Vivre à côté du risque sans avoir peur: l’exemple de Gonfreville-L’Orcher, près du Havre, Jean-Paul Lecocq*

Seveso, AZF, Bhopal… La liste est longue des accidents à travers le monde liés aux dérives de sociétés chimiques ou pétrolières qui, pour accroître leurs marges bénéficiaires, ont joué avec la vie de leurs salariés et des populations voisines. À rebours de ces drames, la ville de Gonfreville-l’Orcher fait figure d’exemple.

*JEAN-PAUL LECOCQ est maire de Gonfreville-l’Orcher, conseiller départemental, vice-président de la communauté d’agglomération havraise (Codah) en charge des risques majeurs.


Si toute production industrielle comporte sa part de risque et si le zéro risque est un mythe, faut-il considérer que ces productions doivent s’éteindre en oubliant qu’il ne peut y avoir de développement durable sans développement tout court? Faut-il considérer qu’elles doivent trouver refuge aux confins de contrées isolées, dépourvues de population, quitte à accroître les transports, eux-mêmes générateurs de dangers ? Ou faut-il considérer que la coexistence entre vie quotidienne et vie industrielle est nécessaire, l’industrie concourant à la vie sociale, à la vie économique, à la vitalité d’un territoire, à commencer par les emplois qu’elle génère ? C’est la voie de la coexistence soumise à des règles de protection drastiques que la commune de Gonfreville l’Orcher (10000 habitants aux portes d’un Havre de 180 000 âmes), terre d’accueil de la plupart des entreprises classées à risque sur l’estuaire de la Seine, a choisi, de concert avec ses habitants. Le chemin est long et parsemé d’embûches, entre finances publiques rationnées pour servir d’autres desseins bien plus éloignés de l’intérêt général et décalages fréquemment constatés entre bonnes intentions gouvernementales et réalités des décisions. Mais cette volonté publique et politique portée unanimement en région havraise a trouvé son prolongement dans l’attitude de plusieurs entreprises à risque qui ont décidé de joindre la parole aux actes. Ainsi la multinationale Chevron at- elle remplacé, au prix de pertes sur plusieurs exercices, l’un de ses process les plus dangereux par un autre dont la principale qualité est de réduire considérablement l’étendue du cercle de danger. Cette approche environnementale lui a servi depuis à voir son chiffre d’affaires augmenté. Cette responsabilité portée ensemble par les élus, les industriels, les syndicats et les représentants de l’État a été à l’origine de multiples mesures de protection, dont la plus spectaculaire trouve actuellement son aboutissement dans le Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT). Ce PPRT, nous l’avons voulu ici impératif, et pas seulement indicatif comme ce fut le cas dans d’autres régions avec des conséquences fâcheuses sur la valeur des biens immobiliers et la complexification des aides. Le danger existe, il doit donc donner lieu à des aménagements adéquats sur les logements, le tout payé intégralement par l’État, la communauté d’agglomération et les industriels… la commune prenant également sa part de financement. Ce sera le cas en région havraise, et principalement dans la commune de Gonfreville-l’Orcher. Bien d’autres actions concrètes ont été mises en oeuvre, du renforcement des dispositifs d’information et d’alerte (les habitants sont désormais équipés à domicile d’une AlertBox®, système d’alerte instantanée des populations exposées directement à la zone industrialo-portuaire) au développement de politiques éducatives, dès l’école maternelle, autour de l’environnement et des risques majeurs, en passant par des programmes de rachat d’habitations trop vulnérables. Il faut mentionner également le travail considérable, en réseau, au sein des associations comme Amaris ou des instances de concertation, à l’image de la Commission de sécurité des sites sensibles ou, localement de l’ORME (Office des Risques Majeurs de l’Estuaire de la Seine), agence fondée pour prévenir les risques industriels, ou encore l’importance capitale des associations de riverains ou des associations de victimes qui contribuent chaque jour à faire avancer les choses. Mais ce qu’il convient de retenir, avant tout, c’est un état d’esprit à l’origine de cette dynamique. Vivre le danger potentiel sans avoir peur mais sans l’oublier. Ne jamais mégoter sur les moyens financiers à mobiliser pour protéger les populations comme l’environnement. Considérer que les industriels à l’origine des nuisances et de risques – qui par ailleurs contribuent à leur activité, donc à leurs bénéfices – doivent payer le juste prix à la communauté. Considérer que ce qui prime c’est l’humain, pas les chiffres, pas les statistiques et autres ratios.

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