Livres N°16

Sept Leviers pour prendre le pouvoir sur l’argent
DENIS DURAND Éditions du croquant, juillet 2017, 100 p.


L’économiste Denis Durand, syndicaliste, responsable de la commission économique du PCF et l’un des animateurs de la revue Économie et Politique, nous propose un ouvrage pédagogique pour conduire la bataille en faveur d’une autre utilisation des ressources. La première qualité de ce nouvel ouvrage de Denis Durand est de rendre accessibles le sens et les principes d’action de la bataille pour une maîtrise populaire et sociale de l’argent. Le livre est, dans son genre, un traité pédagogique. Qui peut aujourd’hui douter de l’importance décisive de cette question de l’argent, à la fois « au cœur de l’actualité » et « enjeu de pouvoir » ? Elle se révèle et se cache dans l’actualité au travers d’affaires comme celle de l’évasion des capitaux, de sujets comme ceux de la dette, de la révolution numérique, des monnaies locales, de la nécessité ou pas du crédit. Elle est aussi un enjeu de pouvoir, dans la sphère publique comme dans l’entreprise, car rien ne sera possible si le monopole patronal sur les gestions n’est pas mis en cause. L’avenir d’une VIe République se joue particulièrement là. Aussi, une véritable pédagogie de l’action nous est proposée. Il n’est pas simple sur le terrain de trouver les leviers pour engager cette bataille de l’argent. L’auteur nous invite donc, pour entamer ce combat, à utiliser « sept leviers ». Celui de l’information d’abord, tant il est vrai que les arcanes de l’argent – ses sources, son utilisation, ses critères, sa répartition – sont encore et toujours dissimulés. Dès lors, leur révélation résonne le plus souvent comme un coup de pistolet dans un concert. Deuxième levier : celui des pouvoirs des salariés et des populations « pour imposer d’autres critères de gestion des entreprises et d’attribution des crédits bancaires, “du local au mondial” ». Viennent enfin cinq autres leviers institutionnels possibles qui peuvent être actionnés, y compris dans le cadre européen actuel, et qui vont de la nationalisation des grandes banques à la constitution de fonds de développement de l’emploi et de la formation aux niveaux régional, national et européen, à la transformation de l’euro et de la BCE et à la création d’une monnaie commune mondiale débarrassant la planète de la domination du dollar. Le second axe autour duquel s’articule le propos de l’ouvrage est le développement d’une pédagogie du sens, de la visée. L’auteur montre que la mise en cohérence des différents leviers peut permettre de commencer à dépasser ce capitalisme mondialisé et financiarisé, à engager un changement de civilisation. Le communisme change de statut, c’est notamment cette capacité de l’humanité à dominer l’argent.

PIERRE IVORRA


L’Extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue
NORMAN OHLER La Découverte, Paris, 2016, 250 p.

Dans une étude saluée par la critique et rapidement traduite en plusieurs langues, le journaliste allemand Norman Ohler attire notre attention sur une facette méconnue de la société nazie : l’utilisation systématique de la pervitine comme stimulant, et ce à tous les niveaux, du Führer au simple soldat et à la mère de famille. Cela peut paraître une facette anecdotique de la description de la société nazie, mais c’est à mes yeux bien plus, cela permet un éclairage nouveau de nombre de faits historiques insolites, les rendant vraisemblables. Si les effets secondaires sont dévastateurs – troubles du langage et de la concentration, dégradation de la mémoire et des sentiments, hallucinations… –, sous l’action de la pervitine le consommateur se sent parfaitement réveillé et la confiance en soi s’en trouve accrue. Un excellent moyen pour galvaniser des troupes fatiguées. Les inhibitions disparaissent sans que les sens en soient négativement affectés, comme cela arrive sous l’effet de l’alcool. Aussi, malgré les interdictions et sans aucun état d’âme, la pharmacopée fut appelée en renfort à tous les niveaux du pouvoir quand l’idéologie ne suffisait plus. L’armée elle-même était largement pourvue en ce dérivé de l’amphétamine, et le peuple sombre de plus en plus dans un état de dépendance. Bien entendu, l’utilisation des drogues n’est pas une exclusivité de l’armée allemande. Mais l’emprise de l’appareil d’État nazi sur la population est telle qu’on arrive à des situations ahurissantes : on fabrique des pralinés à la pervitine, dont la publicité précise que, ainsi consommée, elle est sans danger, contrairement à la caféine. Ce livre, agréable à lire, est émaillé d’anecdotes croustillantes sur la vie dans l’Allemagne nazie, et en particulier sur Hitler et son entourage, où son médecin personnel jouait un rôle crucial ; d’ailleurs, les interlocuteurs du Führer ont eux aussi besoin de drogues de plus en plus fortes pour supporter les réunions avec leur chef, cette situation contribue à épaissir l’atmosphère d’irréalité qui règne dans le cénacle hitlérien.

