Livres (N°4)

Chercheur au quotidien

SÉBASTIEN BALIBAR

68 pages – éditeur « raconter la vie » – 2014

Courir, faire du vélo… non Sébastien Balibar n’est pas un sportif professionnel mais un chercheur du département de physique de l’ENS. Il travaille dans une cave où se trouve le « réfrigérateur » qu’il a, avec d’autres, patiemment conçu. Un réfrigérateur un peu particulier qui descend près du zéro absolu à -273,15°C. À cette température, la matière est figée à l’échelle atomique.

Tout commence par la réception d’un e-mail de P.-G. de Gennes qui, comme lui, s’intéresse aux dernières découvertes en matière de « super-solidité »! Nous voilà alors partis avec l’auteur à l’aventure, on le suit dans sa course: financements, postes, compétitions. Car la recherche est un métier sans pitié où le premier qui publie est le seul à donner son nom à Sa découverte. C’est dans ce petit livre que Sébastien Balibar nous livre son quotidien de chercheur, de physicien expérimental, il nous fait partager sa passion et le bonheur de comprendre toujours un peu plus.


Pour qui souffle le vent?

FRANÇOIS COSSERAT

103 pages – revue « Naturellement » – 2013

François Cosserat est Président du MNLE (mouvement national de lutte pour l’environnement) et a, entre autres, une grande expérience en matière d’énergie. Ici, il traite de façon approfondie la question de l’énergie éolienne. Il le fait avec une grande maîtrise des problèmes techniques, économiques et politiques.

Il n’y a dans cet ouvrage ni a priori, ni approche démagogique. Et surtout son gros avantage est de mettre à notre disposition une approche territoriale des énergies renouvelables. D’emblée, l’auteur plaide pour une période de transition qui mette « progressivement mais résolument les énergies fossiles carbonées de côté pour respecter le climat ». Cette période devrait s’appuyer sur une alliance pouvant d’ailleurs être limitée dans le temps entre le nucléaire et l’ensemble des énergies renouvelables et d’un service public profondément rénové. Mais il faut tout d’abord, mettre en avant l’intérêt général avec la responsabilité individuelle plutôt que les taxes, la vertu et les punitions. L’ensemble des données à prendre en compte n’étant pas évident, l’ouvrage nous propose une lecture rapide suivie, pour les plus tenaces, d’un développement complet qui analyse la question du réseau électrique, de la gestion de l’intermittence ou encore de la situation en Allemagne et du paysage…

Pas moins de 29 questions traitées avec précision et clarté. Il n’y a pas d’autre solution que de lire pour bien saisir la complexité du sujet. Il est important de souligner l’échelle des grandeurs. Par exemple le facteur de charge d’une éolienne est de l’ordre de 20 %. Donc si la puissance indiquée est de 2 MW, en fait elle fournit autour de 0,4MW. La France consomme environ 490 TWh par an. Cela représenterait 125000 équipements éoliens sur 5% du territoire. La nature intermittente de cette énergie pose des problèmes de réseau et de régulation. Il faut aussi disposer d’une autre ressource à cause des sautes de vent. Ce qui signifie que l’éolien a besoin d’une politique forte d’aménagement du territoire et d’une cohérence globale. L’éolien n’a pas à être paré de toutes les vertus. La question des coûts payés par l’usager le montre aussi, même si certains élu(e)s y voient, à tort, une manne financière! D’où l’importance d’un grand service public. Il y a besoin d’énergies renouvelables mais il faut admettre « qu’elles n’auront dans les prochaines décennies qu’une contribution marginale mais originale ». Loin de tout a priori idéologique, l’auteur nous livre une solide argumentation afin de savoir de quoi on parle quand on aborde la question de l’éolien. À lire donc pour comprendre.


La science pour qui ?

