La biodiversité: une question politique, Hervé Bramy*

En octobre 2016, la commission Écologie du Parti communiste français a organisé le « Mois de la biodiversité » : auditions de scientifiques de renom, débats publics, exposition…. L’événement se donnait pour but de sensibiliser à la nécessité de préserver la biodiversité, mais aussi de proposer des moyens d’agir.

* HERVÉ BRAMY est responsable national à l’Écologie du PCF et membre du Conseil national du PCF.


Le travail entrepris par le PCF sur les enjeux actuels de la biodiversité marque un engagement politique d’importance. En effet, la biodiversité est essentielle à la vie de l’humanité, qui en est complètement dépendante à travers les services écosystémiques d’approvisionnement, de régulation, de bénéfices récréatifs et culturels et de soutien pour assurer le bon fonctionnement de la biosphère (grands cycles biogéochimiques de l’eau, du carbone…). Il est donc important de bien mesurer la fragilité des écosystèmes, de leur dynamique interne en perpétuel mouvement qui assure un équilibre général.

UN ÉTAT DES LIEUX PRÉOCCUPANT
Force est de constater qu’aujourd’hui les services écosystémiques sont dans le viseur des prédateurs et des spéculateurs capitalistes qui veulent tout marchandiser, y compris la nature.

Doit-on laisser faire le marché?

De récentes études constatent, une fois encore, de préoccupantes dégradations de la biodiversité. Depuis bien avant 2010, année internationale de la biodiversité, les alertes des scientifiques et des acteurs de terrain n’ont pourtant pas manqué. Dans son dernier rapport, « Planète vivante 2016 », WWF International montre, au travers de l’indice planète vivante (IPV) (1), une réduction, entre 1970 et 2012, de 58 % de l’abondance des populations de vertébrés. Ce rapport corrobore les travaux de la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui ont conduit l’ONU à élaborer une convention sur la diversité biologique (COB).

Parmi ces menaces figurent la perte et la dégradation de l’habitat accueillant une espèce, la surexploitation des espèces (on pense là, entre autres, à la pêche), les pollutions terrestres et marines, la multiplication des espèces invasives qui font concurrence aux espèces autochtones et, enfin, les effets du changement climatique sur les conditions de vie de différentes régions.

Les insectes butineurs contribuent à la pollinisation de 80 % des espèces de plantes à fleurs, d’où la nécessaire lutte contre l’emploi des néonicotinoïdes.

UN RYTHME D’EXTINCTION QUI S’ACCÉLÈRE
Le rythme d’extinction des espèces que nous connaissons est de 100 à 1 000 fois supérieur au rythme des précédentes ères géologiques (2).

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité a, quant à elle, attiré l’attention sur une toute récente étude, réalisée à grande échelle, publiée dans la revue Nature (3). Cet important article, précise la fondation dans un communiqué, révèle que les changements environnementaux associés aux activités humaines impactent la biodiversité terrestre.

Aujourd’hui, 80 % des espèces de mammifères et d’oiseaux sont menacées par les pertes d’habitat associées à l’agriculture. Ses auteurs ont étudié les enjeux de l’accroissement de la population mondiale et de l’augmentation des surfaces dédiées à l’agriculture selon les pratiques actuelles. Tenant compte de ce contexte, ils préconisent plusieurs pistes pour tenter de ralentir le rythme d’extinction des espèces.

Enfin, plus proche de nous, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), un des deux principaux syndicats d’apiculteurs hexagonaux, alerte à nouveau sur les risques d’affaiblissement des colonies d’abeilles. En 2016, la production de miel a accusé une chute de 33,5 % sur l’année précédente. Parmi les causes, les conditions météorologiques particulièrement défavorables, auxquelles il faut ajouter d’autres facteurs comme un taux de mortalité élevé dans certaines zones (4). L’UNAF dénonce, à ce propos, la lenteur de l’interdiction des insecticides de la classe des néo-nicotinoïdes, particulièrement meurtriers pour tous les pollinisateurs.

On ne le dira jamais assez, les insectes butineurs contribuent à la pollinisation de 80 % des espèces de plantes à fleurs. Une récente évaluation économique du service de pollinisation réalisée dans le cadre de l’évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE) (5) montre que la part de la production végétale destinée à l’alimentation humaine représente en France une valeur comprise entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros (2010). Ainsi, c’est entre 5,2 % et 12 % de la valeur totale de ces productions qui dépendent des pollinisateurs.

DONNER UN SENS À L’ACTION POLITIQUE DES COMMUNISTES EN FAVEUR DE LA BIODIVERSITÉ
La commission nationale Écologie du PCF n’a pas cherché à se situer sur le seul terrain des constats, pas plus que sur celui de la diffusion des connaissances, car celles-ci sont trop abondantes. Nous nous sommes limités, lors de nos rencontres du mois d’octobre 2016 et des auditions qui s’ensuivirent, à trois enjeux sur lesquels l’action politique est susceptible d’agir efficacement.


1. Sur les enjeux de la marchandisation capitaliste de la biodiversité la question était : Est-il souhaitable pour la préservation des ressources naturelles d’avoir ou non une vision utilitariste, et donc capitaliste, de la nature ? Ainsi, les enjeux du brevetage du vivant, de la survie de la variété des semences ont été convoqués tout au long de nos échanges.
2. Nous voulions également provoquer des débats contradictoires sur des sujets d’actualité pour mieux en comprendre les tenants et les aboutissants. La liste des sujets de controverses est consistante dans ce domaine : OGM-PGM, huile de palme, pesticides, engrais… quels dangers représentent-ils, ou pas, pour la santé humaine et pour la biodiversité ?
3. Enfin, nous voulions évaluer la capacité de la société à réparer les dégâts environnementaux causés par l’activité humaine. C’est, là encore, un sujet au cœur des projets d’aménagement des territoires. Est-il réellement possible de restaurer des écosystèmes dégradés ? Les mesures compensatoires sont-elles efficaces?

