RECHERCHE DANS LES TRANSPORTS : COMMENT L’IFSTTAR PERD PEU À PEU LES MOYENS DE REMPLIR SA MISSION, NICOLE ROLAND

L’IFSTAR, organisme public de recherche prospective scientifique et technique en matière de transport est en danger. C’est pourtant un institut stratégique qui, progressivement, est vidé de sa substance.

Les transports sont d’importance stratégique, et sont en même temps un service public. Il existe en France un organisme de recherche dédié aux transports : l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR). Cet organisme est un établissement public à caractère scientifique et technique (EPST, au même titre que le CNRS ou l’INSERM) et dépend de deux ministères de tutelle: le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, et celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Cet établissement est issu de la fusion, au 1er janvier 2011, de l’Institut national de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS) et du Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC). «L’IFSTTAR a pour mission de « réaliser, piloter, faire effectuer et évaluer des recherches, des développements et des innovations dans les domaines du génie urbain, du génie civil et des matériaux de construction, des risques naturels, de la mobilité des personnes et des biens, des systèmes et des moyens de transport et de leur sécurité, des infrastructures, de leurs usages et de leurs impacts, considérés des points de vue de leurs performances techniques, économiques, sociales, énergétiques, sanitaires et environnementale. »

Ses missions sont devenues plus nombreuses que ne l’étaient celles des deux organismes d’origine: L’IFSTTAR conduit des travaux de recherche finalisée et d’expertise dans les domaines des transports, des infrastructures, des risques naturels et de la ville pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens et plus largement favoriser un développement durable de la société. L’Institut est engagé avec de nombreux partenaires, publics ou privés, nationaux ou européens. L’existence de l’IFSTTAR est donc un point tout à fait positif. La question est de savoir avec quels moyens il peut effectuer ses missions, et quels peuvent être les intérêts en jeu. Compte tenu de l’importance de ses missions, le nombre de ses personnels permanents (environ 1200 fonctionnaires d’État) ainsi que sa subvention d’État auraient dû progresser. Malheureusement, il est facile d’imaginer qu’en la période actuelle, ce n’est pas le cas…

On observe au contraire une réduction du nombre de fonctionnaires de l’établissement : moins 31 postes en 2013 On prévoit 91 postes qui ne seront pas renouvelés sur la période 2013-2015, ce qui fera une réduction de 8 % de l’effectif. La subvention pour charge de service public est passée de 87753239€ en 2012 à 87612146 en 2013 (baisse de 0.16 %). La situation financière de l’IFSTTAR est très inquiétante en 2013 et va s’aggraver encore dans les années qui viennent compte tenu de l’importance du financement sur contrat, et des emplois précaires(1). Il faut ajouter à ces difficultés celles liées à un déménagement de l’IFSTTAR depuis le bd Lefèbvre, dans le 15e arrondissement de Paris vers Marne-La Vallée au cours de cette année. Ce déménagement a eu lieu dans de très mauvaises conditions suite à une mauvaise gestion de la part de l’Administration : retard dans les travaux, abandon prématuré du site parisien etc.

Les crédits contractuels sont souvent fléchés sur des projets particuliers à court terme, et ne permettent pas de financer des projets sur le long terme. Comment développer une véritable recherche et une mission de service publique, si la part de financement contractuel devient trop importante? La direction de l’IFSTTAR nous parle de défis sociétaux : «Plus que jamais, l’évolution harmonieuse de nos sociétés dépend de notre aptitude au vivre-ensemble et au partage de l’espace et du temps collectifs, tout autant que celui de nos ressources. La société se veut de plus en plus mobile, urbanisée, globalisée et numérisée, mais aussi participative, écoresponsable, consciente des limites de ses ressources, soucieuse de sécurité et – du moins dans les pays développés – vieillissante. Chacune de ces caractéristiques représente un défi à relever pour le XXIe siècle ».

A-T-ON LES MOYENS DE RELEVER CES DÉFIS SOCIÉTAUX?

Observons, à présent, ce que vivent tous les jours nos concitoyens dans les transports : nous sommes loin, hélas, des possibilités que nous offrent les nouvelles technologies. Ainsi, la population « vieillissante » aimerait simplement pouvoir disposer d’un siège dans les transports… En matière de sécurité, ce n’est pas toujours des problèmes de «verrou technologique» qui sont en cause, loin de là, mais le manque de personnel, l’erreur humaine etc. Il s’agit souvent d’investissements qui ne sont pas réalisés : (comme les passages à niveau !). Tout ce qui pouvait être exploité dès aujourd’hui, en matière de sécurité des transports, en matière de retombées économiques, sociales, énergétiques, sanitaires et environnementale ne l’a pas encore été, tant s’en faut. Et va-t-on favoriser les transports publics, moins «rentables» ? les transports privés ?

Il est impératif de travailler sur des objectifs à longue échéance, qui, pour certains, peuvent nous paraître utopiques (R5G, Route de 5e génération) ou plus proches (L’infra – structure ferroviaire et ses interfaces). Certains pourraient se réaliser lors des quinze prochaines années(2). Mais n’oublions pas qu’il existe encore sur notre réseau ferré francilien de nombreuses rames vétustes qui tombent souvent en panne…

NICOLE ROLAND est chercheuse dans le domaine du transport.

 

(1) Il y a par ailleurs environ 380 doctorants accueillis dans les laboratoires de l’IFSTTAR. Chaque promotion compte plus de 100 nouveaux doctorants par an.
(2) Ce jeudi 21 novembre a été signée à Grenoble une convention entre les collectivités territoriales et locales, le CNRS, le CEA, les universités et des entreprises, afin de préparer l’aménagement du quartier scientifique de la Presqu’île en « écocité ». L’objectif est de parvenir à plus de 80% de déplacements en mode alternatif à la voiture. L’arrivée en 2014 du tramway s’inscrit dans cette perspective. A terme, le quartier pourra recevoir plus de 10.000 étudiants, et pourrait accueillir plus de 25.000 emplois.
Un des axes de recherche de l’IFSTTAR est par exemple l’étude des véhicules automatiques légers (VAL), ou bien la recherche d’une plus grande sécurité sur la route.

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