JANINE GUESPIN-MICHEL, ANNICK JACQ

Ouvrage collectif – 125 pages – édition du croquant – 2013

Répondre au malaise qui s’est installé entre le monde scientifique et la société: tel est l’objet de ce livre. Pour y parvenir, une première partie est consacrée aux multiples définitions de la « science » et notamment à la confusion qui est souvent faite entre science et technique: rappels salutaires. Un long développement est consacré au rapport entre science et citoyenneté avec une plongée dans notre système éducatif à travers une analyse de l’enseignement et une critique de son contenu. Les deux auteurs entrent alors au cœur du sujet: la démocratie citoyenne, thème qui est évoqué presque à chaque page (125 pages). Il s’agirait selon les auteurs de construire des collectifs de citoyens qui auraient leur mot à dire face à des expertises tronquées, orientées et sous l’influence de lobbies. Il s’agirait aussi de préférer aux mauvais experts, les bons experts vraiment indépendants et honnêtes, et préférer à la recherche classique, une recherche citoyenne, avec des buts précis, qui réponde vraiment aux besoins sociaux. Ce livre encourage à l’esprit critique qui, selon les auteurs, fait encore trop défaut chez les scientifiques, et surtout chez les ingénieurs, formatés dans leurs grandes écoles à une monoculture techno scientifique et avec peu d’ouverture d’esprit. Enfin, cela traverse tout le fil de l’ouvrage: le système capitaliste et sa mainmise sur l’appareil de recherche, sont pointés du doigt et dénoncés. Un livre utile pour comprendre notre époque et lutter contre les idées faciles et simplistes.


DRH Le livre noir

JEAN-FRANÇOIS AMADIEU

Professeur à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Seuil Essais (H.C.)date de parution 10/01/2013 –240 pages – 19.90 € TTC

Ce livre a le mérite de parler ouvertement de ce qui dérange, de mettre en lumière les réalités des pratiques RH en matière de conditions d’embauches, salaires, évaluation, déroulement de carrière, raisons de la gestion et de la réduction des effectifs… Ce complet état des lieux des pratiques RH au sein des entreprises est riche d’enseignements. L’intérêt est multiple. D’abord pour tous ceux qui ne sont pas du métier mais qui cherchent à comprendre pourquoi cette réalité; ensuite, pour les DRH eux-mêmes, qui trouvent dans cet ouvrage le porte-voix pour dire ce qui porte atteinte à la déontologie de la profession et qui prive de sens la mission des DRH. Enfin, pour les syndicalistes qui veulent intervenir pour rétablir le rôle contributif des DRH dans le fonctionnement des entreprises et des fonctions publiques. Le DRH est au carrefour des transformations de l’entreprise et en première ligne pour élaborer les plans de suppressions d’emplois et gérer les conflits sociaux. Mais ont-ils leur mot à dire et combien pèse leur avis face aux financiers qui décident ? Les femmes et les hommes (mal nommé-e-s « ressources humaines ») sont le vecteur essentiel de la croissance de l’entreprise. Les performances économiques et sociales de l’entreprise sont intimement liées. Le dialogue social est de ce fait le levier de la performance globale des entreprises et de l’administration. Et le conflit est un outil de régulation des rapports sociaux. Revaloriser le dialogue social et revaloriser la fonction RH vont de pair.

Comme l’auteur l’indique à la fin de son ouvrage, il s’agit maintenant de ne pas en rester au constat et de combattre ces pratiques discriminatoires afin de contribuer à rendre la société plus juste. L’heure est à la refondation de la fonction DRH. Y parvenir serait un point d’appui important pour combattre le Wall Street Management. Jean-Luc Molins, Secrétaire National de l’UGICT-CGT.


