MULTIMODALITÉ ET ENVIRONNEMENT, DOMINIQUE LAUNAY

Les transports sont au coeur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux de notre société. Selon la façon dont on les utilise, ils peuvent influer sur l’aménagement et le développement économique du territoire, des territoires.

LES TRANSPORTS : LE GRAND ABSENT DES CONFÉRENCES ENVIRONNEMENTALES

Leur structuration pose des questions de fonds touchant aux choix économiques et de société, c’est-à- dire au mode de développement. Ce qui explique, peut-être, pourquoi le gouvernement a refusé que la question des transports soit retenue comme thème lors des conférences environnementales de 2012 et 2013, à voir ses positionnements récents, comme son revirement sur l’écotaxe poids lourds, s’inscrivant dans une continuité du « tout routier » après avoir validé la généralisation du 44 tonnes, en janvier 2013, ou encore son soutien à la politique du bas coût (low cost) qui se généralise dans tous les modes de transport.

Cela s’inscrit dans un contexte de concurrence exacerbée, de dumping social, d’oppositions entre modes de transport ou à l’intérieur des modes, de mise en concurrence des salariés, ne répondant pas aux besoins des usagers et allant à l’encontre de leurs souhaits d’une diminution des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES).

UNE AUTRE RÉGULATION

Une autre régulation que celle du marché et des logiques de concurrence et de flux tendu peut seule permettre une utilisation des transports qui soit économiquement, socialement et écologiquement responsable. Cela passe, notamment, par une organisation multimodale des transports, appropriée à chaque domaine, voyageurs et marchandises.

En effet, pour sortir de cette logique libérale menée depuis quatre décennies des choix politiques sont nécessaires pour organiser les transports, sous maîtrise et contrôle des collectivités, en choisissant les modes les plus pertinents pour les acheminements et en combinant leur complémentarité selon d’autres critères.

La multimodalité reconnaît l’utilité de tous les modes et définit leur place pertinente, sans les opposer. Elle requiert une volonté de maîtrise publique de tout le système de transports. C’est un choix politique fondamental. D’ailleurs le capital, le patronat, emploient rarement en ce sens (à quelques exceptions près) ce concept de multimodalité : lui est préférée la logique de concurrence et profits – y compris dans le cadre d’intermodalités (dont ils ont besoin pour leur business)- et cela aux dépens de l’intérêt général, des besoins sociaux et environnementaux.

POURTANT LE DERNIER RAPPORT DU GIEC EST ALARMANT !

D’où la nécessité de sortir les transports du marché, car il n’y a pas d’avenir pour l’environnement si on ne sort pas de ce système économique. Il faut en finir avec le moins-disant social, de formation et de rémunération qui régule l’activité des transports routiers (marchandises et voyageurs) entraînant des suppressions massives d’emplois dans le secteur. Le gouvernement a lancé le concept d’économie circulaire, à la dernière conférence environnementale.

Ce qui pose la question de remettre l’appareil industriel au cœur des enjeux et du débat, d’œuvrer à la reconquête industrielle, de relocalisation des productions – dans un concept de circuit court territorial – en pesant bien la question du juste coût du transport des marchandises dans les coûts de production, de la complémentarité entre les modes passant par un véritable service public du transport des marchandises par le rail, mais aussi par un renouveau du fluvial.

Cela nécessite de sortir de la spirale qui empêche une véritable inversion de l’émission des Gaz à Effet de Serre portée par les politiques ultralibérales qui s’amplifient, où les maîtres mots sont : compétitivité, concurrence, coût du travail… alors qu’il s’agit du « coût du capital ».
Tant que l’on considérera le travail comme un coût alors qu’il est la véritable richesse, tant que l’on aura l’œil rivé sur le niveau du CAC 40 : on parlera environnement sans avenir ! De quelle compétitivité parle-t-on lorsqu’il s’agit de l’avenir de la planète, de l’être humain ?

Sans faire de raccourcis et de conclusions hâtives, la catastrophe qui vient de se dérouler aux Philippines ne peut nous laisser indifférents et je me permettrai de citer un extrait d’une interview de Jean Jouzel, climatologue, dans L’Humanité du 12 novembre 2013 « (…) notre crainte, c’est que le réchauffement climatique ne favorise des cyclones de plus en plus violents, provoquant des dégâts de plus en plus graves. Si les événements de ce type continuent à se multiplier, il est probable que – dans le prochain rapport du GIEC – le lien soit fait avec les activités humaines » fin de citation.

C’est aussi pourquoi nous pensons que l’accord de libre-échange – qui se négocie entre l’Europe et les États- Unis est une mauvaise chose aussi pour l’environnement et le concept d’économie circulaire. On peut parler « environnement » tant que l’on veut, mais tant que le transport routier de marchandises sera sous-tarifé, tant que la politique bas coût (low cost) sera soutenue, que le concept de multimodalité sera rejeté, tant que ce sera « la loi de la jungle » dans le maritime – où des bateaux coulent avec des milliers de conteneurs dont on ne connaît pas exactement le contenu, on continuera à polluer la planète, les océans.

PROPOSITIONS POUR UNE POLITIQUE MULTIMODALE

La maîtrise publique, le financement public des infrastructures dans un concept multimodal (ferré-fluvial- portuaire-aéroportuaire…) doivent aussi être priorisés pour sortir des Partenariats Publics Privés dont on mesure bien la nocivité et les surcoûts et qui sont un véritable frein au développement économique et à l’aménagement du territoire.

Une politique multimodale intégrée des transports impose une gestion en conséquence des infrastructures :

Une maîtrise publique totale de ces infrastructures pour garantir leur finalité dans l’utilisation des modes favorable à l’aménagement équilibré du territoire, et se protéger d’une mise en concurrence qui, par définition, viendrait contrarier les obligations de développement durable ; des financements qui garantissent cette maîtrise autant que les réalisations nécessaires et cela que l’on raisonne à court, moyen ou long terme, sans quoi nous sommes dans une socialisation des pertes et privatisation des bénéfices ;
Une ressource de financement qui repose sur une fiscalité juste, sur les contributions de ceux qui réellement profitent du transport, sur des emprunts et fonds d’investissement du type « grands travaux ».

La question du financement des infrastructures d’intérêt général nécessite la mobilisation de ressources nouvelles. La création d’un pôle financier public, permettant de disposer de ressources nouvelles en dehors des contraintes du marché, est une solution.
L’ensemble de ces éléments peut contribuer – si on change d’orientation politique – à une véritable politique multimodale et aller vers une économie circulaire, s’inscrivant dans une transition écologique et la diminution des Gaz à Effet de Serre.

DOMINIQUE LAUNAY est Secrétaire Général de l’ UIT-CGT

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