Epilogue: feu vert sous conditions pour les réacteurs d’EDF, Sylvestre Huet*

Un feu vert clignotant. » C’est ainsi que Pierre-Franck Chevet, le président de ASN, a annoncé une décision concernant la crise ouverte par la découverte d’anomalies de fabrication sur des générateurs de vapeur installés sur dix-huit réacteurs d’EDF. Une crise car l’ASN avait décidé de réagir – avec une trop grande vigueur aux yeux de certains milieux proches de l’industriel – en exigeant des contrôles rapides sur ces équipements. Et si nécessaire en arrêtant la production de certains réacteurs lorsque les périodes prévues d’arrêts programmés lui semblaient trop éloignées. La décision de l’ASN fait suite à la remise par EDF de dossiers étudiant en détail les conséquences des découvertes : certains générateurs de vapeur, surtout ceux fabriqués au Japon par la société JCFC, présentent en certains points des teneurs en carbone allant jusqu’à 0,39 %, contre les 0,22 % que cet acier doit afficher. Pour s’assurer de ces teneurs avec précision, EDF a fait réaliser de nombreuses mesures in situ : en faisant s’évaporer des minuscules quantités d’acier et en mesurant le carbone dans le gaz émis ; en prélevant de non moins minuscules copeaux d’acier pour des analyses encore plus précises ; en vérifiant l’absence de défauts dans l’acier d’une taille supérieure à ceux qui sont pris en compte dans les codes de calculs pour s’assurer qu’ils ne pourraient pas être à l’origine d’une fissure se propageant sous l’effet d’un choc thermique. Une fois précisé les teneurs et vérifiée l’absence de défauts, les codes de calculs ont été soumis aux ordinateurs pour vérifier que la ténacité de l’acier – sa capacité à résister à un choc thermique – était toujours conforme aux attentes malgré cet écart de fabrication. C’est ce qui a, pour l’essentiel, été fait. Tous les dossiers et calculs d’EDF ont été vérifiés par les équipes de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, explique son directeur, Jean-Christophe Niel. Lequel n’a pas manqué de souligner que l’expertise métallurgique et en matière de code de calcul de ses ingénieurs les a conduits à faire quelques remarques à EDF, soulignant ici et là des lacunes et des calculs à compléter.

GÉNÉRATEURS APTES AU SERVICE
L’avis de l’IRSN, en conclusion, est que les générateurs de vapeur sont aptes au service ; ça, c’est pour le feu vert. Mais sous certaines conditions : vérifier que les détails de chaque générateur entrent bien dans la démonstration faite pour l’ensemble, et que les pratiques d’exploitation – comme la vitesse de refroidissement d’un réacteur – seront amendées pour réduire au minimum les chocs thermiques ; cela, c’est pour le clignotant. Car il faudra que cette décision générique se traduise par une autorisation de redémarrage pour chacun des sept réacteurs concernés. «La procédure habituelle », souligne Pierre-Franck Chevet, puisque cette autorisation est requise quelle que soit la cause de l’arrêt. En outre, il reste cinq réacteurs à contrôler – Fessenheim 1, Tricastin 2, Gravelines 4, Saint- Laurent B1, Civaux 1 – lorsqu’ils seront arrêtés à cet effet, même si personne ne s’attend à la découverte d’anomalies différentes. Du coup, EDF a tenté un coup pour essayer d’atténuer la menace d’une pénurie au cœur de l’hiver, en demandant à l’ASN d’allonger d’un mois et demi le délai pour réaliser les mesures sur ces cinq réacteurs actuellement en fonctionnement. Prudent, Pierre- Franck Chevet s’est contenté d’affirmer qu’il « vient de recevoir le dossier de demande », et donc n’a pas encore d’avis sur la question. Le système de contrôle du risque nucléaire a en tout cas démontré une nouvelle fois sa force et sa détermination, non sans soulever des protestations dans les milieux pro-nucléaires, qui jugeaient que ses décisions étaient injustifiées. Autre notation intéressante : le couple Chevet-Niel fonctionne fort bien, chacun dans son rôle – décisionnaire mais aussi expert pour l’ASN, expertise forte et indépendante pour l’IRSN – dans une coopération sans domination et exempte des tiraillements provoqués par les fortes personnalités des prédécesseurs à la tête des deux institutions.

VERS UN EFFET SALUTAIRE ?
Cette crise pourrait avoir un effet salutaire dans la mesure où elle pousserait à prendre en compte tous les paramètres de la production et de la consommation, ainsi que les aléas climatiques, et d’en tirer les leçons. En effet, en novembre 2016, la mise à l’arrêt de nombreux réacteurs au moment où les températures commençaient à chuter, entraînant l’augmentation des consommations d’électricité en raison du chauffage, a mis sous tension le système électrique. Ainsi, pendant près de trois semaines, la France a dû régulièrement importer de l’électricité, jusqu’à plus de 6 000 MW. Un avant-goût d’une crise potentielle plus grave, qui surviendrait en cas de vague de froid, et qui va planer comme une menace au moins jusqu’à mi-janvier 2017 ? La journée du 30 novembre 2016, par exemple, fut tendue malgré un parc de centrales à gaz et à charbon sollicité presque à son maximum (3000 pour le charbon, près de 11000 pour le gaz). Un exemple qui montre par ailleurs que l’apport de l’éolien et du solaire demeure dépendant de l’heure et de la météo, ce jour-là assez défavorable. Cette tension s’est répercutée sur le marché électrique européen. La moindre disponibilité des centrales françaises a provoqué des pics de prix sur le marché « spot » allant jusqu’à près de 800 € le mégawattheure à la pointe du soir en Grande- Bretagne. Et fin novembre les Britanniques affichaient encore 343 € un lundi à 18 heures. Mais tout l’argent du monde ne peut acheter une électricité non produite…

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