Livres (N°3)

LES LIVRES
L’urgence industrielle !
DE GABRIEL COLLETIS
200 p. – Le bord de l’eau – 2012
Développer une vision systémique en liant les questions de démocratie, de travail, la préservation de la nature et l’industrie : c’est rare et mérite d’être signalé dans un paysage où les théories libérales ont envahi tout le champ académique. Bien que le mot « compétitivité » soit utilisé régulièrement, avec toute l’ambiguïté des valeurs qu’il véhicule, notons que des propositions de portée révolutionnaire y sont développées. Ainsi, plutôt que l’austérité, la dérégulation, le pouvoir absolu des actionnaires, le financement à court terme, l’auteur donne la priorité aux normes sociales et environnementales, aux temps longs des investissements et au niveau de qualification des salariés. Ancien conseiller scientifique du Commissariat Général du plan, et fin connaisseur de la réalité industrielle et de ses entreprises, l’auteur a été auditionné par la Fondation Gabriel Péri récemment et on peut revoir la vidéo de sa conférence en ligne sur le site.

Le Capital de Marx, son apport, son dépassement, au-delà de l’économie
DE PAUL BOCCARA
177 p. – Le temps des cerises – 201
Ce livre est une belle synthèse de la réflexion de Paul Boccara. « Belle », car il y a un vrai travail d’écriture et de précision avec cet exploit de tirer en seulement 177 pages, toute la subtilité de l’analyse marxiste et, en deuxième partie, une analyse des crises contemporaines, et de leurs dépassements possibles « au delà de l’économie » comme l’indique si justement le titre. Être aussi concis demande une grande culture et une bonne maîtrise du sujet. En page centrale, se trouve un impressionnant schéma donnant toute la complexité du cheminement théorique du « Capital » de Marx. C’est un livre qui est un complément indispensable pour la formation des militants : en effet les deux parties du livre correspondent exactement aux deux séances de formation en économie proposées par le PCF dans ses stages de base.

Les déchets nucléaires : Quel avenir ?
DE STÉPHANE GIN
202 p. – Dunod – 2006
Ce livre date de 2006 ! Mais toujours d’actualité avec le débat autour de CIGEO (Centre industriel de stockage géologique). 200 pages rien que sur les déchets nucléaires ? C’est pourtant nécessaire pour quiconque veut comprendre le problème sérieusement, ne serait-ce que pour savoir ce qu’est vraiment la radioactivité, sa persistance dans le temps, les problématiques de durée et d’efficacité auxquels doit répondre forcément un site de stockage. Ce livre aborde frontalement la question du niveau de risque que la société est prête à accepter et de la difficulté d’acceptabilité d’une solution de stockage, à l’heure où le nimby ( « pas dans mon jardin ») et la manipulation sur fond de peur sont la règle dans les débats… Pour les déchets chimiques de durée de vie infinie, 100 fois plus volumineux que les déchets nucléaires, et déversés quotidiennement dans la biosphère : il n y a pas de préoccupation équivalente, pas de livre, pas de sites de stockage prévus et donc pas de débats, c’est beaucoup plus pratique..

Atlas des matières premières – Des ressources stratégiques
DE BERNADETTE MÉRENNE-SCHOUMAKER
96 p. – Autrement – 2013
Enjeux géostratégiques majeurs, l’essentiel des conflits aujourd’hui a pour arrière fond l’appropriation de matière premières, notamment pour les ressources énergétiques : pétrole et gaz. Mais plus largement il y a toutes les autres matières premières dont on parle moins et dont dépendent toutes nos économies : charbon, uranium, minerais de fer, terres rares, sans oublier les produits agricoles. Cet Atlas permet de mieux comprendre les problèmes d ‘approvisionnement que doit affronter l’humanité. A l’heure où des géants comme l’Inde et la Chine émergent, où les terres d’Afrique sont âprement convoitées, ce nouvel atlas de Bernadette Mérenne-Schoumaker, après celui sur l’énergie, est indispensable.

L’énergie en questions
DE JEAN GAY
115 pages – Elzevir – 2012
C’est un homme en colère qui écrit, colère qu’on sent bien entre les lignes. Et il est vrai qu’il y a de quoi lorsque l’on voit le niveau du traitement des questions énergétiques pourtant très structurantes de l’organisation de nos sociétés. En première partie, l’auteur traite des questions « Science et société » puis aborde frontalement les questions énergétiques sans contourner les débats qui font rage : déchets, sûreté, aspects économiques. La méthode de Jean Gay ici est d’accompagner son propos d’une série d’encadrés sous forme de questions « saviez vous que… » qui pulvérisent les idées reçues. Un livre loin du politiquement correct, mais juste et fort.

