Europe et politique industrielle, Jacky Hénin

Europe et politique industrielle, Jacky Hénin

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Dans ma courte contribution je discuterai de l’actualité et de la pertinence d’une politique industrielle, j’aborderai la manière dont ce concept est mis en œuvre par les institutions de l’Union européenne. J’essaierai également d’éclairer le lecteur de mon expérience d’élu, de parlementaire européen, qui m’a permis au fil des années de comprendre la réalité et la mise en place des grandes politiques européennes, au-delà des discours de façade.

J’essaierai enfin de lier la problématique industrielle à l’écologie et de montrer comment la vision qui est à l’heure actuelle dominante au sein des institutions européennes est mortifère pour l’avenir de notre continent et de notre planète.

La première question qu’il s’agit de mettre en exergue est celle de savoir s’il y a ou non une politique industrielle mise en place dans l’Union européenne, car avant de développer notre réflexion il faut comprendre de quoi nous parlons. Beaucoup d’observateurs défendent régulièrement l’idée qu’une telle politique n’existe pas dans l’Union européenne contrairement à celles relatives à la concurrence ou au marché unique. Paradoxalement je répondrai tant par l’affirmative que par la négative.

Il est indéniable que la politique industrielle, telle que définie et pensée dans le cadre de l’UE n’a peu ou prou rien à voir avec celle qui a été développée en France à travers l’Histoire et notamment au sortir de la seconde guerre mondiale. Aucune politique d’ampleur, d’inspiration colbertiste, stratégique et dirigiste n’est menée au sein de l’Union européenne. Ainsi l’Europe n’a pas et n’envisage pas de prendre des participations dans de grands groupes aux activités pourtant stratégiques.

Mais, est-ce à dire qu’aucune politique industrielle n’existe au niveau européen ? Absolument pas. Les institutions européennes, au premier rang desquelles la Commission, développent une autre conception de la politique industrielle. Une vision traditionnellement décrite sous le vocable d’horizontale. Ainsi, conformément aux dispositions de l’article 173 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne, la politique industrielle est conçue comme le creuset, comme le résultat d’un certain nombre de facteurs. Plus précisément, il ne s’agit pas de se focaliser sur certains secteurs d’activité, mais de créer l’environnement le plus favorable possible pour les entreprises. Ainsi donc, au niveau européen, la politique industrielle n’existe pas en soi, elle est la résultante d’autres politiques et notamment de celles afférentes à la concurrence, au marché intérieur, au commerce international et à l’énergie.

Pour résumer cette appréciation de la politique industrielle européenne, il est opportun de citer la formule lapidaire d’une ancienne commissaire européenne qui déclarait lors d’une des réunions à laquelle j’assistai : « C’est le marché qui doit décider de qui doit vivre ou mourir ».

Or, malheureusement, au vu des développements passés et actuels on ne peut que reconnaître la portée de cette phrase.

Aussi, contrairement à l’idée répandue, il existe bien une vision « dirigiste », « verticale » dans la politique industrielle européenne, mais celle- ci est presque exclusivement réservée au marché et à son encadrement.

L’ensemble de la politique industrielle de l’Union européenne est donc articulée autour d’un même centre, suit une trajectoire déterminée par un même phare ; celui de la compétitivité, c’est une véritable doctrine politique et économique.

Des évolutions de circonstances, en parallèle avec les changements de la conjoncture économique, existent, en témoigne le tournant actuel qui combat l’établissement de « champions nationaux», mais promeut l’existence de « champions européens », afin de répondre aux besoins stratégiques de l’économie européenne, visée impensable il y a quelques années en arrière.

Toutes les évolutions, toutes les déterminations de la doctrine européenne industrielle sont axées sur les objectifs de compétitivité et de rentabilité, sur la nécessité d’instaurer une économie concurrentielle.

Dans ce cadre, le travail d’élus progressistes, intéressés par les questions industrielles est extrêmement ardu. Des propositions existent, mais n’arrivent pas à percer l’écran de verre libéral qui englobe les institutions européennes. C’est pourquoi il me semble nécessaire de porter trois considérations majeures dans le combat pour une Europe industrielle, respectueuse des peuples, des territoires et de notre environnement.

Tout d’abord il faut noter que nous savons produire. Lorsque les Européens s’en donnent les moyens, lorsqu’une véritable volonté créatrice les anime ils savent faire œuvre industrielle : EADS en est une des illustrations. Les pays de l’Union européenne bénéficient de salariés compétents et formés, ils ont tous les atouts pour développer l’industrie. Un simple fait prouve qu’aujourd’hui la direction inverse est prise ; pour ce qui est des dépenses de Recherche et Développement, l’Union européenne se place derrière les États-Unis et le Japon.

Ensuite, l’axe prioritaire de compétitivité, de profit à court terme est néfaste pour le développement de nos industries, or sans industrie point de salut pour nos populations. Ainsi, la doctrine industrielle actuelle, au- delà de sa recherche absolue de compétitivité, ne se focalise que sur les secteurs où un « avantage comparatif » serait acquis, l’exemple souvent utilisé par la Commission européenne est celui des technologies informatiques. Or cette logique s’avère être inefficiente. Il faut inverser la logique et produire utile pour le développement et pour les besoins humains. Ces deux horizons doivent fonder notre politique industrielle.

Enfin, la dernière considération qui me semble majeure, et qui découle des deux précédentes est la nécessité de produire au plus local. Cela n’est pas que de la pure incantation, qu’une simple formule. Au-delà du fait qu’elle rompe avec l’ensemble des stratégies mises en œuvre actuellement, si cette démarche était suivie elle permettrait d’ancrer l’emploi et le développement dans nos pays. Il s’agirait également d’une mesure devant permettre une meilleure efficacité technique et productive. Au cours de mes années de mandat, un exemple m’a particulièrement frappé. Il m’a été donné par des syndicalistes de l’énergie. Les logiques à l’œuvre dans l’Union européenne font transiter les flux énergétiques d’un bout à l’autre du continent, afin de réaliser des économies d’échelle et donc d’atteindre une meilleure rentabilité. Cependant, cela casse de l’emploi, renchérit le coût de l’énergie, mais surtout ces flux organisent un formidable gâchis d’électricité à l’échelle de l’Europe. Produire au plus local, en prenant en compte l’intérêt des populations doit permettre de répondre aux défis que le XXIe siècle nous pose. Cela nous permettrait également de réduire de nombreuses sources de pollution.

JACKY HÉNIN est membre de la commission Industrie, recherche et énergie du parlement européen.

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