ENDETTEMENT, HYPOTHÈQUES, PRIX… OÙ VA L’AGRICULTURE FRANÇAISE?, Alain Lereau*

Course à l’agrandissement de l’exploitation, reprise après héritage, achats de nouveaux matériels «performants» et d’intrants sophistiqués, recherche des cultures subventionnées pour pouvoir rembourser : les de la nature », sont pris à la gorge par la finance. 

*Alain Lereau, ancien syndicaliste CGT au Crédit agricole.

L’endettement moyen en agriculture ne fait qu’augmenter, passant de 50 000en 1980 à 163 700en 2011 ; pour les exploitations dirigées par un chef d’exploitation de moins de 40 ans, l’endettement s’élève en moyenne à près de 200 000 . C’est une des conséquences de l’agrandissement des exploitations, qui s’accompagne d’une augmentation des investissements à financer. Cette situation est le résultat du choix d’une agriculture productiviste pilotée par les seuls critères économiques et financiers. Ces objectifs s’accompagnent d’une utilisation toujours en augmentation des pesticides (de 5 % en moyenne de 2009 à 2013), dont les dégâts pour l’environnement sont déjà très importants dans certains secteurs. À cet égard, le plan Écophyto 2018, publié en septembre 2008, qui se donnait pour but de réduire leur consommation de 50 % en dix ans, est un échec cuisant. L’État français revoit donc ses ambitions à la baisse en reportant l’objectif à 2025. Une mesure s’impose pour atteindre cet objectif : séparer la vente du conseil pour les produits phytosanitaires. 

Pour réduire l’utilisation de pesticides, il faut différencier et séparer ceux qui conseillent les agriculteurs dans leur choix et ceux qui leur vendent des pesticides.

Pour réduire l’utilisation de pesticides, il faut différencier et séparer ceux qui conseillent les agriculteurs dans leur choix et ceux qui leur vendent des pesticides.

L’accroissement de la dette des agriculteurs n’est pas sans inquiéter le monde paysan. Les créanciers, au-delà du capital, peuvent aussi contrôler l’orientation des projets et le mode d’existence sur les territoires, et ceux qui y vivent. Il est donc indispensable pour notre agriculture de se réapproprier le crédit en en changeant les critères. L’approche économique doit intégrer des dimensions de solidarité, d’autonomie, de proximité, d’environnement, de qualité alimentaire… 

LE FONCIER 

L’autre aspect de l’augmentation de l’endettement agricole concerne l’acquisition du foncier.
Le coût du foncier agricole est de fait un obstacle à la détention des terres pour de nombreux exploitants agricoles comme pour les candidats à l’installation. Même si les trois cinquièmes de la superficie agricole en 2010 sont loués à des tiers, l’agrandissement des exploitations ou l’installation comme agriculteur passent aussi par l’achat de terres, vendues essentiellement dans le cadre d’héritages. 

Le marché foncier agricole est ainsi pris dans une double dynamique : les terres agricoles sont soumises à concurrence non seulement entre les usages agricoles et ceux liés à l’urbanisation, mais aussi, au sein des usages agricoles, entre les candidats à l’installation et les agriculteurs installés en recherche d’agrandissement. Le fonctionnement des marchés fonciers agricoles s’en ressent. Pour répondre à cette problématique, le groupe Cooperl Arc Atlantique vient de signer un partenariat avec un fonds financier, Labeliance Invest. Celui-ci mise sur un retour de capital sous huit à dix ans ! Autant de prélèvements financiers qui grèveront la filière agricole. Ce transfert du foncier de l’agriculture vers des fonds financiers va engendrer des compétitions déloyales, et la fonction même d’agriculteur sera fragilisée. 

Le prix du foncier des terrains agricoles augmente les difficultés des agriculteurs.

Le prix du foncier des
terrains agricoles
augmente les difficultés des agriculteurs.

Non, la course à l’agrandissement n’est pas le seul moyen de garantir la compétitivité de notre agriculture. En ce sens, le projet de loi d’orientation pour l’agriculture adopté le  11 septembre 2014 apporte quelques modifications intéressantes concernant les SAFER (sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural). Le dogme du réalisme économique et financier, qui était privilégié dans la notion d’agrandissement des exploitations, est remplacé par la priorité « à la consolidation des exploitations, afin qu’elles atteignent une dimension économique viable au regard du schéma régional, et à l’amélioration de la répartition parcellaire des exploitations existantes », ce qui peut, pour ceux qui s’en saisiront, constituer un véritable levier en faveur de l’installation d’exploitations à taille humaine, riches en emplois et assurant des productions diversifiées. 

LES MARCHÉS DES MATIÈRES PREMIÈRES AGRICOLES

Depuis le début des années 2000, la financiarisation des marchés agricoles s’envole de manière spectaculaire. Les marchés financiers ne répondent plus à leur fonction de formation des prix. On assiste à une explosion des prix des produits alimentaires. Les marchés des matières premières agricoles n’échappent pas à la dérégulation financière, voire à la spéculation pure. Lors de la crise alimentaire de 2010, les prix alimentaires ont brutalement augmenté de 30 %. Cette dérégulation financière profite bien évidemment aux opérateurs financiers et aux grands groupes agroalimentaires, et dans le même temps fragilise les revenus des agriculteurs et l’accès aux denrées alimentaires pour les plus pauvres. Les risques d’une nouvelle flambée des prix sont bien réels. 

Il devient urgent de développer une régulation forte au niveau de l’Europe. Il faut préserver la clause de sauvegarde, ou la préférence communautaire qui protège la vente de productions européennes. 

Nous sommes à la croisée des chemins : ou bien les futures politiques agricoles s’inscrivent dans une régulation des prix et assurent une meilleure rémunération des paysans, ou bien elles les laissent aux mains de la mondialisation financière. 

 

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