Les Brèves (N°11)

Dans la famille scientifique, je voudrais madame… 

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Connaissez-vous Lise Meitner et Chien-Shiung Wu ? Si vous répondez par la négative alors Femmes de science, cet instructif jeu de cartes inventé par le couple de Québécois Anouk Charles et Benoît Fries et illustré par les dessins pleins d’humour de Francis Collie, est fait pour vous. Le principe en est simple : chaque joueur possède six cartes en début de partie, chacune représentant une femme ayant marqué sa discipline scientifique, le but est de rassembler quatre cartes d’un même domaine afin de composer un laboratoire, le premier qui dépose trois laboratoires remporte la victoire. Pour corser le jeu, quelques cartes spéciales vous permettront de cloner vos scientifiques ou de voler celles des laboratoires de vos adversaires. Après une franche réussite dans sa version anglo-saxonne, la campagne Ulule pour un lancement français du jeu s’est elle aussi achevée avec succès en août 2015. Vous pouvez dès à présent vous procurer le jeu via le site lunagames.com. Pour la modique somme de 20 dollars, Hedy Lamarr et autres Rachel Carson n’auront plus de secret pour vous.


Ondes gravitationnelles 

Les ondes gravitationnelles sont une des dernières prédictions de la théorie de la relativité générale qui n’ait pas encore été mise en évidence. Pourtant des détecteurs impressionnants ont été mis en place, comme LIGO (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) et Virgo, composés chacun de deux lasers perpendiculaires se propageant et se réfléchissant dans deux tubes à vide longs de plusieurs kilomètres, longueur qui serait subtilement modifiée par le passage d’ondes gravitationnelles. Ce sont les étoiles à neutrons, les quasars, et surtout les trous noirs binaires qui sont particulièrement recherchés comme sources de ces ondes. Encore faut-il que ces objets soient le siège d’événements cataclysmiques exceptionnels (collisions), et cela est très rare. Il reste à continuer à améliorer la sensibilité des détecteurs pour surprendre ces événements dont la manifestation sera d’amplitude très faible. C’est la masse de l’Univers, et particulièrement la masse « manquante », celle qu’on ne détecte pas, qui est visée par ces observations. À l’heure où nous bouclons ce numéro, une large collaboration de près d’un millier de scientifiques de tous horizons affirme avoir détecté ce 11 février 2016 – cent ans après leur description par Einstein ! – des ondes gravitationnelles. En plus de la première détection de ces ondes, une collision entre deux trous noirs a pu être observée. Pour le CNRS, « une nouvelle fenêtre s’ouvre sur l’Univers ».


L’INDE ET SA PRODUCTION ÉLECTRONUCLÉAIRE 


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L’Inde a choisi de décupler, et plus, sa production d’énergie électrique, en passant de sa puissance actuelle de 5 780 MW à 63 000 en 2032. New Dehli se tourne vers l’américain Westinghouse Electric pour la construction au premier semestre 2016 de six réacteurs nucléaires d’une puissance de 1 100 MW chacun. L’agence Reuter mentionne des projets pour six réacteurs avec Areva, mais, selon un responsable du gouvernement indien, « le chantier ne devrait pas commencer avant 2017, compte tenu des restructurations en cours dans le groupe français ». Pourtant, le bradage d’Alstom à l’états-unien CGE compromet la maîtrise française sur cette technologie. Les Indiens ont aussi douze projets de réacteurs avec les Russes. Au total, l’Inde a prévu de se doter d’une soixantaine de réacteurs, un programme chiffre a 150 milliards de dollars (137 milliards d’euros), ce qui ferait du pays le deuxième marché mondial de l’énergie nucléaire, derrière la Chine.


TABLEAU DE MENDELEÏEV : DE NOUVEAUX ATOMES 

Le tableau du célèbre chimiste russe Dmitri Mendeleïev va accueillir quatre nouveaux éléments qui viennent finir de remplir la septième période : ununtritium (Uut), ununpentium (Uup), ununseptium (Uus) et ununoptium (Uup), de numéros atomiques 113, 115, 117 et 118 respectivement. Les noms sont provisoires, les nouveaux éléments seront nommés officiellement par leurs découvreurs japonais, russes et étatsuniens. Cette quête de nouveaux éléments vise à déterminer dans la classification un îlot d’éléments stables (ne se désintégrant pas spontanément) ; ils se situeront dans une possible huitième période du tableau, ou même au-delà.