Pour une Europe de l’égalité et de la citoyenneté

MARIE-CHRISTINE VERGIAT

120 pages – édition Arcanes – 2014

Ce livre parle d’Europe. Mais il en parle autrement. Il ne s’agit pas ici de « concurrence libre et non faussée » et d’alignement par le bas, mais de solidarité européenne pour une autre mondialisation; pas de murs contre les migrants, mais des ponts pour un avenir commun; pas d’expulsions ni de xénophobie, mais du respect des droits de tous; pas de régressions sexistes et de reculs des droits des femmes, mais une égalité réelle des sexes et des genres. L’état des lieux n’en est pas moins dressé sans complaisance; mais sans défaitisme non plus. Sur chaque sujet – droits des femmes, des Roms, des migrants, « commerce équitable » –, des propositions précises dessinent un autre chemin, celui de l’égal respect des êtres humains et du retour du progrès. Désormais, cela dépend de chacune et de chacun d’entre nous. Citoyens d’Europe, l’avenir est entre vos mains.


Dracula contre les peuples, Le grand marché transatlantique

PATRICK LE HYARIC,

Directeur de l’Humanité, député au Parlement européen

6 euros – éditeur: l’Humanité – 2013

Voici le livre qui révèle en exclusivité le texte sur lequel la Commission européenne négocie, depuis le 6 juillet dernier, avec le gouvernement des USA, dans le secret absolu, la création d’un «marché unique transatlantique. » La Commission européenne et le gouvernement refusent de mettre ce texte à disposition du grand public. Dans ce livre, il est décrypté, disséqué, pour mieux en comprendre les enjeux: – D’où vient ce projet? – Qui est à la manoeuvre? – Au service de qui? – Comment les dirigeants européens et américains tentent de mettre au point un système détruisant la démocratie, la souveraineté populaire, le droit à l’alimentation de qualité, à la santé, à l’environnement, à l’emploi. C’est Dracula contre les peuples.


UNE AUTRE EUROPE, CONTRE L’AUSTÉRITE

POUR LE PROGRÈS SOCIAL, EN COOPÉRATION – UN AUTRE EURO

FRÉDÉRIC BOCCARA, YVES DIMICOLI, DENIS DURAND

140 pages – Le temps des cerises – 2014

La construction actuelle de l’Union Européenne débouche sur un magistral fiasco. C’est qu’elle n’a pas été conçue pour répondre aux besoins solidaires de développement des peuples européens, mais pour tenter d’attirer massivement les capitaux financiers mondiaux par la promotion d’un grand marché financier européen très attractif, et pour développer la concurrence entre travailleurs et peuples pour la rentabilité financière.

Cette Union européenne doit être réorientée et refondée. Pour cela, on ne peut pas se contenter de la « compléter » par une « Europe sociale ». Il faut en réalité, tout en changeant profondément les buts sociaux de cette Europe, s’attaquer aux moyens financiers et établir des pouvoirs démocratiques nouveaux. Et ces trois éléments – objectifs sociaux, moyens, pouvoirs – s’épaulent et se renforcent. Car nous prétendons porter une véritable cohérence de progrès social qui fait gravement défaut dans le débat public. Face à l’austérité, transformer l’euro et l’UE pour le progrès social et avec de nouveaux droits, au lieu de déserter le combat pour un autre euro. C’est possible à partir de la situation actuelle, y compris avec un pôle public bancaire français qui conduirait un bras de fer face à la BCE, appelant d’autres pays à s’y engager. Le paradoxe, c’est qu’alors que cette position est isolée dans le débat médiatique, elle est portée à gauche, dans le mouvement social ou intellectuel, non seulement en France, où le Front de gauche et le PCF ont rendu populaire la mise en cause précise et argumentée de la BCE, mais aussi dans de multiples pays d’Europe avec le Parti de la gauche européenne (le PGE, qui compte notamment Syriza en Grèce, Izquierda Unida en Espagne, Die Linke en Allemagne). Et notre proposition de Fonds européen pour le développement social et écologique solidaire financé par la BCE pour les services publics, converge avec les propositions exprimées très récemment par la confédération européenne des syndicats, le DGB allemand ou bien la CGT française, ou encore l’Alter-Summit européen.

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