CNES : l’excellence spatiale française menacée, Clément Chabanne*

Si le gouvernement est particulièrement offensif sur l’âge de départ à la retraite, il y a un jeune sexagénaire qu’il mettrait bien au placard, d’office : le CNES. Malgré un bilan scientifique et industriel indiscutable, le Centre est aujourd’hui victime d’une réorientation qui inquiète tous les salariés et la communauté scientifique du secteur.

Par Clément  Chabanne, rédacteur en chef adjoint de Progressistes

Le Centre national d’études spatiales (CNES), fondé le 19 décembre 1961, vient de souffler ses soixante bougies. S’il s’est récemment illustré par le lancement réussi d’Ariane 6, son apport constant au cours de ses six décennies d’existence a été absolument primordial. Tant par son soutien aux laboratoires scientifiques que par son rôle dans le développement d’une grande filière industrielle, le CNES a été la cheville ouvrière du secteur spatial en France. Si la France tient aujourd’hui une place éminente dans le domaine spatial, c’est bien à cette institution qu’elle le doit. À l’heure où l’espace nourrit de nouvelles ambitions, parfois bien éloignées des enjeux scientifiques, l’outil public tourné vers le progrès des connaissances humaines qu’est le CNES doit absolument être doté des moyens nécessaires.

VERS UN DÉCLASSEMENT IRRÉPARABLE ?

Or c’est une tout autre orientation que semble vouloir donner le gouvernement. Les tutelles du CNES ont lancé une réorientation de priorités du Centre. Celui-ci devrait dorénavant privilégier « les achats de prestations et de services auprès de l’industrie », laissant aux industriels « la définition des spécifications techniques, les choix d’innovation », dénonce la CGT. Le CNES abandonnerait donc aux industriels la maîtrise de la politique spatiale tricolore.

Concomitamment, le budget « science » du CNES est en chute de 20 % entre 2015 et 2021. Dans un secteur technologique de pointe, cette baisse du financement peut rapidement coûter très cher. Dans son communiqué du 14 décembre 2021, la CGT alerte sur un possible décrochage scientifique de l’ensemble de la communauté spatiale tricolore en face d’une concurrence internationale très forte. Le risque d’une perte de crédibilité vis-à-vis des partenaires historiques, de la NASA états-unienne à l’ISRO indienne, est désormais sur la table.

Pis, le syndicat alerte sur un risque de désagrégation de la filière française. L’exclusivité donnée aux industriels pourrait menacer le lien historiquement fécond entre le CNES et les laboratoires spatiaux. La profondeur de ce lien est telle que la perte de compétence qui pourrait résulter de ce désinvestissement dans le CNES aurait des répercussions sur toute la filière, des laboratoires aux maîtres d’œuvre.

UNE AMBITION SCIENTIFIQUE AFFIRMÉE PAR LES TRAVAILLEURS

Pour la troisième fois seulement en soixante ans d’existence, les élus du comité central social et économique représentant le personnel ont émis à l’unanimité une motion de défiance envers la direction et les tutelles du Centre. Si les élus en arrivent à cette mesure exceptionnelle, c’est que l’inquiétude des travailleurs du secteur est forte, et que les annonces de la direction et du gouvernement vont à l’encontre des perspectives de progrès scientifiques qui animent les personnels du Centre.

À rebours des orientations annoncées, la CGT a profité de la réunion du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) pour affirmer une ambition de préservation et de développement de l’outil scientifique, industriel et économique que représente le CNES. Devant le ministère de tutelle, la confédération a réaffirmé qu’en donnant les moyens aux institutions de fonctionner et en faisant confiance aux travailleurs et à la communauté scientifique de ce domaine une politique spatiale de haut niveau pouvait être menée en France.

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