Une industrie utile, propre et sûre, Jean-Claude Cheinet*

*Jean-Claude Cheinet est membre du Comité de rédaction de Progressistes.


L’actualité de l’automne 2016 nous rappelle la complexité des liens existant entre nos sociétés et leurs industries. L’usine Alstom de Belfort est au cœur de la ville, et la population se mobilise en masse pour la garder : des générations de Belfortains y ont travaillé, elle fait partie de leur identité. Et à Toulouse, au-delà de l’enlisement judiciaire, pour le quinzième anniversaire de l’explosion de l’usine AZF la population se souvient, mais trois défilés séparés ont lieu : celui des salariés et ceux de deux associations dont les démarches sont différentes.

Trois défilés… et une absente : la lutte pour une industrie sûre et propre. Certes, la rencontre entre ces acteurs est difficile dans l’épreuve ; ce divorce dit qu’il est trop/bien tard : la convergence des aspirations de chacun doit se bâtir bien en amont, dans la vigilance convergente des citoyens et des salariés pour maîtriser le danger, investir et perfectionner l’appareil industriel et développer des emplois stables.

Car l’industrie est un pilier incontournable d’une économie moderne ; elle contribue au rayonnement d’un pays en même temps qu’elle répond au besoin de produits dont nous aurions du mal à nous passer, et elle fournit un grand nombre d’emplois. Cela dit, l’industrie contemporaine concentrée en grandes unités signifie aussi stockage et transformation de produits qui ne sont pas toujours inoffensifs, qui peuvent même être dangereux. Contradiction il y a entre risques et nécessité. Sans chercher une sécurité qui serait un absolu, il y a moyen d’avoir une plus grande sûreté des installations afin que les risques soient maîtrisés. Et il y a lutte d’idées entre, d’une part, tenants du laisser-faire ou du refus intégral (plus jamais ça…) – unis dans l’idée qu’on n’y peut rien – et, d’autre part, ceux qui militant pour la sûreté progressive des installations font progresser l’idée de l’acceptabilité de l’industrie.

Il ne s’agit pas de présenter ici un tableau uniforme de préconisations, mais bien plutôt les visions de différents acteurs avec leurs convergences et leurs oppositions. Notre dossier juxtapose les discours de différents contributeurs qui, paradoxalement, se retrouvent sur la démarche. À la vision assez lisse de l’administration répondent la prise en compte assumée du marché par l’industriel, la vision plus rugueuse des syndicalistes et celle angoissée des associations de riverains.

Au-delà se dégage une démarche qui, à travers des luttes de classes, des rapports de forces complexes et localement variables (d’autant que le libre-échange mondialisé rend tout plus difficile), construit des compromis que les lois codifient au gré de leurs évolutions. Confrontations locales, compromis entre acteurs de terrain et, pour tous, contraintes globales liées à la gestion financiarisée des grandes firmes qui détiennent ces usines.

Comment isoler les tenants d’une gestion qui fixe un objectif en taux de profit et non en satisfaction des besoins, et qui ce faisant néglige les risques encourus ? Le quotidien du terrain donne matière à cette convergence ; les moteurs principaux sont évidemment à chercher du côté des salariés, des riverains, de leurs élus locaux. Des structures ont été progressivement mises en place, il faut s’y engager, sans illusion car les décisions sont ailleurs mais comme point d’appui. Les avancées se feront pied à pied, sans les dissocier d’une perspective générale qui les éclaire.

Éviter que se reproduisent des divorces comme celui d’AZF, imposer des avancées pour une industrie plus utile, plus sûre, plus propre, le dossier qui suit a pour ambition d’y contribuer.

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