mise en œuvre de la matière », qui reste malgré tout essentielle dans la valeur ajoutée: elle conditionne même toute la chaîne de production.
Prenons un exemple : pour faire un réacteur EPR, il y a des années de calcul, de conceptions, d’essais, de prototypages avec des logiciels puissants, du travail impliquant des dizaines d’équipes, des milliers d’ingénieurs et de chercheurs, où le numérique va effectivement jouer un grand rôle. Mais une fois le projet stabilisé il faut le réaliser concrètement, ce qui implique de savoir couler du béton de qualité, de produire et de souder de l’acier de haute qualité, sur place de s’assurer de la qualité de la réalisation en conformité avec les plans, d’affiner les systèmes électromécaniques, l’électricité de haute puissance, etc., et de savoir faire travailler des dizaines d’entreprises à la fois, d’effectuer tous les contrôles d’étanchéité des systèmes et de répondre à des critères très sévères de sûreté, et tout cela devra être répété pour des dizaines de réacteurs si on part de l’hypothèse d’un renouvellement du parc nucléaire en France, et même sur des centaines d’exemplaires si on vise un objectif de déploiement mondial. On comprend dès lors que la part de conception restera mineure face à la réalisation concrète de ces exemplaires, même si la part du numérique ne disparaît pas complètement loin de là.
L’exemple de l’EPR reste valable pour les grands projets industriels. Et c’est le grand problème en France : il suffit de voir les retards de l’EPR – toute une génération doit réapprendre à traiter ce type d’ouvrage –, les retards de différents chantiers et les multiples erreurs et bugs dans l’industrie. On manque de main d’oeuvre qualifiée au sens large, d’ingénieurs de terrain… le fameux « savoir-faire français » se perd. C’est en partie dû au fait qu’on a longtemps cru que « tout était numérique » et que l’essentiel s’y jouait, qu’il suffisait d’avoir un beau dessin technique sur son écran d’ordinateur en 3D avec des détails et une anticipation de tous les paramètres très poussée, aboutissement d’années d’études et de recherches d’équipes d’ingénieurs, pour croire – chimère! – que le plus dur était fait. Non, il faut aussi que la réalisation sur place puisse suivre, et elle exige peut-être des compétences encore plus poussées : la nature, le terrain, ça ne pardonne pas, et ils sont incomplètement restitués à travers les logiciels. Ces questions sont d’ordre politique. Pour les forces de gauche, renoncer aux utopies faciles, technologistes, et retrouver le chemin du dialogue avec les syndicalistes, les professionnels – osons même un « gros mot » : avec les experts de ces domaines – c’est un chemin plus difficile, mais c’est le seul permettant de retrouver force et crédibilité.

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