III Informatique et Technologies Numériques

SCIENCES NUMÉRIQUES AU LYCÉE 

III.1. Un enseignement de spécialité informatique et sciences numériques a été introduit en 2012 en terminale scientifique. En 2015, le gouvernement a décidé sa généralisation et introduit de nouveaux programmes de science informatique du primaire au baccalauréat. Néanmoins, il n’existe ni CAPES ni agrégation spécifiques. Comment comptez-vous développer la formation des élèves et le recrutement de leurs enseignants dans ce domaine ?

Ni repoussoir ni panacée, ni absent ni omniprésent, le numérique doit pour les communistes occuper sa juste place dans l’enseignement.

En tant que domaine scientifique et technique, l’informatique est l’un des domaines dans lesquels la France se positionne historiquement au meilleur niveau mondial, notamment grâce à la puissance de ses mathématiques. Il s’agit de poursuivre et d’amplifier les efforts dans ce domaine. Les enseignements spécifiques de sensibilisation dispensés dès l’école primaire et leur prolongement au collège puis de manière plus différenciée dans les différentes filières du lycée doivent s’appuyer sur une formation suffisante des enseignants dans ce domaine et un plan d’équipement des établissements par lequel l’État ne se défausse pas de sa responsabilité sur les collectivités locales comme c’est aujourd’hui bien trop le cas, qui plus est dans une intolérable situation de dépendance à l’égard des multinationales états-uniennes du numérique, quand il serait tout à fait possible de privilégier logiciels libres et solutions françaises et européennes. L’accord-cadre entre l’Éducation nationale et Microsoft est à ce sujet un scandale – et d’une certaine manière un attentat contre la laïcité – que dénoncent les communistes. Tout comme ils ne cessent de soutenir que le français a vocation à demeurer une langue des sciences et techniques et ne saurait continuer à être effacé partout au profit de l’anglais globalisé. Dans l’enseignement supérieur et professionnel, la question se prolonge dans la nécessité de ne pas réduire l’apprentissage des usages opérationnels de l’informatique mais bien de toujours porter l’ambition de doter les jeunes citoyens d’un recul critique leur permettant de questionner les nouvelles conventions sociales issues des usages numériques et d’en faire un usage éclairé.

De fait, en tant qu’outil de la vie quotidienne et moyen de formation de l’esprit, le numérique s’impose comme fondateur de nouvelles pratiques culturelles et démocratiques auxquelles il importe que les élèves soient formés tout au long de leur scolarité, y compris dans des dimensions telles que la protection des données personnelles et de la vie privée ou la maîtrise des logiques de travail collaboratif et pair-à-pair. L’apprentissage du recul critique dans ce domaine passe par une association entre théorie et pratique, et dans ce sens on peut être favorable à ce que, en plus des cours de technologie, des moyens soient à la disposition des équipes pédagogiques pour porter dans les établissements des projets de fab-labs, hackatons et autres occasions d’immersion critique dans les univers explorés par les univers culturels spécifiques du numérique, à l’image de ce qui peut être fait pour d’autres pratiques culturelles autour de la musique, du théâtre, etc.

Domaine encore récent de la culture technique humaine, le numérique en réseau porte autant de potentiels d’émancipation et de progrès que de menaces d’inégalité et d’entrave aux libertés. Sa prise en compte dans l’enseignement doit se faire à l’aune de cette double dimension : ne prendre en compte que le besoin à court terme de main-d’oeuvre des entreprises et l’« employabilité » des jeunes diplômés serait de poursuivre dans la voie libérale qui depuis trop longtemps oeuvre à la casse de notre système éducatif, ce serait une grave erreur et un grand danger pour notre avenir commun.

ATTAQUES INFORMATIQUES

III.2.On a pu constater récemment une accumulation d’attaques locales ou mondiales massives et efficaces contre des systèmes informatiques de tous ordres, aidées par les sérieuses faiblesses de leurs systèmes de protection. Comment comptez-vous traiter ce problème?

Les espaces numériques se sont voulus des espaces de liberté et d’utopie, mais voilà longtemps qu’ils sont aussi des espaces économiques, sociaux et politiques, souvent aussi le lieu d’activités criminelles et de plus en plus le théâtre des tensions et rapports de forces internationaux. Ils sont devenus un espace important de notre quotidien, et il serait irresponsable de ne pas travailler à les sécuriser.

