II Energie et Climat

RENOUVELABLES 

II.1. La loi française sur la transition énergétique du 17 août 2015 prévoit une réduction de 50 % en 2050 de la consommation totale d’énergie en France, ainsi qu’une réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique au profit d’un important développement d’énergies renouvelables. Comment pensez- vous faire face à l’intermittence de l’éolien et du solaire photovoltaïque sans augmenter la consommation de combustibles fossiles ?

Porté par l’exemplaire coopération mondiale des scientifiques du GIEC, l’objectif de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre est indiscutable. Et la France, pays riche conscient de sa responsabilité, doit tenir l’engagement pris de diviser par quatre ses émissions, sans cesser de garantir à sa population l’accès à une énergie sûre et propre, suffisamment abondante et peu chère pour permettre à chacun de couvrir ses besoins quels que soient ses moyens. Sans cesser non plus de chercher à réduire dépendances et instabilités internationales.

Les économies d’énergie ont un rôle à jouer dans cette transition, et partout où c’est possible il s’agit de mieux isoler les logements et d’améliorer l’efficacité énergétique du chauffage, des procédés industriels, de tous les réseaux et équipements. Mais tout cela est coûteux et implique pour des économies affaiblies par des années d’austérité un effort considérable. Parallèlement, certains besoins ne cessent de croître, ceux du numérique en particulier, et il s’agit de veiller à ne pas confondre baisse des émissions et déplacement de celles-ci vers des pays où notre industrie continuerait d’être délocalisée. Ainsi, l’objectif de réduction de 50 % de la consommation d’énergie n’est pas réaliste, sauf à se résoudre à une forte montée des prix de l’énergie, condition inacceptable alors que des dizaines de millions d’Européens peinent à se chauffer et à s’éclairer correctement.

Il s’agit donc surtout d’accroître l’offre d’énergie décarbonée. Les renouvelables électriques et thermiques, le stockage massif et les options de mobilité sans pétrole ne cessent de progresser techniquement, et il faut saluer le travail des chercheurs et ingénieurs. Mais elles demeurent pour la plupart loin de la maturité industrielle et il serait irresponsable – c’est le modèle allemand, catastrophique sur les plans économique et environnemental et dangereux pour la stabilité des réseaux de toute l’Europe – de vouloir pousser ces énergies au-delà de ce que le réseau électrique français peut absorber sans augmenter ses émissions ni accuser un surcoût insoutenable. Le recours au pétrole et au charbon devra être réduit au minimum – et leurs industries accompagnées dans leur propre transition – tandis que l’hydroélectricité et le nucléaire devront couvrir le reste du besoin électrique. Cela implique le renouvellement du parc de réacteurs nucléaires, et le plafond sans fondement de 50 % avancé par la loi de transition énergétique doit d’autant moins être suivi que dans le domaine nucléaire aussi la recherche progresse (cf. question II.2).

En réalité, l’enjeu de la transition énergétique est le rythme des investissements dans les différentes énergies et le pilotage des choix industriels à réaliser au fil des avancées de la technique, ce que le marché est très clairement incapable de mener à bien. À l’opposé des logiques de privatisation et d’ouverture sans limite à la concurrence, un grand pôle public de l’énergie – en connexion solidaire avec les autres réseaux européens et avec l’horizon de la constitution d’un service public européen de l’énergie – est indispensable pour une réelle transition énergétique au service de l’intérêt général. Mais à l’opposé aussi des opacités passées, il est très clair aujourd’hui que les citoyens entendent être associés aux décisions aussi importantes que la construction de leur avenir énergétique, et l’expertise scientifique et technique doit s’articuler avec un effort sans précédent de transparence, de dialogue et d’implication populaire solidement informée.

NUCLÉAIRE 

II.2. Pensez-vous développer la recherche sur le nucléaire de quatrième génération, en particulier avec le réacteur expérimental ASTRID?

Le projet de réacteur expérimental ASTRID doit être mené sans précipitation mais avec les moyens nécessaires. La France a commencé à faire certains choix en matière d’évolution de son mix électrique, mais la place qui restera dévolue à l’électronucléaire dans la seconde moitié de ce siècle ne saurait encore être arrêtée. Le type de réacteur à neutrons rapides qu’ASTRID doit permettre d’explorer vise à utiliser comme combustible les déchets des réacteurs actuels, ce qui permettrait à la France de disposer d’ores et déjà de plusieurs siècles de réserves d’uranium et de ne plus avoir à en importer. Une sécurité accrue, une moindre production de déchets et de meilleures conditions économiques d’exploitation pourraient également être attendues de cette quatrième génération. Il importe que cette voie de recherche – et au-delà de celles sur la fusion, les réacteurs à sels fondus et au thorium, l’élimination des déchets à vie longue et toutes voies de recherche à finalité civile et pacifique – puisse être correctement explorée et qu’elle participe ainsi à éclairer techniquement les indispensables débats que nous devrons avoir tout au long de ce siècle sur notre avenir énergétique.

TAXE CARBONE 

II.3. Face au changement climatique en cours, la France s’est engagée lors de la conférence de Paris (la COP 21) à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75 % en 2050 par rapport à 1990. Pour atteindre cet objectif, la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 prévoit une augmentation de la taxe carbone de 22 € par tonne de CO2 en 2016 à 56 € en 2020 puis à 100 €en 2030. Avez-vous l’intention de confirmer cette décision ou de la modifier ?

