Vous avez entre les mains le 50ᵉ numéro de Progressistes. Depuis le premier numéro, dont l’éditorial était écrit par Jean-François Bolzinger et Jean-Pierre Kahane, membres fondateurs de la revue, la ligne reste la même : mettre le progrès scientifique et technique au cœur des débats pour alimenter la réflexion du monde du travail. La revue alimente une tradition du mouvement ouvrier, qui est de ne pas laisser à la bourgeoisie le bénéfice exclusif des acquis de la science et des techniques. Sur l’écologie, sur l’intelligence artificielle, sur la réindustrialisation… ne jamais abandonner ces terrains à la seule réflexion des grands noms et du discours dominant. Les travailleurs, les scientifiques, les citoyens ont des choses à dire et peuvent intervenir.
Sur tous ces sujets, il est facile de tomber dans les simplifications. Le nucléaire civil en est un exemple frappant ; a son propos, notre revue a largement contribué au débat à gauche ces dernières années. La question est moins d’être pour ou contre, mais de s’appuyer sur les connaissances en physique d’un côté et sur les besoins de l’autre pour proposer une voie pour l’avenir. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons avoir un débat rationnel et cohérent qui s’appuie sur la réalité. Cela ne signifie nullement qu’on puisse se passer de débat politique, la technique seule ne peut pas faire une politique publique, et elle ne le doit pas, mais un débat politique ne saurait avoir lieu sans les faits et, surtout, sans que la société puisse s’en emparer. Ainsi, c’est le niveau de tous qu’il faut élever et non pas réserver les connaissances à quelques-uns. C’est l’enjeu démocratique essentiel de la science : rapprocher la connaissance de ceux qui produisent. Progressistes prend sa part dans ce combat.
Ce combat pour la rationalité n’a peut-être jamais été autant d’actualité. Nous sommes entrés dans l’ère de la post-post-vérité : les outils d’intelligence artificielle, les réseaux sociaux aux algorithmes contrôlés par des milliardaires et la fragmentation de la société conduisent à des narratifs toujours plus extrêmes, toujours plus déconnectés de la réalité matérielle du monde. Nous assistons à de nouvelles formes de croyances et de nouveaux imaginaires qui entrent frontalement en collision avec les idéaux des Lumières ou de la philosophie matérialiste. Ils imprègnent aujourd’hui l’espace médiatique et politique sans qu’aucun camp ne soit épargné, des libéraux aux néoconservateurs, en passant par la social-démocratie. Alors plus que jamais le monde du travail, celui qui a tout intérêt à ce que les choses changent, doit s’emparer des outils de la science et de la technique pour tracer une voie vers un progrès partagé. Cela veut dire proposer une alternative aux trois fléaux de notre temps : les guerres, la catastrophe environnementale et le basculement vers des régimes autoritaires et néofascistes. Ces alternatives ne pourront pas se faire sans dépassement du capitalisme qui porte en son sein la source de ses trois fléaux.
Votre revue poursuivra ses efforts pour vous proposer numéro après numéro des réflexions et des clés de compréhension de notre monde et montrer à tous qu’une autre voie est possible, une voie pour l’humaniser et le rendre vivable, une voie de progrès pour tous.
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