Souveraineté économique, écologique et sanitaire : le coup de colère du député André Chassaigne

Ce mardi 19 mai 2020 se tenait un débat sur la souveraineté économique, écologique et sanitaire à l’épreuve de la crise du covid-19 à l’Assemblée nationale. André Chassaigne, député communiste, s’est alors exprimé en des termes sans détours et directs dénonçant la double discours du pouvoir actuel, qui semble découvrir la situation et se réveiller. Une voix singulière qui s’exprime sur des thèmes chers à Progressistes, c’est pourquoi nous avons décidé de reproduire ici le contenu de son intervention :

« Le groupe La République en marche ayant convoqué ce débat sur la souveraineté économique, écologique et sanitaire, je ne peux m’empêcher de souligner l’ironie, voire l’hypocrisie de la démarche, car vous n’avez cessé depuis trois ans de déréglementer, de déréguler les marchés, de dynamiter les protections sociales. Certes, vous êtes engagés dans la préparation de la nouvelle séquence de la communication présidentielle : le « en même temps » doit désormais se décliner en monde d’après – nouvelle sémantique pour faire croire que tout peut changer pour que rien ne change. Mais allons-y, soyons concrets.

Commençons par la souveraineté sanitaire. Quel douloureux atterrissage pour vous qui semblez découvrir les méfaits du sous-investissement public chronique dans notre système de santé. Mais c’est le fruit de l’austérité budgétaire que vous avez toujours défendue depuis votre arrivée au pouvoir ! On ne peut pas dire que vous n’étiez pas au courant des ravages de votre politique. Depuis 2017, nous vous avons interpellés à des dizaines de reprises sur la situation catastrophique de l’hôpital public et de nos EHPAD, dans le prolongement de notre tour de France de plus de 200 établissements. En réponse, à chaque fois, de jolis mots d’apaisement ; mais aussi, à chaque fois, les sauts de cabri de la doxa budgétaire – baisse des dépenses publiques, baisse des dépenses publiques…

Restaurer la souveraineté sanitaire du pays, cela commence par des mesures fortes : annulation de la dette des hôpitaux et des EHPAD ; embauche massive des personnels ; mobilisation de 10 milliards d’euros sur le budget de l’État pour les investissements les plus urgents en matériel et dans les locaux ; création d’un véritable pôle public du médicament et du matériel médical. Êtes-vous prêts à mettre cet argent sur la table ? Vous le savez, pour répondre, il faut se pencher sur les recettes de la sécurité sociale et de l’État, ces recettes que vous avez asséchées par votre politique au service des privilégiés de la fortune : suppression de l’ISF, transposition du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE – en exonérations permanentes, flat tax… Ils sont là, les milliards qui manquent cruellement à notre système de santé, à notre souveraineté sanitaire et à tous nos services publics !

Continuons votre chemin de croix sur la souveraineté économique. Douloureux de revenir sur votre politique d’accompagnement des délocalisations, d’ouverture de tous les secteurs aux échanges internationaux et de soutien permanent au secteur financier. Douloureux de venir parler de souveraineté économique quand tant d’ouvriers ont perdu leur emploi industriel depuis 2017. Douloureux, quand à Plaintel, dans les Côtes-d’Armor, votre gouvernement a laissé disparaître le seul site de fabrication de masques en France. Douloureux, quand à Luxfer, dans le Puy-de-Dôme, cela fait plus d’un an que l’on demande à l’État d’agir efficacement pour la reprise d’activité de cette entreprise, seul fabricant dans l’Union européenne de bouteilles d’oxygène à usage médical. Oui, chers collègues, les productions matérielles et de services et leur localisation doivent être pilotées par un tout autre but que le taux de profit et l’accumulation du capital dans quelques mains. La souveraineté économique qu’il faut conquérir, c’est la souveraineté sur le capital et ses intérêts ; c’est cela qui fera ou non l’efficacité économique du monde d’après. C’est aussi la réponse aux besoins humains et aux enjeux écologiques et le développement des biens communs qui doivent primer, mais êtes-vous prêts, pour cela, à donner aux salariés de nouveaux droits et pouvoirs d’orientation et de décision dans les entreprises, en particulier au sein des grands groupes ?

Souveraineté écologique ? Allons-y ! La réorientation écologique des productions et de l’action publique s’impose, mais êtes-vous prêts aujourd’hui à suivre les recommandations du Haut Conseil pour le climat, que vous avez mis en place, pour mettre fin au « sous-investissement massif dans la maintenance du réseau ferroviaire français » ? Ou à rendre les budgets carbone de la stratégie nationale bas carbone contraignants vis-à-vis de l’ensemble des textes de loi et des lois de finances ? Ou à dégager chaque année, dans les projets de loi de finances, les 10 à 15 milliards d’euros nécessaires à la rénovation énergétique des logements les plusieurs énergivores ?

Je finirai par un thème qui m’est cher, celui de la souveraineté alimentaire. Là aussi, votre soudaine passion pour la souveraineté pourrait faire pleurer dans les chaumières si l’on ne connaissait pas l’historique de vos discours. C’est curieux, chez vous, ce besoin de faire des phrases ; mais les grands mots d’aujourd’hui ne font pas une politique. La Commission européenne poursuit son mandat de négociation des accords de libre-échange avec le consentement tacite de l’Élysée, et une fois le plus dur de la crise sanitaire passé, nous verrons bien votre degré de résistance face à la cordée des actionnaires de l’agroalimentaire et de la grande distribution, qui ont usé de toutes les ficelles pour conforter leurs marges pendant la crise.