Une fois encore, l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre est indiscutablement fondé, et une taxation des émissions de CO2 pourrait bien entendu inciter entreprises et ménages à favoriser à tout niveau les solutions les moins polluantes (une telle solution est a priori moins perverse que la logique spéculative des quotas spéculatifs d’émissions qui s’appliquent aux entreprises les plus polluantes). D’autant que la visibilité donnée par l’annonce claire de son augmentation future doit permettre à tous de prendre des décisions d’investissement éclairées. Cela dit, la taxe carbone telle qu’elle s’applique en France pose le double problème d’être injuste et d’être une mesure trop isolée et incomplète pour aborder l’enjeu de la transition écologique dans son ensemble comme il le faudrait.

Sur l’injustice d’abord, cette taxe a le défaut fondamental de la fiscalité non progressive de peser proportionnellement beaucoup plus dans le budget des plus modestes que des plus aisés. Surtout si sa logique repose sur le fait d’encourager des choix favorables aux solutions les moins polluantes…, pour avoir le choix de remplacer une chaudière au fioul ou une vieille voiture par des solutions moins émettrices, pour mieux isoler son logement ou habiter plus près de son travail, ou pour moderniser des équipements de production vieillissants, encore faut-il en avoir les moyens. Sans aides et solutions collectives adaptées, cette taxe revient à punir les ménages modestes et les petites entreprises de ne pas être assez riches pour être écologiquement vertueux. 

Il importe donc d’intégrer cette taxe dans un dispositif d’ensemble – une « planification écologique » – qui non seulement compense les effets pervers de cette mesure, mais qui mette aussi à portée de tous l’accès raisonnable aux solutions les moins polluantes, directement ou au travers de services publics de l’énergie, des transports en commun et de l’habitat, réinvestissant ainsi massivement l’avenir. Et il importe enfin de compléter cette tâche en y intégrant nécessairement les transports de marchandises – ce qui non seulement serait de pleine logique au vu de la responsabilité des flux mondiaux de fret maritime ou par camion dans les émissions globales, mais permettrait aussi de favoriser la relocalisation d’activités dont seule les logiques financières et la mise en concurrence des travailleurs justifient qu’on ne les pratique pas au plus près des besoins.  

COP21

II.4. L’accord de Paris sur le climat est marqué par une tension entre un objectif ambitieux, limiter le réchauffement global à moins de 2 °C par rapport au climat préindustriel, et la trajectoire sur laquelle nous placent les engagements volontaires des différents pays, conduisant à la poursuite de l’augmentation des rejets de gaz à effet de serre jusqu’en 2030. Quelle est votre vision des actions à mener au cours des cinq prochaines années pour atteindre les objectifs annoncés ?

À l’échelle mondiale, la France peut et doit jouer un rôle de premier plan. D’abord parce que parmi les pays industrialisés nous avons déjà un niveau d’émissions par habitant assez exemplaire, et que cette position est un point d’appui solide pour montrer qu’il est possible d’aller bien plus loin encore et de prendre pour l’avenir des engagements ambitieux tels que ceux pris lors de l’accord de Paris. Ensuite parce que la France a toujours une grande capacité diplomatique et une voix écoutée dans le monde elle ne doit pas cesser de travailler à faire aboutir les accords et coopérations internationales les plus ambitieux pour la lutte contre le changement climatique, à rebours des terribles mouvements de l’actuel gouvernement états-unien.

Encore faut-il bien sûr que la France tienne ses propres engagements. Comme déjà développé en réponse aux questions II.1 à II.3, cela implique de déployer un grand plan d’action large incluant l’isolation thermique du bâti, l’électrification des transports, la modernisation des infrastructures et des équipements industriels, le développement des productions électriques décarbonées, le perfectionnement de la gestion des réseaux et l’entrée en transition des industries pétrolières et pétrochimiques. Une telle transformation de long terme ne peut être assumée par le marché et les mesures d’inspiration libérale : elle doit faire l’objet d’une planification écologique qui articule recherche, politique industrielle, création d’un pôle public bancaire et modification de la réglementation des crédits pour la prise en compte de critères d’utilité environnementale et sociale dans le financement des projets utiles, retour aux logiques d’aménagement équilibré des territoires et, à toutes les étapes des différents processus, transparence, information et participation populaire.

PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT 

II.5. Les pays développés, dont la France, se sont engagés depuis 2009 à mobiliser 100 milliards de dollars pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique. Cet engagement a été confirmé à plusieurs reprises, en particulier lors de la COP21 en 2015. Envisagez-vous de maintenir cet engagement de la France, d’accélérer sa mise en oeuvre et éventuellement d’en augmenter le montant pendant votre mandat présidentiel ?

Les responsabilités historiques du réchauffement sont d’abord celles des pays aujourd’hui les plus riches. Et les études montrent que les régions du monde et les populations susceptibles d’être les plus affectées par le réchauffement et la montée du niveau des océans sont parmi les plus pauvres. Face à une telle injustice, les engagements pris à l’égard des pays en développement doivent bien sûr être respectés, et même portés plus loin que ce chiffre somme toute très modeste.

Cette aide ne doit de plus pas se limiter à sa dimension financière. Les grandes entreprises européennes doivent être responsabilisées socialement et sur le plan environnemental, où qu’elles se trouvent. Et les coopérations scientifiques, techniques, administratives, éducatives et économiques doivent être accrues pour aider tous les pays à trouver la voie d’un développement humain durable sans dominations. Le mot d’ordre « vivre et travailler dans son pays », constamment développé par le Parti communiste, est d’une grande actualité et doit donner le cap de ces coopérations. Au passage, il est à noter que les territoires d’outre-mer, toujours attachés aux anciennes puissances coloniales européennes, souvent soumis à des dominations économiques honteuses et insupportables (en témoigne la colère qui soulève actuellement la Guyane), doivent d’urgence faire l’objet d’importants efforts de développement et pourraient, si l’on s’en donnait les moyens, expérimenter les premiers les modalités d’une transition écologique et industrielle adaptée à des configurations géographiques différentes de celle de l’Europe. 

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