Ce travail n’est pas abouti. Toutefois nous en retirons déjà les premiers enseignements. Alors que répondre à la sollicitation d’un parti politique n’allait pas de soi, des scientifiques de renom et divers instituts de recherche ont accepté facilement nos différentes invitations. Les débats, quelle qu’en fût la forme, rencontre publique ou audition, ont été déterminants pour une connaissance approfondie des enjeux et la confrontation des idées (6). Car, comme pour le climat, les travaux de la communauté scientifique internationale ont permis, auprès des populations, des acteurs associatifs et des autorités publiques, de favoriser, constat après constat, d’alerte en avertissement, la prise de conscience des risques que l’activité humaine fait subir à la biodiversité.

« SAUVEGARDER LA BIODIVERSITÉ, C’EST SAUVEGARDER LA VIE ET GARANTIR NOTRE AVENIR » (7)
Toutefois, tous ont convenu qu’il faudrait aller plus loin et plus vite sur le recensement d’espèces nouvelles ou en voie de disparition, sur l’étude des dégâts de l’économie en matière de prélèvement de ressources naturelles, sur les moyens à mobiliser pour arrêter l’hémorragie. Or les moyens de la recherche font cruellement défaut. Les politiques d’austérité produisent aussi leurs effets dévastateurs.

Les acteurs de terrain sollicités, tout autant mobilisés, ont livré leurs approches. Pour les professionnels (apiculteurs, agriculteurs…), il s’agit de préserver, voire de sauver leurs métiers. Pour les forces vives associatives, l’urgence cruciale est de favoriser l’engagement de la société et des citoyens pour la préservation de la biodiversité.

C’est à cette utile et nécessaire convergence d’intérêts que, sans exclure les confrontations, nous nous efforçons de travailler. L’action politique des communistes y trouve son utilité, tant sur le terrain militant que sur le plan institutionnel pour ses élus. C’est vrai des interventions de ces derniers au Parlement, national comme européen (8), par la voix des député(e)s et des sénateurs (-trices) (9). Avec le vote de la loi biodiversité d’août 2016, des avancées sont, malgré tout, bien réelles. L’Agence française de la biodiversité est créée, certes avec des moyens humains et financiers bien trop limités. Les décrets paraissent. Le dernier en date encadre l’exploitation de la biodiversité conformément à la signature du protocole de Nagoya par la France.

Débats, expositions… Le PCF organisait en octobre 2016 un mois de rencontres avec des chercheurs, des élus, des syndicalistes… pour la biodiversité.

Toutefois, trop d’intérêts contradictoires ralentissent la mise en oeuvre d’une action conséquente et efficace pour la préservation de la biodiversité. La domination de l’économie libérale détruit et oppose les hommes à la nature. Nous avons regretté, par exemple, de ne pas avoir invité de représentants de l’État, de l’industrie chimique et des banques lors du débat « Sauvons les abeilles ! ». En effet, puisque la dangerosité de certains pesticides est avérée, leur présence aux côtés des agriculteurs et des apiculteurs aurait sans nul doute suscité beaucoup de réactions.

NOUS SOMMES ENGAGÉS DANS UNE COURSE DE VITESSE
L’enjeu du devenir de la biodiversité, de cette dimension essentielle à la vie humaine et dont l’homme lui-même constitue un maillon, est une question politique à part entière. C’est une question trop sérieuse pour la laisser entre les mains du marché capitaliste. En prendre toujours plus conscience est un défi que nous inscrivons en bonne place dans notre projet politique. Les défis écologiques, du développement humain durable et des rapports homme-nature sont intrinsèquement liés, aussi faut-il les relever ensemble. Nous ne fermons pas la porte au progrès, bien au contraire, mais nous avons conscience qu’il nous faut changer de cap dans notre manière de produire, de consommer et d’urbaniser. C’est ce chemin que nous empruntons avec la France en commun (10).

(1) L’indice planète vivante de WWF mesure la biodiversité en collectant des données recueillies sur les populations de différentes espèces de vertébrés et en calculant la variation moyenne de leur abondance au fil du temps.
(2) Sébastien Montcorp, directeur de l’Union internationale pour la conservation de la nature pour la France. Conférence de Nagoya, 2012.
(3) David Tilman, Michael Clark, David R. Williams, Kaitlin Kimmel, Stephen Polasky et Craig Packer, « Future threats to biodiversity and pathways to their prevention »
(« Prédiction des menaces futures sur la biodiversité et pistes pour les réduire »), in Nature, no 546, 2017, transcription des éléments essentiels de l’article par Jean-François Sylvain, directeur de recherche à l’IRD et président de la Fondation pour larecherche sur la biodiversité, disponible sur https://www.nature.com/nature/journal/v546/n7656/full/nature22900.html).
(4) Étude publiée par France Agrimer le 2 juin 2017.
(5) Commissariat général au développement durable, « Le service de pollinisation », Théma. Analyse. Biodiversité, novembre 2016.
(6) Toutes les vidéos de nos débats et auditions sont disponibles sur la chaîne YouTube du PCF, playlist Écologie.
(7) Association Humanité et biodiversité.
(8) Avec les députés français de la GUE-GVN (Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique).
(9) Lire à ce propos l’article d’Évelyne Didier, sénatrice CRC.
(10) Les communistes proposent la France en commun. 2017, l’Humain d’abord !, 2 €.

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