En conclusion, permettez-moi, chers collègues, de douter que demain sera pour vous un autre jour. J’ai même la conviction, il faut le dire, que vos grands discours finiront tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux. »

9 réflexions sur “Souveraineté économique, écologique et sanitaire : le coup de colère du député André Chassaigne

  1. Sans remettre en cause la justesse des griefs énoncés par André Chassaigne, je ne peux m’empêcher de souligner à mon tour l’ironie d’un député d’un parti européiste qui donne des leçons des souveraineté… Car, les budgets supplémentaires que veut à juste titre dégager André Chassaigne, les entraves nécessaires à la toute-puissance du capital, la nationalisation de productions stratégiques (comme celles de produits médicaux), sont-ils compatibles avec les traités régissant l’Union Européenne ? La réponse est non.

    Certes, Emmanuel Macron défend avec conviction voire enthousiasme l’austérité budgétaire. Mais la gauche, à chaque fois qu’elle revient au pouvoir, et y compris lorsqu’elle est « plurielle », joue le même jeu et passe son temps à expliquer pourquoi il faut absolument rentrer dans tel ou tel critère de soi-disant bonne gestion. Certes, elle utilise des mots différents et le ton qu’elle emploie est un peu plus éploré… Mais n’est-ce pas sous le gouvernement Jospin (qui comportait des ministres communistes, écologistes, et un certain Mélenchon encore socialiste) que l’on a le plus privatisé ?

  2. Tous ces parlementaires excellent dans l’art de discourir.Le PCF, lui-même qui ,avec Jospin en 1997 a mis en musique le social-liberalisme Le problème sanitaire est mondial,économique et politique Il nécessiterait l’abolition du capitalisme et de l’État L’instauration du socialisme libertaire ; l’Anarchisme.

  3. Tout à fait juste. Les gouvernants parlent pour les addicts aux médias et agissent dans le sens contraire de ce qu’ils disent. Ils feraient mieux de rétablir les trains de nuit et les trains auto-couchettes, ça diminuerait fortement le trafic.. routier cet été. Quant aux soignants, ça fait des années, au moins depuis 2008, qu’ils ne cessent de mépriser les soignants qui tirent la sonnette d’alarme, quand ils ne leur envoient pas les CRS pour les gazer ou matraquer. Lire le livre  » La Stratégie du Choc », c’est ce qu’ils pratiquent en ce moment. Le premier réflexe de Penicaud, c’est d’augmenter le temps de travail à 60 heures et autres atteintes au Code du Travail. Sans compter les mesures liberticides. Ils prolongent l’état d’urgence sanitaire pour pérenniser ces mesures, que les médias à la botte tairont, mais déblatéreront sur Cuba, le Venezuela ou la Bolivie pour nous faire avaler la pilule. Attention aussi au télétravail, Macron compte sur ses amis des GAFAM pour faire passer la généralisation de l’ubérisation. Ne laissons surtout pas pérenniser toutes ces mesures, ce n’est pas non plus innocent que le confinement est censé finir en juillet….

  4. Amis progressistes,
    c’est toujours le même problème avec les parlementaires du P.C.F.,ou avec la plupart des responsables du P.C.F;leurs discours est ,même vindicatif come celui du camarade Chassaigne ,un discours réformiste et révisionniste PARCE QUE L’ANALYSE des phénomènes en cause reste POLITIQUE et ne va jamais à la racine économique.Voici des exemples, et je m’abstiendrai de les relier ,étant donné que c’est un exercice que j’ai déjà fait de nombreuses fois, et que ceux qui savent de quoi il retourne, savent de quoi il retourne .
    Que signifie ,exactement; l’expression « privilégies de la fortune « ?…, ,la fortune
    s’acquiert, le « privilège  » on nait avec !!!
    Que signifie « sous-investissement public chronique » ? Le budget de l’Etat est une expression du rapport capital-travail, et la classe dominante se sert d’abord et laisse un pourboire(le budget) au peuple qui a bien travaillé-exploité !!!Où êtes -vous ?
    Que signifie « austérité budgétaire  » ? ou « ravages de votre politique « ,alors que l’économie est BEAUCOUP PLUS RAVAGEUSE non ?
    A proprement parler il n’y a pas de » secteur « …financier ,non c’est impropre et FAUX, l’analyse que sous-tend vcette expression EST ERRONEE ,et le camarade Chassaigne fait lui aussi UN BEAU DISCOURS !!!
    Non la nature est détruite par la nature humaine ,détruite par la production, détruite par la marchandise, détruite par l’argent, détruit par le capital ,l’agricole par l’industriel,l’industriel par le commercial, le commercial par le financier ,le capital financier par le crédit soit lui-même et le crédit par la dette de la dette delà dette, jusqu’à la prochaine crise,
    Les politiques ou les patrons n’augmentent pas les « taux de profits » et il n’y a pas « d’accumulation du capital dans quelques mains  » c’es confus, flou, mal foutu .
    Et à la fin ,on réclame de « nouveaux droits aux salariés » ,alors qu’il faudrait prôner l’ABOLITION DU SALARIAT !!!
    Bravo camarade Chassaigne pour votre rhétorique parlementaire qui diffère des autres ,mais c’est du jauressisme communiste et les travailleurs ont besoin du marxisme authentique pour les libérer pas du réformisme .
    Salutations progressistes mais communistes et marxistes.

    Simon Paul Gilbert BEN AYCH
    dit GIL BEN AYCH.

    1. On ne peut pas abolir le salariat d’un seul coup . C’est un long processus pour aller vers le dépérissement .

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