EVARISTE SANCHEZ-PALENCIA


La France périphérique
CHRISTOPHE GUILLUY Flammarion, collection « Champs/Actuel », 2015, Paris, 192 p.

L’auteur, géographe, travaille depuis plusieurs années sur les « fractures » de la société française. Ce thème a suscité de nombreux travaux, dont ceux de Michèle Tribalat sur « la fin du modèle français » d’intégration. Une grande première partie de l’essai est appuyée sur les données de la démographie. L’évolution dans l’espace et le temps des catégories socioprofessionnelles et des niveaux de revenus est passée au crible ; un « indicateur de fragilité sociale » est utilisé pour différencier les métropoles de leurs banlieues et de l’ancien tissu rural devenu périphérique aux métropoles. L’auteur distingue dans les métropoles dont l’économie est ouverte sur le monde leur cœur en voie de « gentrification » (emplois très qualifiés, immobilier à dominante privée…) des banlieues plus pauvres (logements sociaux, emplois peu qualifiés dominants, lieu d’arrivée des immigrations récentes…). Il en marque une rupture forte avec la « France périphérique » des petites villes devenues pavillonnaires, où l’industrie de PME périclite, où le chômage est fort, où se réfugient des couches populaires qui ont fui les banlieues mais qui ont des difficultés de mobilité pour retrouver du travail : des couches populaires qui se sentent abandonnées. Ces périphéries et les banlieues sont l’objet des « politiques de la ville » qui peinent à atteindre leurs objectifs face à la crise. Est-ce pour autant la fin du modèle français d’intégration des flux migratoires par le travail et l’école ? N’est-ce pas une matière où la durée est incontournable ? Une seconde partie transpose (un peu trop?) directement les données démographiques au domaine des comportements politiques. La démarche, pour intéressante et stimulante qu’elle soit, est plus hasardeuse et journalistique. Il n’y a là aucune analyse de classes. Les oppositions se construiraient alors entre gagnants et perdants de la mondialisation. Les zones périphériques sont mises en parallèle avec le vote FN, et les métropoles avec un électorat que se disputent les LR (électorats âgés) et socio-libéraux (cf.Terra Nova) sur des thèmes « sociétaux ». Les regroupements ethnoculturels, voire communautaires, y trouvent une explication, selon l’auteur. Plus intéressante est la réflexion sur le « populisme », notion confuse mise en place par les couches dominantes pour dénigrer l’émergence de revendications propres à souder les actions des couches populaires en vue de leur donner une issue politique. Un essai donc qui nous amène à approfondir en termes de classes les évolutions actuelles pour avoir des actions efficaces.

JEAN-CLAUDE CHEINET


La Nouvelle Microbiologie. Des microbiotes aux CRISPR
PASCALE COSSART Odile Jacob, Paris, 2016, 250 p.

L’auteure, professeur à l’Institut Pasteur et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, brosse une description des avancées récentes dans notre connaissance des bactéries et de leurs interactions avec le reste du vivant. Texte bienvenu, puisque « microbe » évoque souvent pour nombre d’entre nous la crainte diffuse d’une maladie infectieuse. Mais le lecteur est vite rassuré sur ce point par le titre du premier chapitre: « Les bactéries: beaucoup d’amies, peu d’ennemies ». Celui du chapitre deux est encore plus engageant : « Les bactéries : des êtres unicellulaires très organisés ». En fait, par-delà la microbiologie, cet ouvrage contribue largement à la compréhension du vivant comme système organisé, organisant et en évolution. C’est un outil pour réviser et actualiser notre vision de la biologie à un moment où les avancées rapides de la recherche rendent rapidement caduques nos connaissances. Le livre est articulé en de petits chapitres groupés en quatre parties : une première autour des nouveaux concepts en microbiologie (ARN, ADN, modifications naturelles et artificielles du génome), une deuxième portant sur la vie sociale des bactéries : la socio-microbiologie (communication entre bactéries, et symbiose dans tous ses états : avec les plantes, avec les animaux ; rôle de la flore intestinale…), une troisième autour de la biologie des infections (sur la multiplicité des stratégies des bactéries pathogènes; la résistance aux antibiotiques : défis et espoirs) et une quatrième présentant le rôle d’outil des bactéries (dans l’alimentation et dans l’environnement: le rôle des pesticides notamment). Le lecteur béotien accusera l’absence d’un glossaire; cela ne l’empêchera pas, après lecture, de se sentir un peu moins perdu dans la jungle des informations souvent tapageuses mais peu compréhensibles sur les avancées de la recherche biologique.

EVARISTE SANCHEZ-PALENCIA


Environnement et énergie
AMAR BELLAL (préface Jean-Pierre Kahane) Éditions Le Temps des cerises


Ce livre est un pari. Celui de recenser les principales interrogations des citoyens entendues dans plus d’une centaine de débats publics et d’y répondre sans détour, sans tabous, en nous attaquant frontalement aux objections les plus sérieuses qui circulent sur le modèle énergétique français.

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