Toutefois, cette sécurisation ne saurait se faire au détriment des libertés publiques. Un jeu trouble se joue autour de la sécurité informatique entre vendeurs de peurs, politiciens adeptes de postures martiales et industrielles. Du Patriot Act aux lois antiterroristes françaises de 2014-2016, en passant par la répression des lanceurs d’alerte, il est très clair que les logiques de sécurité opaque et hors de contrôle, et inutilement hyper-technologiques, ont un coût démocratique énorme. L’énorme fichier centralisé des titres électroniques sécurisés porté par Bernard Cazeneuve a, par exemple, prétendu améliorer la lutte contre l’usurpation d’identité en créant un fichier unique des données biométriques des Français, avec un risque terrifiant de mésusage comme de piratage extérieur.

À l’inverse, il s’agit de porter le projet d’une sécurité numérique déconcentrée, reposant sur des solutions techniques graduées et, surtout, sur la transmission – à l’école, dans les médias, dans l’entreprise et les services publics comme dans tous les lieux où se joue l’éducation populaire – d’une culture de la sécurité et de la prudence informatique, en particulier en ce qui concerne les données personnelles. Concrètement, cela signifie aussi populariser l’usage des logiciels libres, données et logiciels en sources ouvertes, communs numériques et autres éléments constitutifs de la dite « culture hacker » pour permettre aux citoyens d’être autant que possible des acteurs informés et conscients de leur sécurité numérique. Cela signifie surtout renforcer le rôle des acteurs publics dans le maintien d’un juste équilibre entre sécurité et protection de la vie privée, a minima en renforçant les moyens de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, en assurant l’existence en France et en Europe d’une capacité indépendante d’expertise des logiciels et algorithmes, en garantissant la souveraineté concrète des Européens sur leurs réseaux de télécommunication et outils numériques, ce qui signifie non seulement s’assurer que les acteurs de la recherche ont les moyens suffisants pour traiter de ces sujets, mais aussi qu’il existe en France et en Europe une indispensable politique industrielle de maîtrise des technologies essentielles.

Au-delà, il s’agit de rappeler que la sécurité commence toujours par la réduction des facteurs de guerre et d’instabilité, impliquant le déploiement d’une véritable politique étrangère de paix, de co-développement et de coopération internationale.

LES DÉCIDEURS FACE AU MONDE NUMÉRISÉ

III.3. L’informatisation du monde modifie de façon intense et profonde un nombre toujours croissant d’activités dans l’industrie, le commerce, la gestion des collectivités, l’éducation, la culture, les loisirs, etc. La science française est forte sur ce plan, mais la formation initiale ou continue de nos décideurs à une compréhension réelle des effets attendus de l’informatique reste faible en comparaison des États-Unis et de l’Asie. Comment faire pour que l’écart actuel n’aille pas en augmentant ?

La révolution numérique vécue par les générations actuelles est un mouvement historique de fond, qui secoue nos sociétés en profondeur, pour le meilleur et pour le pire. Dans un tel mouvement historique, face à des thèmes obscurs comme l’intelligence artificielle, le big data, l’ubérisation ou le transhumanisme, il n’est pas étonnant que nous ayons tous un peu le vertige, et pas uniquement les seuls « décideurs ».

Pour les communistes, chaque citoyenne et citoyen doit être mis en situation de comprendre et sentir comment à son échelle notre monde est en train de changer, ce qui peut avoir des conséquences sur sa vie professionnelle, sur ses relations sociales, sur ses engagements, et comment se positionner vis-à-vis de ces changements. Un effort collectif important est nécessaire, qui passe par le débat public, en particulier pour décider démocratiquement – alors que les services publics notamment imposent toujours plus aux populations la dématérialisation des procédures – jusqu’où l’informatique et les machines doivent remplacer le travail humain ou si elles doivent en rester aux fonctions d’assistance pour ne pas perdre ce qu’il y a de spécifique et d’humanisant dans les rapports directs entre êtres humains. L’effort est aussi bien sûr au niveau de l’enseignement (voir question III.1) et de la formation tout au long de la vie (voir à ce sujet la proposition de loi des communistes portant sur une sécurité d’emploi ou de formation), la digestion du travail de la recherche dans la société et les médias et tous les moyens de l’éducation populaire. Un effort indispensable si l’on veut éviter l’impasse d’une opposition stérile entre techno-phobie rageuse et techno-philie béate.

Plus globalement, les communistes soulignent la nécessité d’un important effort de diffusion de la culture scientifique, à rebours de l’indigence du traitement des questions socialement importantes dans la plupart des médias. Ce qui implique de mener une politique cohérente et combative en matière de presse, de communication scientifique et technique et d’adéquation entre missions et moyens des services publics de l’information. 

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