SANTÉ, ENTRE BIG DATA ET BIG PHARMA, par le docteur Michel Limousin*

*Michel Limousin est rédacteur en chef des Cahiers SPPS et membre du comité de rédaction de Progressistes.

Si l’on met de côté la question de la sécurité, les sondages d’opinion montrent que les Français mettent en deuxième position de leurs préoccupations la question de la santé, juste derrière le chômage. La revue Progressistes a donc bien raison de mettre en exergue la santé dans ce numéro. Oui, cela concerne vraiment les progressistes.

La santé est heurtée de plein fouet par le néolibéralisme qui domine le monde aujourd’hui. Savez-vous que selon une étude publiée dans Health Affairs par S. Jay Olshansky l’espérance de vie d’une femme blanche états-unienne n’ayant pas de diplôme de l’enseignement supérieur était de 73,5 ans en 2008 contre 78,5 ans en 1990 soit une baisse de 5 ans ? Et que l’espérance de vie des hommes blancs n’ayant pas le baccalauréat a diminué de 3 ans durant la même période ? Tout cela pendant que 1 % des États-Uniens les plus riches concentraient 22 % des revenus du pays soit plus du double du niveau du début des années 1980. La corrélation entre inégalités sociales et durée de vie est faite dans la période même où les États-Unis n’ont jamais autant dépensé d’argent pour la santé. Quelle absurdité et quel gâchis !

En Russie, depuis le début des années 1990 (vous vous souvenez ?) la population totale a chuté de plusieurs millions d’habitants et la durée de vie a diminué de façon sévère. En France, malgré une protection sociale qui sert d’amortisseur de crise, les chiffres montrent un tassement du progrès de l’espérance de vie. Nous sommes à un tournant. Alors que le progrès scientifique et médical est indéniable, il y a là une contradiction inadmissible.

Tout ceci nous conduit à poursuivre l’analyse et à renouveler ensemble nos propositions. Nous avons des bases solides pour le progrès à proposer :

– nous voulons une médecine sociale accessible à tous et de qualité, une médecine préventive et curative ;

– nous voulons une médecine scientifique, c’est-à-dire évaluée, fondée sur les données actuelles de la science, et nous voulons donc ce développement des sciences fondamentales et appliquées dont la médecine est l’héritière ; ainsi nous devons saisir les chances de la révolution des biotechnologies et celles de la numérisation qui sont l’objet des convoitises des spéculateurs ;

– nous voulons qu’une politique de santé intègre la lutte contre les facteurs de risque connus car nous connaissons les déterminants de la santé ;

– nous voulons une prise en charge à 100 % par l’assurance maladie pour faire reculer le renoncement aux soins, qui explose ;

– nous voulons une autre politique du médicament dégagée des contraintes des profits immédiats ;

– nous voulons des professionnels bien formés, en nombre et bien répartis sur le territoire ;

– nous voulons une nouvelle politique économique qui favorise l’emploi, les investissements et le niveau de vie qui seuls peuvent générer les recettes nécessaires à cette protection sociale de haut niveau dont les humains ont besoin.

Progressistes en partenariat avec les cahiers de santé publique et de protection sociale

Progressistes en partenariat avec les cahiers de santé publique et de protection sociale

Ce numéro de Progressistes commence à aborder ces questions. Il le fait en collaboration avec les Cahiers de santé publique et de protection sociale. Cette façon transversale de traiter les questions est gage d’espoir. Merci à tous pour ce travail coopératif.

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