À Cuba, espoirs et inquiétudes autour d’une ouverture du tourisme 

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Selon le ministère du tourisme cubain, en 2014, ce sont 3,2 millions de touristes, notamment européens, qui sont venus visiter l’île, pour des retombées de l’ordre de 2,6 milliards de dollars. Ce qui fait du tourisme le troisième plus gros apport de devises pour l’État cubain. Tous craignent l’arrivée de l’« American way of life », avec des milliers de touristes états-uniens qui débarquent sur l’île. L’équation à résoudre est complexe : comment gérer l’arrivée de tous ces croisiéristes vu l’embargo ? Si actuellement ils dorment dans les paquebots, c’est parce que bien des escales, même La Havane, ne sont pas en mesure d’absorber convenablement ces flux touristiques. Le pays s’y prépare toutefois : les transports déstinés uniquement aux touristes (bus, taxis) sont de très bonne qualité. La balle est désormais à Washington, dans le camp du Congrès à majorité conservatrice, qui ne veut pas voter la levée de l’embargo. Cette position est paradoxale au vu du récent réchauffement des relations entre Cuba et les États- Unis – poignée de mains historique entre Barack Obama et Raúl Castro, visite du gouverneur de Virginie… La France n’est pas en reste, comme l’atteste la visite de Raúl Castro début février. Sous la pression de la jeunesse qui regarde fébrilement cette ouverture soudaine au monde, le pays est sur la ligne de crête. Entre « s’ouvrir au monde et ouvrir le monde à Cuba », selon l’expression de Jean-Paul II, et le « mal nécessaire », comme Fidel Castro qualifie le tourisme, Cuba vit un profond dilemme. Selon les Européens, d’après l’envoyée spéciale de l’Humanité, Françoise Germain-Robin, qui a interrogé les touristes présents avec elle sur le bateau, la confiance est mitigée : « Ils admettaient pour la plupart “venir voir Cuba et son peuple avant que l’invasion américaine ne gâche tout” »


Privés de sécurité routière ?

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Une annonce du Premier ministre est passée relativement inaperçue (!) en octobre 2015. Après les terribles accidents de la route, meurtriers, elle mérite pourtant une plus grande attention : dernière idée pour « ubériser » la France, certains contrôles radars seraient confiés au privé. Pour Audrey Colin, de Synergie Officiers, « le contrôle routier sous-traité à des sociétés privées comporte un risque de glissement vers plus de business au détriment de la sécurité routière ». Ainsi pour les radars mobiles embarqués dans des véhicules, dont « l’utilisation est trop faible », selon Manuel Valls, des prestataires privés remplaceront les gendarmes. Est-on prêt à être filés sur la route et finir flashés par un voisin ? Quid de la formation? Quelles règles ? Quelles garanties quant aux amendes ? 


LA FOLIE DU PÉTROLE 

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Le contenant vaut autant que le contenu. Malheureusement, on ne parle pas de bière mais de pétrole. Son prix a tellement chuté que le baril d’aluminium traditionnellement utilisé pour le quantifier vaut plus à l’unité que le pétrole versé dedans. Les impacts financiers et environnementaux d’une telle situation sont ravageurs pour la planète. Exit les bonnes résolutions de la COP21. Et en France comme dans la plupart des pays importateurs d’hydrocarbures, on semble compter sur une baisse durable du prix du pétrole pour gagner deux ou trois dixièmes de point de croissance en 2016. Mais quel est le but financier d’une telle chute ? Favoriser l’Arabie saoudite qui veut affirmer son leadership énergétique face à la montée en puissance du gaz de schiste américain? la bonne santé du gaz russe et l’arrivée dans ce petit monde de l’Iran, libéré de son embargo ? Ainsi, on ouvre les vannes pour augmenter l’offre ! À tel point que les compagnies pétrolières tirent la langue économiquement. Ainsi, BP annonce un déficit de 6,5 milliards de dollars en 2015, contre des bénéfices s’élevant à 3,7 milliards en 2014. Selon l’Humanité, le Nigeria subit pendant ce temps « les conséquences de la baisse du prix du brut et doit négocier des emprunts auprès de la Banque africaine de développement mais aussi avec la Banque mondiale. Des pays comme le Venezuela et l’Algérie rencontrent aussi de plus en plus de difficultés. La Russie augmente sa production pour tenter de faire rentrer assez de devises tout en cherchant à dialoguer avec l’OPEP afin de trouver un consensus sur la diminution de l’offre globale ». Et Vallourec, dans le Nord, entreprise qui fabrique les tubes de forage, est aussi en difficulté.


DRÔLE D’OPTIMISME DU CÔTÉ DU CLIMAT 

Après la « baisse tendancielle de l’augmentation du nombre de chômeurs » de Sarkozy, le Global Carbon Project, regroupant une trentaine d’équipes de scientifiques à travers le monde, note que l’année 2014 était la première année où on constatait un « ralentissement dans la hausse des émissions de CO2 », avec « seulement » + 0,6 %. Malgré cela, la Terre a chauffé en novembre, avec une température moyenne de la planète ayant dépassé deux mois de suite le 1 °C de plus que la moyenne climatologique enregistrée sur la période 1950-1980. Bref, ça chauffe ! L’heure est à tourner la page de ce système qui ravage notre planète et met en péril notre vie sur Terre.


