Les Brèves (N°19)

LES GRANDS SACRIFIÉS DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
De la refonte de la carte judiciaire aux zonages des niveaux hospitaliers, en passant par l’épée de Damoclès sur les liaisons TER de nombreuses « petites » lignes, les espaces ruraux français voient en quelques mois leurs offres de services remis en cause. Et la liste s’allonge : diminution et regroupements continus des services de l’État sur les territoires ou encore l’annonce de la fermeture de 300 classes en zones rurales en mars dernier.

Selon les chiffres officiels du dernier recensement INSEE de la population, 54 % de ces communes comptent moins de 500 habitants au 1er janvier 2013. C’est 4,5 millions de Français. Pour ordre de grandeur, c’est autant d’habitants que le total de la population des cinq plus grandes villes de France réunies : Paris, Marseille, Lyon, Toulouse et Nice. Dans l’organigramme tout comme dans les intitulés officiels du ministère de la Cohésion des territoires, la ruralité est absente.


L’EXTRÊME DROITE DÉCONNECTÉE DU MONDE DU TRAVAIL
Le 27 février 2018, Marine Le Pen, la dirigeante d’extrême droite, a affirmé que « la prime charbon pour les cheminots est obsolète ». Cette prime n’existe plus depuis plus de quarante ans, la dernière locomotive à vapeur ayant fini de circuler en 1974. Autant au fait des fiches de paie des travailleurs que de leur conscience de classe – c’est à- dire très peu –, le parti de Marine Le Pen a décidément du mal avec les organisations de travailleurs. En mars dernier, le député d’extrême droite Sébastien Chenu s’était vigoureusement fait jeter d’une manifestation des grévistes de la tuberie de Vallourec, aux cris de « Dehors les fachos ! ».


L’exploration spatiale: des images inédites de Jupiter
Mise en orbite autour de Jupiter en juillet 2016, la sonde étatsunienne Juno a réalisé le 2 février 2017, lors de son quatrième survol, un portrait en fausses couleurs du pôle sud de la planète. Les images, publiées après décryptage dans la revue Nature au début du mois de mars2018, révèlent l’existence de cyclones aux pôles de la planète. Les températures relevées par infrarouge indiquent une fourchette allant de – 13 °C à – 83 °C.

L’exploration scientifique de Jupiter, planète la plus massive et la plus volumineuse du système solaire, n’en est qu’à ses débuts.

Et les perspectives ouvertes sont plus prometteuses que le récent lancement de Falcon Heavy, la fusée la plus puissante lancée depuis la soviétique Energia, il y a vingt-neuf ans. Le lanceur de SpaceX, développé par l’entreprise du milliardaire Elon Musk, avait pour but de faire la publicité d’une voiture électrique en orbite terrestre, dont la société éponyme fabrique opportunément les batteries.


Fake news !
Trois chercheurs du Massachussets Institute of Technology ont étudié 126 000 histoires différentes propagées de 2004 à 2017 sur Twitter anglophone. Leur corpus concerne des histoires (re)tweetées par un minimum de trois millions de personnes, au moins 4,5 millions de fois. Vérifiées une à une par six organisations spécialisées dans le fact-checking(« vérification des faits ») et par des étudiants, le constat est clair : sur Twitter, l’information fausse est plus virale que la vraie.

Ce travail de recherche qui fait écho au scandale qui éclabousse le géant Facebook, empêtré dans l’affaire Cambridge Analytica. Cette entreprise, détenue majoritairement par le plus gros donateur du candidat Ted Cruz aux primaires républicaines, a collecté à travers des quiz d’affinités politiques les données de dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook, et les a exploitées. Fondée notamment par le sulfureux Steeve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, Cambridge Analytica a pour slogan « Data drives all we do », soit « Les données déterminent tout ce que nous faisons »…
L’équipe de campagne de Donald Trump a versé 6 millions de dollars à Cambridge Analytica.

Pour lire en détail, et en anglais, l’étude : www.sciencemag.org, numéro de mars 2018.
Pour comprendre et lire une analyse de ce travail : http://huet.blog.lemonde.fr/  


Pour l’expérimentation animale
Ils sont Médaille d’or du CNRS, Prix Nobel, membres de l’Académie des sciences ou « simples » chercheurs, et signent, à plus de quatre cents, une tribune pour lutter contre la caricature de l’expérimentation animale. « Comment en sommes-nous arrivés là? », s’interrogent-ils. Le mea culpa est posé: « La communauté scientifique porte sa part de responsabilité. En refusant pendant longtemps de communiquer, elle a laissé le champ libre à [des] affabulations. »

En effet, les sondages sur cette thématique de l’expérimentation animale révèlent que les fantasmes ont la vie dure. Presque 1 Français sur 3 pense qu’il n’y a aucune réglementation. Or c’est le secteur le plus contrôlé dans le droit, et la directive européenne 2010/63, transposée en droit français le 1er février 2013, fixe pour objectif final le remplacement total des procédures appliquées aux animaux. Pour les quatre cents signataires, « l’expérimentation animale n’est pas une discipline en soi, elle est un maillon encore indispensable d’une longue chaîne de méthodes expérimentales permettant de comprendre, soigner et guérir ». Il est vrai que les progrès dans la médecine dus au travail sur des animaux sont nombreux : pas moins de soixante-dix-neuf prix Nobel de médecine.

