L’écologie : une discipline scientifique et un métier, Alain Pagano*

Peu connus et peu sollicités par les médias, les écologues sont pourtant des professionnels de l’écologie qui, par leur expérience et leurs connaissances, sont précieux. Témoignage de l’un d’entre eux.

*Alain Pagano est maître de conférences en écologie.

DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE

Écologie… Que ne dit-on pas en son nom ! Pour beaucoup, il s’agit surtout d’un mouvement politique, et de militance pour défendre des causes environnementalistes… Et pourtant, au départ c’est une discipline scientifique, avec de multiples déclinaisons, théoriques ou très pratiques, et de nombreux métiers, car, oui, on peut être un professionnel de l’écologie ! Moi-même, je suis un professionnel de l’écologie, à ma manière, ayant passé un doctorat d’écologie et ayant embrassé la carrière de maître de conférences. À l’université d’Angers, je fais de la recherche scientifique et j’enseigne de la première année de licence jusqu’au bac + 5, et encadre de futurs docteurs. Je forme des jeunes à devenir des professionnels dans ce domaine.

Mes premiers travaux de recherche portaient sur des thèmes très théoriques. Ainsi, je me suis intéressé aux exigences écologiques de certaines espèces de grenouilles (quel type d’habitat utilisent-elles ?) pour mieux comprendre leur évolution. Par la suite, j’ai évolué vers des thématiques plus pratiques, autour de la conservation de la biodiversité : comment rénover l’habitat des amphibiens pour mieux assurer leur protection, comment restaurer les effectifs pour les sortir de la logique de déclin et d’extinction des espèces (mondialement, près d’une espèce sur deux est menacée d’extinction).

C’est donc ce parcours qui m’a amené à faire mes armes dans ce que l’on appelle la « restauration écologique ». La restauration écologique c’est à la fois la réparation et la prévention pour préserver les milieux des espèces de la faune et de la flore. Prenons un exemple: une autoroute est construite ; son tracé détruit des milieux naturels et les espèces qui lui sont inféodées. La loi prévoit des « mesures compensatoires », c’est-à-dire que l’on doit recréer des écosystèmes équivalents pour permettre aux espèces de retrouver un nouveau milieu d’accueil. Pour reprendre le cas des amphibiens, ils vivent et se reproduisent dans des zones humides ou, pour être plus parlant, des mares. Et bien, si l’autoroute détruit des mares, elles sont reconstruites à côté de l’autoroute selon un cahier des charges établi par des professionnels de l’écologie afin que ces mares soient les plus appropriables par les amphibiens (et/ou autres plantes et animaux).

UN EXEMPLE: LA RESTAURATION D’UNE ZONE HUMIDE

Ce travail de restauration écologique, j’ai eu l’occasion de le faire lors d’une recherche dans le cadre de la réalisation de l’autoroute A87 entre Angers et Cholet (Maine-et-Loire) ou lors de l’élargissement d’une route départementale en Loire-Atlantique. Ces travaux de recherche impliquent au moins trois étapes :

– un inventaire de la biodiversité présente dans les milieux naturels impactés ou détruits,

– des propositions de « réparation » ou de restauration des écosystèmes,

– un suivi des milieux restaurés ou créés pour voir si les amphibiens (ou les autres espèces) sont en capacité d’occuper ces nouveaux milieux.

Dans le cas des travaux que j’ai menés, le résultat est largement positif, puisqu’on retrouve des niveaux de biodiversité équivalents, voire supérieurs, à ce qui préexistait. Mais tout n’est pas résolu par ces mesures, et les espèces les plus fragiles le demeurent. Ce travail de recherche un peu pionnier en France avait aussi pour but d’évaluer ce qui fonctionne ou pas pour restaurer une zone humide, et ce de façon à travailler à des améliorations pour que les futures restaurations soient encore plus efficaces, et in fine à élaborer un guide des bonnes pratiques pour la restauration d’écosystèmes… afin que les (autres) professionnels de l’écologie s’en emparent !

Un exemple d’ingénierie écologique : Alain Pagano et un de ses collègues travaillant à la restauration d’une mare pour la protection des amphibiens sur un chantier d’élargissement d’une route départementale

Un exemple d’ingénierie écologique : Alain Pagano et un de ses collègues travaillant à la restauration d’une mare pour la protection des amphibiens sur un chantier d’élargissement d’une route départementale.

LES ACTEURS EN JEU

En effet, les métiers de l’écologie ne se limitent pas à cela. Ce domaine professionnel, que je connais bien pour avoir dirigé pendant quelques années un master professionnel (bac + 5) formant des jeunes à l’ingénierie écologique, se structure autour de quatre grands types de recruteurs et de missions.

