Sortir du nucléaire ou sauver le climat : il va falloir maintenant choisir !, Par Amar Bellal *

edito-sortir_de_l_ecologie_de_salon* Amar Bellal est rédacteur en chef de Progressistes


 

Nous y sommes: 2018 est une des années les plus chaudes de l’histoire récente de la planète. Le réchauffement climatique est à un niveau de + 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et les experts du climat dont les travaux sont recensés par le GIEC estiment maintenant que, à ce rythme, il pourrait bien atteindre + 3 °C, voire + 5 °C d’ici à la fin de ce siècle. + 3 °C de plus ?
« Ce n’est pas si grave. La Bretagne sera plus agréable durant l’été, les vignes seront cultivées un peu plus au nord en France… Ce n’est donc pas si catastrophique que cela. » De tels propos, assez courants, relèvent d’une grave erreur d’évaluation… À ce titre, lorsque l’on pose la question au public: À combien de degrés de refroidissement correspond l’ère glaciaire, quand les glaciers recouvraient la moitié de l’Europe?, les réponses sont très instructives… Alors, combien de degrés avons nous en moins par rapport à cette époque? 10 °C? 15 °C? 20 °C? Non! La réalité c’est qu’une glaciation correspond à un refroidissement global de la Terre par rapport aux températures actuelles d’à peine 2 à 3 °C, pas plus. Dit autrement: à + 3 ou + 5 °C de réchauffement, la Terre sera complètement méconnaissable. Ainsi, un voyageur qui aurait séjourné dans l’espace, en hibernation, durant cinquante ans aura du mal à reconnaître notre planète à son retour, même depuis l’espace, tant les couleurs et la végétation auront changé. Cela donne la mesure de la transformation radicale que subira notre planète, qui s’en relèvera, elle, ce n’est pas le problème… Quant à l’humanité, c’est une autre histoire. L’Afrique, géant démographique de demain, et d’autres régions densément peuplées seront en partie transformées en vastes déserts, et les événements et catastrophes climatiques intenses deviendront beaucoup plus fréquents. Cet ordre de grandeur en nombre de degrés de réchauffement et la comparaison avec l’ère glaciaire gagneraient à être popularisés : on saisit mieux quelle sera l’étendue du désastre si on ne fait rien. Et si on ajoute à cela le délai très court pour agir – il ne nous reste pas plus de quinze ans d’après Jean Jouzel, climatologue mondialement connu –, on comprend qu’il ne faut plus se tromper de combat et utiliser toutes les techniques à notre disposition et déjà éprouvées pour décarboner notre production d’énergie, aussi bien concernant l’électricité que la production de chaleur. Quinze ans, c’est court, et on ne peut pas demander aux scientifiques et aux ingénieurs de trouver du jour au lendemain un moyen révolutionnaire de stockage massif de l’électricité, condition pour avoir une part significative de production électrique par le solaire et l’éolien – l’Allemagne commence à prendre conscience de ce plafond technologique! –, et ensuite de déployer à l’échelle industrielle cette hypothétique découverte par des prototypes (à supposer qu’on fasse cette découverte scientifique aujourd’hui). Penser que par cette voie on pourra ne serait-ce que réduire la part du nucléaire dans le monde, c’est au mieux méconnaître les réalités scientifiques et industrielles, au pis pécher par excès de dogmatisme en posant la « sortie du nucléaire » comme un préalable absurde au regard de la catastrophe en cours. Cela rejoint le sens du dernier rapport du GIEC, qui préconise à l’échelle mondiale d’augmenter le nombre de réacteurs, à côté bien sûr de mesures favorisant les énergies renouvelables – très efficaces dans la production de chaleur, nettement moins pour l’électricité –, et les mesures d’efficacité énergétique: isolation des logements, économie circulaire, transports en commun, voiture propre, etc.

Les pays avancés technologiquement ont le devoir ainsi de maintenir leur part de nucléaire, et même de le développer, afin que d’autres puissent dans un premier temps utiliser des énergies plus conventionnelles en attendant de pouvoir à leur tour développer cette filière. C’est en ce sens que la France s’engage dans la mauvaise voie en posant la réduction du nucléaire comme un postulat, en contradiction flagrante avec les conclusions du GIEC.

Ne pas se tromper de combat ni de calendrier. Entre le combat pour la « sortie du nucléaire » et le climat, il va falloir choisir… Et le temps presse.

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