Le souci de la cause animale et l’interrogation sur l’utilisation d’animaux dans la recherche sont légitimes. Il en va de même pour la volonté des signataires de « privilégier les échanges entre communauté scientifique, associations de malades et grand public ». Leur but : encourager la transparence sur les pratiques réelles, et non celles fantasmées.


Réforme SNCF : les transports ont besoin de la dette

Comme elle l’a déjà fait en 2014 lors de la dernière réforme ferroviaire, la CGT réaffirme que la dette ferroviaire est une dette d’État, largement contractée pour financer le développement des lignes à grande vitesse dans les années 1980. Elle plombe aujourd’hui le système ferroviaire de près de 50 milliards d’euros, et 1,7 milliard d’euros sont chaque année alloués aux remboursements des seuls intérêts de cette dette. « Le système ferroviaire ne peut s’autofinancer », répète la CGT, qui affirme que « la modernisation du réseau exige plus de 3 milliards d’euros d’investissement par an ».

Le syndicat propose donc la mise en place d’une caisse d’amortissement de la dette ferroviaire de l’État (Cadefe), structure de défaisance qui apporterait « mécaniquement près de 2 milliards d’euros tous les ans au système ferroviaire en le libérant des intérêts bancaires de la dette ». Les investissements sur les lignes ferroviaires relatifs à l’aménagement et à l’équilibre du territoire courent sur des dizaines et des dizaines d’années.

Le recours à l’endettement pour intérêt stratégique général n’est pas une folie. Des pistes de financement sont à regarder du côté des autoroutes, bradées au privé et qui réalisent des profits énormes sur le dos des usagers.

Autant d’argent qui pourrait revenir dans les caisses de l’État pour financer un réel projet de transports en France.


À CALAIS, L’ÉTAT FAIT MOINS ET PIS QUE LES ASSOCIATIONS
Accusées de mensonges et de manipulations, les associations de solidarité avec les migrants intervenant dans la distribution des repas à Calais se sont vu interdire la continuation de leur tâche. Le président de la République avait posé le principe d’une distribution à la charge de l’État, via l’association La Vie active. C’est ainsi que 350 repas sont livrés, soit trois fois moins que n’en distribuaient les associations humanitaires. De plus, le nouveau dispositif ne prévoit que deux endroits de distribution, ceinturés de policiers et de barbelés, pour seulement deux repas quotidiens. La mise en place du nouveau dispositif s’accompagne, en outre, du démantèlement des infrastructures sanitaires précédemment mises en place.


À LA RECONQUÊTE DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE
Dans une tribune publiée fin février 2018, des dizaines de scientifiques français de renoms tirent la sonnette d’alarme. Leur inquiétude? la contestation accrue de « l’universalité, de la valeur culturelle et de l’impact social du travail scientifique. L’incertitude normale, constitutive des premières étapes de tout développement scientifique ou technologique suscite parfois des inquiétudes. Des postures idéologiques fondées sur une défiance croissante vis-à-vis des processus d’acquisition des données scientifiques les alimentent. Dans ce relativisme culturel, la connaissance sociale de la science s’éloigne des considérants scientifiques ».

Loin d’une foi béate dans le progrès, les signataires rappellent dans cette tribune qu’« il ne faut pas oublier que le gain de temps au quotidien, la modernisation de la cuisine et du ménage, la conservation des mets, la révolution agricole, la communication, l’univers des loisirs ainsi que l’allongement moyen de l’espérance de vie de 70 % depuis le début du XXe siècle sont directement issus des acquis scientifiques et technologiques ».

Une alerte qui fait écho, par exemple, aux questionnements légitimes sur les onze nouveaux vaccins obligatoires et la hausse croissante du taux de non-vaccination (et ses dangers publics mortels inhérents).

La reconquête pour laquelle les scientifiques plaident serait salutaire aussi pour les 61 % de Français persuadés que les centrales nucléaires contribuent au réchauffement climatique.

Nous nous permettons de reproduire les mots d’Yves Bréchet, haut-commissaire à l’énergie atomique et signataire de la tribune, qui dans une interview en 2015 disait déjà : « À force d’entendre n’importe quoi, la population en devient désinformée. C’est ainsi que naît le conflit entre la légitimité politique et la rationalité scientifique. […] Si l’on veut que l’action politique soit rationnelle, il faut lutter contre cette désinformation du public. Les citoyens doivent se réapproprier la science dans laquelle ils vivent. La reconstruction du capital scientifique est le travail des scientifiques citoyens, car la science, en plus d’être un métier, est aussi une culture. »

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