Le rapport du GIEC sur des mesures d’adaptation face au changement climatique

Par Irène Velan, ingénieure

POUR RÉDUIRE LA VULNÉRABILITÉ ET L’EXPOSITION

L’adaptation au changement climatique est l’ensemble des transformations qui réduisent l’exposition et/ou la vulnérabilité1. Ce 6e rapport souligne l’importance de la production et de la diffusion de la connaissance pour une adaptation effective, faisable et juste, et éviter la « maladaptation ». Il montre que les personnes et les systèmes les plus vulnérables sont les plus affectés par les conséquences du changement climatique : les événements extrêmes vont déjà au-delà de leurs capacités d’adaptation. La vulnérabilité des personnes et des systèmes est augmentée par la conjonction de l’exploitation socio­économique et de l’usage non durable de la nature. L’adaptation doit donc prendre en compte l’interdépendance de la nature et des sociétés humaines.

L’élévation moyenne de la température a déjà atteint 1,1 °C ; le seuil de 1,5 °C qui figure dans l’Accord de Paris de 2015 risque fort d’être dépassé, ce qui amènera une augmentation irréversible des catastrophes. Limiter la hausse des températures est indispensable pour les contenir, même si certaines seront inévitables. La hausse du niveau de la mer est ainsi engagée pour des siècles, quels que soient les efforts réalisés pour contenir le réchauffement, mais elle sera d’autant plus faible et moins rapide que les efforts d’atténuation seront importants. Y adapter les littoraux (habitations, zones agricoles, infrastructures d’énergie et de transport, etc.) est donc un impératif à engager dès à présent.

INTERACTIONS FORTES AVEC LES AUTRES RISQUES

Toutefois, les risques climatiques et non climatiques vont de plus en plus interagir, de façon complexe, ce qui rendra les catastrophes de plus en plus difficiles à gérer. Mais les effets de politiques d’adaptation sont déjà observés et donnent des résultats. Ces politiques sont à accélérer, à partager et à décliner selon les contextes locaux. À l’inverse, la maladaptation peut verrouiller les efforts d’adaptation futurs et augmenter la vulnérabilité. Il est à noter cependant que la société prend du retard dans son adaptation par rapport à la vitesse du changement climatique.

En tous domaines, les synergies entre politique d’atténuation et d’adaptation doivent être recherchées et créer les conditions d’un développement humain résilient. Celui-ci doit favoriser les approches intégrées, répondant à un maximum d’enjeux, et s’appuyer sur la coopération à tous les échelons, du local à l’international.

La production d’électricité nucléaire tend vers une limitation de la consommation d’espaces naturels et participe ainsi à la lutte contre l’artificialisation des sols.

FRANCE : NÉCESSITÉ D’UNE VISION INTÉGRÉE

La politique climatique française doit s’appuyer systématiquement sur le couplage de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à ses effets. À ce titre, elle doit encourager la réponse aux enjeux couplés de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de production énergétique et alimentaire, d’aménagement du territoire, de transports, de préservation des écosystèmes et de lutte contre l’artificialisation des sols, de défense (liste non exhaustive).

Elle doit plus spécifiquement rechercher la compatibilité entre les documents d’orientation que sont la Programmation pluriannuelle de l’énergie, la Stratégie nationale bas carbone et le Plan national d’adaptation au changement climatique. Les dispositions de ces documents de la politique climatique nationale doivent devenir prescriptives et être votées sous forme de lois annuelles au Parlement, au même titre que les lois de finances, et évaluer l’atteinte des objectifs climatiques que la France s’assigne, en atténuation et en adaptation. Ces dispositions doivent s’appliquer à l’État, aux collectivités locales et au secteur privé.

DÉVELOPPER UNE COMPLÉMENTARITÉ DES APPROCHES

Les synergies entre politiques d’atténuation et d’adaptation se trouvent, par exemple, dans la hausse de la production d’électricité nucléaire, qui permet d’étendre l’électrification décarbonée des usages finaux, de réindustrialiser le pays et de réduire le coût carbone et financier de la production. En outre, comme le rapport de RTE l’établit, plus on développe le nucléaire, moins on consomme de matières premières et d’espaces naturels, ce qui participe à l’indispensable lutte contre l’artificialisation des sols : il s’agit permettre aux sols d’absorber la pluie et de limiter le ruissellement et les inondations lors des précipitations extrêmes ; l’humidité ainsi conservée peut être rendue à la végétation et aux cultures lors des extrêmes de chaleur, contribuant par là à réduire la température de l’air. En somme, adaptation et atténuation sont les deux jambes d’une même politique.

Le caractère inéluctable de la hausse du niveau de la mer doit conduire l’État à organiser, avec les collectivités manacées, la stratégie à adopter, en définissant les zones à abandonner à la mer et celles à protéger. Lorsque décidé, le déplacement des activités et habitations à l’intérieur des terres doit être accompagné pour les personnes, entreprises et collectivités concernées, et devenir irréversible. La gestion de la ressource en eau doit par ailleurs prendre en compte, d’un côté, sa diminution prévisible et, d’un autre côté, un partage juste des usages. Les innovations techniques pour les économies de consommation (en matière d’irrigation, d’assainissement) doivent faire l’objet d’expérimentations et, le cas échéant, permettre une évolution législative allant dans le sens d’économies de consommation fondées sur le progrès technique. La politique forestière, qui requiert le temps long et une gestion durable, doit concentrer ses efforts entre politique climatique et développement de la filière bois nationale. Le risque stratégique associé au changement climatique doit systématiquement être intégré à la politique de défense et à la diplomatie (sécheresses, guerres de l’eau, migrations, famines, etc.).

La filière industrielle du bois est une des composantes à̀ inté́grer à̀ la gestion durable des forê̂ts.

LA POLITIQUE CLIMATIQUE DOIT STRUCTURER L’ACTION PUBLIQUE

Pour cela, le ministère de la Transition écologique doit être renforcé dans ses capacités opérationnelles d’observation et d’ingénierie pour l’adaptation aux effets du système climatique, en ce qui concerne notamment ses établissements publics (Météo-France, IGN, CEREMA) ; il doit devenir cotuteur d’autres établissements proches pour qui il ne l’est pas encore (SHOM, CNES). La réponse à l’enjeu climatique doit être inscrite dans les missions de toutes les administrations, quel que soit leur ministère de rattachement. L’administration centrale du ministère de la Transition écologique doit aussi être renforcée en interministériel, de façon que la politique climatique gagne un caractère prescripteur aussi fort que le sont les projets de loi de finances ; à ce titre, ce ministère doit se voir confier l’élaboration des lois climatiques annuelles évoquées précédemment, et toute loi votée devra être évaluée sous l’angle de sa compatibilité avec la loi climatique annuelle. Enfin, une cour climatique, sur la modèle de la Cour des comptes, doit être créée et déclinée par des cours régionales pour contrôler l’effectivité de la politique climatique.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.