Qu’est ce que l’agriculture écologiquement intensive ?
DE MICHEL GRIFFON
219 p. – Quae – 2013
Adeptes de visions simplificatrices et de théories« New Age » en tout genre : passez votre chemin! Ici Michel Griffon s’attaque à une équation difficile: répondre aux besoins de l’humanité avec une agriculture suffisamment productive, tout en sortant du modèle actuel productiviste, non durable et épuisant les éco-systèmes. On connaît le sérieux et l’expérience de Michel Griffon et ici, après son concept de « révolution doublement verte » largement développé dans son célèbre ouvrage « nourrir la planète », il explicite cette fois le concept d’ « agriculture écologiquement intensive ». Comment utiliser toutes les ressources de la nature pour y développer une synergie alliant écologie scientifique et efficacité dans la production? Ouvrage technique il est vrai, mais pas seulement : il pose la question du contrat social entre société et agriculteurs. Ce livre est abordable pourvu qu’on fasse un effort. Effort que toute personne qui a la prétention de contribuer au débat sur l’agriculture est invitée à faire.

Pour le Communisme , la Liberté et la France
DE IVAN LAVALLÉE
88 p. – Janvier 2013.
L’auteur de ce livre pense en termes forts la sortie du capitalisme, un au delà de l’horizon qui sera le temps du bien commun et des usines qui tournent toutes seules, permettant aux humains de sortir de la nécessité du travail contraint. Le succès même du capitalisme, qui a conduit les forces productives matérielles à un niveau jamais égalé dans l’histoire, le conduit aussi à sa fin, puisqu’il ne peut plus poursuivre son expansion autrement que sous des formes artificielles, par la production d’un énorme capital fictif (produits financiersdérivés : 15 fois le PIB mondial).
Il ne peut poursuivre sa mise en valeur sans que l’énorme machinerie financière ne s’enraye un jour peut-être proche : crédits, actions, dettes publiques et privées.
Le souci du révolutionnaire : proposer un projet qui donne cette perspective aux luttes et aux compromis avec la réalité quotidienne, pour dynamiser nos pratiques, et tracer le chemin du développement de tous en mettant fin au gaspillage de la Nature et des hommes. Un avenir qui sécurise les êtres humains et leur autorise le développement des arts, de la culture, et des sciences dans le cadre d’un autre mode de production : travail de géants et de fourmis. La Nation France reste pour ce chemin un cadre historique pertinent ré-appropriable par son peuple, plus qu’une Europe des l par le capital.
Pour se procurer l’ouvrage : ilavallee@orange.fr

« LA DÉMOCRATIE DES CRÉDULES »
DE GÉRALD BRONNER
343 p. – P.U.F. -2013
Ce livre est un apport essentiel pour analyser et comprendre les peurs contemporaines. C’est le regard d’un sociologue qui observe la société et tente de répondre à ce constat quasi quotidien où des histoires fausses ou mensongères, des croyances finissent par devenir des réalités pour des millions de gens.
Comment est-ce possible ? Quel rôle jouent les vecteurs de communication ?
Soyons tolérants, car nous pouvons tous tomber dans des pièges. Des erreurs de raisonnement (les biais cognitifs) se retrouvent régulièrement dans les questions liées aux risques, à la santé publique, à l’énergie, à l’environnement. Nous voilà plongés dans le doute permanent et le besoin d’expertises indépendantes.
Attention, car le doute implique aussi des devoirs sinon le nihilisme mental n’est pas loin et l’argument de l’ignorance fait des ravages. Il y a quand même 46% de gens en France qui pensent que la science et la technologie produisent plus de dommages que d’avantages !
Quand la méfiance augmente à ce point, la société est en danger car c’est vite la faute des autres ! « La complexité du réel est toujours niée au profit de la recherche de la cause unique et l’on peut s’inquiéter de ce que la pensée contemporaine voie dans le doute et la suspicion généralisés une marque de discernement ». L’auteur cherche des explications et propose des solutions à partir de cinq thématiques : la massification de l’information, le rôle d’internet, la notion de concurrence, la démocratie des crédules et la connaissance.
Les informations et les arguments présentés sont d’une grande richesse et nous invitent à étudier les expériences concrètes de l’actualité et à en débattre. Par exemple, les notions de «crédulité informationnelle», le temps de réflexion et de lecture, l’utilisation de la rumeur, les réponses par oui ou par non, la société de la transparence, les conventions du milieu scientifique mises en cause,…
Certes, il est plus « payant » de caresser les gens dans le « sens du poil », mais il y a des résistances au catastrophisme et à la diffusion des fausses évidences. «La vérité ne se décrète pas à l’applaudimètre».
Il n’est cependant pas rare que la presse reprenne en choeur sans vérification (il faut aller vite !) des stupidités.
Pour être éclairé il faut comprendre ce qu’est une démarche et avoir une méthode pour acquérir une certaine autonomie intellectuelle.
N’est-on pas devant un combat politique au sens noble du terme ? Cet ouvrage participe de ce combat et, à plusieurs titres, mérite d’être lu et discuté.

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