Réforme territoriale : vers la désertification universitaire, JULES RONDEAU

Le point de vue de Jules Rondeau, Secrétaire au secteur international de l’UEC (Union des étudiants communistes)

La grande faillite universitaire française exprime un véritable camouflet. Elle est très loin de l’objectif de se doter de l’économie de la connaissance la plus compétitive d’Europe.

Début juin, François Hollande annonçait la nouvelle carte des régions. Si cette réforme territoriale est le résultat de négociations de comptoir entre les différents barons du Parti socialiste et de la droite, elle s’inscrit néanmoins dans une logique: la restructuration libérale des territoires français et des services publics.

DES UNIVERSITÉS PRISES DANS LE MARASME ÉCONOMIQUE

Après avoir été abandonnées à l’autonomie à la fin des années 2000, les universités publiques se sont vu imposer récemment le patronat comme unique recours à leur déroute budgétaire. Avec la loi de « responsabilisation » des universités (LRU), l’UMP avait privé les établissements publics de financements à la hauteur. Le gouvernement socialiste ouvre aujourd’hui les portes des facs aux intérêts privés

au prétexte de les renflouer. L’asphyxie budgétaire fait déjà des victimes. L’austérité se fait contre l’Université, et plusieurs filières d’études se retrouvent menacées de fermeture, tandis que les administrations instaurent par des moyens détournés différentes formes de sélection. Récemment, plusieurs universités ont demandé au rectorat d’instaurer un tirage au sort pour les nouveaux bacheliers.

Malgré les déclarations, le budget de l’enseignement supérieur n’est pas sanctuarisé. Le nombre d’étudiants et les besoins des universités continuent de progresser, contrairement aux budgets. Pour 2015-2017, le sous-financement des études supérieures et de la recherche représenterait 1,6milliard d’euros d’économie, sur le dos des étudiants, des professeurs et des établissements.

DE LA COMPÉTITION RÉGIONALE À LA CONCURRENCE DES UNIVERSITÉS

En restructurant les territoires, le gouvernement s’apprête également à réorganiser l’enseignement supérieur autour du principe de compétitivité régionale. Ainsi, dans la logique de «l’Europe des régions » prônée par l’Union européenne, les régions françaises formeraient des pôles compétitifs mettant les services publics à la disposition de groupes privés. C’est pour cette raison que la loi Fioraso permet aux entreprises de financer des cursus, d’en dicter les contenus pédago giques, ou encore de former des communautés d’universités publiques-privées.

C’est, pour les entreprises, une occasion inespérée de former les futurs salariés au frais de l’État. Compétitivité veut dire concurrence entre les régions. La réorganisation territoriale du gouvernement et de Bruxelles va accroître les inégalités entre les différentes régions, comme dans plusieurs pays européens, en Italie entre le Nord et le Sud, en Allemagne entre l’Est et l’Ouest, en Belgique entre la Flandre et la Wallonie, en Espagne…

Dans cette guerre économique, les universités perdent leur dimension de service public. Celles qui ne se conformeront pas aux exigences du patronat sont vouées à disparaître, à s’amputer de certains cursus.

DES COMUE AU SERVICE DE LA « RATIONALISATION » BUDGÉTAIRE

Afin de mieux s’adapter au dogme de la compétitivité, les universités sont poussées à de nouvelles collaborations universitaire à travers des communautés d’universités et établissement (Comue), outils de rationalisation des coûts, c’est-à-dire de coupes budgétaires, de suppressions de postes et de filières. Tous les établissements sont concernés par la disparition de formations. Prétextes invoqués: le nombre insuffisant d’étudiants ou, cynisme, la volonté d’éviter la concurrence entre les facs d’une même communauté.

VERS DES DÉSERTS UNIVERSITAIRES

La carte des Comue concorde avec celle des nouvelles régions dessinées par le gouvernement. Ce n’est pas sans poser problème, et pour les étudiants et pour les territoires.

Exemple de la future grande région issue de la fusion entre les actuelles régions Centre Limousin et Poitou-Charentes : la communauté d’universités va de La Rochelle à Orléans, en passant par Limoges, Poitiers et Tours. Dans un espace géographique aussi vaste, la centralisation des formations autour d’une poignée de villes laissera des territoires entiers sans université.

L’Aisne, qui est un département mal desservi en matière d’études supérieures publiques, est aussi un des plus durement touchés par le chômage, avec un taux qui avoisine les 14 %. Dans un contexte de crise profonde du capitalisme, comment peut-on prétendre relancer et développer les forces productives du pays sans prendre en compte le rôle primordial que vont jouer l’enseignement supérieur et la recherche du XXIe siècle?

Comme la désindustrialisation, la désertification universitaire qui est engagée est synonyme de perte de savoir-faire et de chômage massif pour les territoires.

POUR LES JEUNES, CHÔMAGE OU MOBILITÉ FORCÉE, VOIRE LES DEUX

Non seulement la régionalisation des diplômes ne permet pas aux étudiants d’accéder à de véritables métiers reconnus sur l’ensemble du territoire, mais encore la restructuration des universités au sein de grandes régions en concurrence crée un phénomène de mobilité forcée.

Pour de nombreux jeunes qui veulent poursuivre des études supérieures, la seule solution est souvent de quitter leur ville et de partir à des centaines de kilomètres. En quittant le domicile familial, nombreux sont ceux qui sont obligés de se salarier, augmentant ainsi les risques d’échec dans les études.

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