Des économies budgétaires sur le dos de la sûreté nucléaire 

Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, revient à la charge. Après avoir réclamé en janvier 2016 du personnel supplémentaire, le voici « préoccupé ». « Préoccupante », c’est le terme employé à propos de la situation de la sûreté nucléaire comme de la radioprotection. Pour démêler le coeur du problème, l’ASN cherche à souligner que l’austérité aveugle frappe à toutes les portes. Et voilà bien le vrai danger du nucléaire : non pas son exploitation en elle-même – aucun événement significatif n’a conduit à une dégradation de la sûreté des réacteurs, comme le rappelle le président de l’ASN – mais le fait que l’argent alloué à la sécurité diminue. De la mise en oeuvre des mesures spéciales après Fukushima à la surveillance des sources radioactives utilisées dans l’industrie pour vérifier la conformité technique des soudures, 30 personnes ont été employées à ces tâches… alors que l’ASN et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en demandaient 200 ! Parallèlement, les industriels s’empêtrent dans leur gestion court-termiste et dans leurs erreurs stratégiques, appuyés par le gouvernement, comme on le constate avec l’état d’Areva ou le chantier de Flamanville, pour ne citer que celui-là. D’autant qu’EDF préfère spéculer sur des aventures hasardeuses dans les Amériques plutôt que de réduire son endettement, voire, osons le mot, investir ! Sur son excellent blog, Sylvestre Huet souligne ainsi les contradictions auxquelles doivent faire face les acteurs du secteur : « Le “grand carénage” et les mesures post-Fukushima que EDF doit réaliser pour que ses centrales voient leur durée de vie prolongée se comptent en dizaines de milliards – environ 55 pour le grand carénage d’ici 2025. À côté, les 170 postes qui manquent à l’ASN et à l’IRSN constituent un enjeu financier ridicule. Faut-il prendre le risque de retarder des chantiers qui coûtent des milliards pour économiser des millions ? C’est la question posée par Chevet. »


Seul sur Mars… et malade !
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Pas de voyage vers Mars avant 2050, voilà le verdict de deux récentes études menées aux États-Unis. D’ici là, aucune perspective technologique ne se dégage pour régler un problème de taille : l’exposition aux radiations solaires et galactiques. Le voyage jusqu’à Mars durant 910 jours, c’est 410 jours de trop pour le corps humain. De fait, la probabilité de développer un cancer dans les vingt ans suivant le vol augmente au-delà du raisonnable (+ 3 %) après 500 jours de voyage, rappelle Francis Rocard du CNES. Il serait bien gênant en effet de se lancer dans un tel voyage pour se retrouver finalement malade… et seul sur Mars !


Fuite de gaz en Californie : six mois que cela dure

« Depuis le 23 octobre, une fuite massive a été détectée sur un puits de gaz dans les environs de Los Angeles. Toutes les heures, entre 30 et 58 tonnes de méthane s’échappent dans l’atmosphère », rapporte le Parisien-Aujourd’hui en France. L’impact sur l’environnement est « colossal » car le méthane « est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 », explique Maryse Arditi, responsable des risques industriels à France Nature Environnement. Selon l’autorité de la qualité de l’air en Californie, « cette fuite est si massive qu’elle augmente la production de GES […] pour toute la côte de 25 % » (le Parisien).


MICROSOFT À LA CONQUÊTE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ? 

L’annonce, fin 2015, du partenariat entre Microsoft et l’éducation nationale a soulevé nombre de critiques. L’accord prévoit en effet que Microsoft mette gratuitement à disposition Office 365 et ses autres outils auprès des établissements, et puisse participer à la formation des enseignants ou à l’élaboration de dispositifs éducatifs dans le cadre du plan numérique à l’école. Le boulevard ainsi offert à la multinationale états-unienne a logiquement suscité les protestations, notamment des défenseurs et des concepteurs de logiciels libres. Ces derniers se sont même constitués en collectif pour contester la validité juridique de l’accord. Ils arguent en effet que ce partenariat, qui aurait dû à leurs yeux passer par la forme du marché public, avantage outrageusement Microsoft. On pourrait avancer aussi que la loi sur le numérique, actuellement en discussion, encourage au contraire explicitement, dans un de ses articles, les pouvoirs publics à promouvoir l’usage des logiciels libres et des formats ouverts.


ÇA CHAUFFE !

Fin 2015, le gouvernement allemand avait lancé le stellarator Wendelstein 7-X. Cette dénomination cache concrètement une machine permettant de chauffer le plasma à la hauteur de 1 million de degrés Celsius pendant 0,01 s. Ce mois-ci, pour la deuxième phase de l’expérience, c’est la chancelière allemande en personne qui est venue appuyer sur le bouton déclenchant une injection d’une impulsion de micro-ondes de 2 MW dans le stellarator rempli d’hydrogène. L’intérieur de cette machine sera bientôt tapissé de tuiles de carbone et recevra un système similaire à celui d’ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) permettant de chauffer le plasma pendant 10 s. Ces engins expérimentaux servent avant tout à contrôler la fusion, non à produire de l’énergie.


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