Compensations écologiques : leurres ou solutions ?, Alain Pagano*

Nombre d’aménagements sont contestés par des associations environnementales à cause de leur impact négatif sur l’environnement. Pourtant, la protection de la biodiversité, qui concerne à la fois les espèces animales et végétales ainsi que les habitats (on traduira plus simplement par écosystèmes), est désormais bien encadrée par une législation précise qui prévoit tout un processus pour compenser les effets négatifs sur l’environnement.

*ALAIN PAGANO est maître de conférences en écologie et membre du Conseil national du PCF.


LA RESTAURATION ÉCOLOGIQUE
À chaque aménagement humain, le processus est prévu comme suit :
– une analyse d’impact environnemental avant les travaux, qui précise les dommages environnementaux potentiels de l’ouvrage et propose des mesures compensatoires, des solutions pour annuler les effets négatifs sur les écosystèmes ou espèces menacés;
– une validation par un organisme national des mesures compensatoires ;
– les travaux d’aménagement avec mise en place des mesures compensatoires ;
– dans certains cas, un suivi sur plusieurs années pour juger de l’efficacité de ces mesures et aider à leur amélioration.

Derrière ces mesures compensatoires, il y a une discipline que l’on appelle la « restauration écologique » qui travaille à améliorer toujours plus notre connaissance du vivant pour proposer des solutions compensatoires toujours plus efficaces. Les scientifiques qui œuvrent dans ce domaine forment également des jeunes à l’ingénierie écologique (à l’exemple des masters professionnels, bac + 5). Ce sont ces personnes que l’on retrouve dans les bureaux d’études en environnement, dans le cadre desquels ils réalisent les inventaires de biodiversité et les études d’impact environnemental pour proposer des mesures compensatoires. Les questions qui surgissent immédiatement sont : Est-ce efficace et, si oui, pourquoi y at- il des contestations sur les projets d’aménagement humain?

UN EXEMPLE PRÉCIS: LA CONSTRUCTION DE L’AUTOROUTE A87
Pour répondre à ces questions, je vais commencer par parler de mon expérience professionnelle personnelle en la matière. Enseignant-chercheur en écologie, spécialisé dans la protection des zones humides et l’écologie des amphibiens, j’ai été amené à réaliser de telles études d’impact et à proposer des mesures compensatoires.
Exemple : lors de la construction de l’autoroute A87, le tracé retenu a eu comme conséquence la destruction de zones humides, des mares en l’occurrence, et les espèces qui leur sont inféodées. J’ai donc proposé la recréation de mares comme mesures compensatoires, c’est-à-dire la création d’écosystèmes équivalents pour permettre aux espèces de trouver un nouveau milieu d’accueil.

Pour ne prendre que l’exemple des amphibiens : ils vivent et se reproduisent dans des zones humides, ou, pour être plus parlant, des mares; eh bien, si l’autoroute détruit des mares, elles sont reconstruites à côté de l’autoroute selon un cahier des charges établi par des professionnels de l’écologie afin que ces nouvelles mares soient les plus appropriables par les amphibiens (et/ou autres plantes ou animaux).

Dans le cas des travaux que j’ai menés, le résultat est largement positif, puisqu’on retrouve des niveaux de biodiversité équivalents, voire supérieurs, à ce qui préexistait… même si tout n’est pas résolu par ces mesures, notamment parce que les espèces les plus fragiles le demeurent.

QUELLE EFFICACITÉ?
Donc à la question concernant l’efficacité, on peut répondre oui, globalement… si c’est bien réalisé et si l’on connaît suffisamment les espèces-cibles de la protection.

À la question subsidiaire: « Est-on assuré de conserver tout ce qui préexistait aux travaux ? », la réponse est non. Certaines espèces disparaissent, d’autres se maintiennent ou apparaissent. C’est la loi du genre, que les modifications des écosystèmes soient d’origine naturelle ou d’origine humaine d’ailleurs. Ce qu’il convient d’ajouter c’est que la recherche a aussi pour but d’évaluer ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas afin de travailler à des améliorations pour que les futures restaurations soient le plus efficaces et, in fine, d’élaborer un guide des bonnes pratiques pour la restauration d’écosystèmes afin que les professionnels de l’écologie dans leur ensemble s’en emparent.

Comme toute discipline, la restauration écologique n’est pas infaillible ; elle est perfectible, mais un certain nombre de grands principes permettent d’ores et déjà de traiter les cas et de trouver des solutions réellement intéressantes.

Exemple de mesure compensatoire : mare «artificielle» creusée à la pelleteuse lors des travaux autoroutiers.

PERSISTANCE DE LA CONTESTATION
Alors la question qui vient est : Pourquoi ces contestations de projets si l’on peut « réparer » les troubles environnementaux causés? Je vois trois raisons principales à cela.

1. Beaucoup ignorent qu’il est possible de compenser écologiquement, de réparer. C’est peut-être la première raison, sur laquelle on peut, par l’éducation, faire progresser cette connaissance, et donc aboutir à des revendications de protection de l’environnement plus constructives.

2. La « réparation » ne peut garantir un retour au préexistant à 100 %. C’est une faille sur laquelle s’appuient certains environnementalistes, en omettant de dire que c’est également le cas quand les écosystèmes sont modifiés par des causes naturelles (feux, inondations, glissements de terrain…). L’argument n’est donc guère recevable, surtout quand on sait que certaines restaurations écologiques profitent à des espèces qui réapparaissent dans ces nouveaux milieux de compensation.

3. Pour certains environnementalistes, la question est plus « philosophique » : l’homme abîme la nature par ses activités, qu’il faut donc réduire. Je pense que c’est une vision erronée et simpliste, parce que l’homme fait partie de l’écosystème, et donc de la nature. En revanche, trouver un mode de développement humain qui respecte la capacité des éco systèmes à se ressourcer est fondamental.

Ces quelques lignes seront utiles si chacun est convaincu qu’activité humaine n’est pas forcément synonyme de destruction de la planète, qu’on peut travailler à de nouveaux modes de développement humains durables, compatibles avec la nature, et que très concrètement un aménagement n’est pas nécessairement synonyme de désagrément écologique, qu’il s’agisse d’une autoroute, d’un aéroport, de construction de logements… Des professionnels de l’écologie travaillent pour que l’impact environnemental soit neutre ou positif. Donc, les projets grands ou petits ne sont ni nécessairement inutiles ni forcément imposés. Par contre, il est souvent nécessaire de lutter pour imposer des mesures environnementales sérieuses et efficaces, qui ont certes un coût financier mais qui sont créatrices d’emploi et de qualité de vie.

Les solutions pour préserver la planète ne sont pas aussi simplistes et univoques que certains le prétendent! C’est ce que je constate fréquemment dans la profession, où beaucoup de professionnels ont envie de « parler solutions » pour concilier Homme et Nature. Là est, à mon sens, la voie de l’avenir.

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