1. Les bureaux d’études. C’est souvent eux qui réalisent les inventaires de biodiversité, réalisent les études de l’impact environnemental (négatif) des aménagements humains, proposent des mesures compensatoires pour faire passer l’impact environnemental de négatif à nul ou à positif et qui assurent (quand c’est prévu dans les marchés publics) le suivi des mesures compensatoires pour évaluer leur efficacité. On est là plus souvent sur du diagnostic environnemental et des solutions d’ingénierie pour réparer les impacts négatifs.

2. Les parcs naturels régionaux (PNR) et autres réserves naturelles. Ils gèrent plus des milieux naturels pour préserver leur bon état écologique, s’assurent d’une utilisation raisonnée par l’Homme, ont des missions d’animation environnementale pour faire connaître au plus grand nombre les enjeux écologiques d’aujourd’hui et de demain.

3. Les collectivités territoriales. Elles interviennent sur des espaces naturels sensibles, et peuvent avoir des métiers proches de ceux que l’on trouve dans les PNR, mais recrutent aussi de nombreux chargés de missions aux tâches plus « administratives », qui sont chargés de travailler les politiques publiques en matière d’écologie en conformité avec la loi, qui prévoit beaucoup de choses.

4. Les associations environnementales. Quand elles sont importantes, elles disposent parfois de salariés qui peuvent intervenir sur tel ou tel des domaines mentionnés.

Ces quatre grands types d’employeurs recrutent des techniciens (bac + 2, bac + 3, issus principalement des BTS, licences professionnelles) et des cadres (bac + 5, issus des masters de l’université ou des écoles d’ingénieurs).

DIFFICULTÉS ET INCOMPRÉHENSIONS

Les parcs naturels régionaux (PNR), à travers leurs missions, sollicitent beaucoup les métiers liés à l’écologie.

Les parcs naturels régionaux (PNR), à travers leurs missions, sollicitent beaucoup les métiers
liés à l’écologie.

Les champs d’action des professionnels de l’écologie sont donc vastes. Néanmoins, dans ce court article, j’ai plus insisté sur le côté milieux naturels et biodiversité, impact environnemental en lien avec les « grands projets » pour deux raisons.

La première est que j’ai été choqué par l’agression de professionnels de l’écologie par des militants anti-Notre-Dame-des-Landes. Rien ne justifie la violence, et encore moins quand des soi-disant défenseurs de l’écologie agressent des professionnels de l’écologie dont les travaux et les conclusions peuvent être dérangeants pour la cause qu’ils défendent.

La seconde est que je pense qu’il est important de montrer qu’activité humaine n’est pas forcément synonyme de destruction de la planète, qu’on peut travailler de nouveaux modes de développement humain durable, compatibles avec elle et que, très concrètement, un aménagement n’est pas nécessairement synonyme de désagrément écologique, qu’il s’agisse d’une autoroute, d’un aéroport, de construction de logements…

Les professionnels de l’écologie travaillent pour que l’impact environnemental soit neutre ou positif. Donc, les projets, grands ou petits, ne sont pas nécessairement inutiles (ni imposés). Dans tous les cas, il faut lutter pour imposer le respect des mesures environnementales (qui ont un coût financier, mais sont créatrices d’emplois et de qualité de vie). Et les solutions pour préserver la planète ne sont pas aussi simplistes et univoques que certains le prétendent. C’est d’ailleurs ce que je constate fréquemment dans la profession où beaucoup de professionnels ont envie de « parler solutions » pour concilier Homme et Nature, sont pragmatiques et réalistes ; alors que certains « militants de l’écologie » sont sur des solutions radicales, et à mon sens souvent non écologiques, où l’on oppose l’Homme et la Nature (alors que tout bon écologiste sait que l’Homme fait partie de l’écosystème) et où tout aménagement est vécu comme une agression contre la planète.

LES AUTRES MÉTIERS

Pour conclure mon propos, je reviendrai sur les métiers de l’écologie sur lesquels j’ai peu insisté. Au-delà de cette vaste gamme de métiers dont j’ai parlé, il existe également tous les professionnels de l’écologie qui traitent des problématiques environnementales liées à la gestion des déchets, aux pollutions, à l’épuration des eaux…, une gamme de métiers également importante dans notre vie quotidienne et qui contribuent là également à la conciliation nécessaire entre activité humaine et respect de la planète, sur lequel il y aurait encore beaucoup à écrire.

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