ADEME : LE SCÉNARIO AUX PIEDS D’ARGILE, JEAN-CLAUDE CAUVIN*

Alors que l’Allemagne reconnaît officiellement son échec avec une production d’électricité à partir d’énergies renouvelables intermittentes de seulement 15 %, que doit-on penser du rapport de l’ADEME voulant porter ce chiffre à 80% pour la France? 

*Jean-Claude Cauvin est ingénieur de l’École centrale de Paris.

UN PLAN « COM » PARFAITEMENT ORGANISÉ

Depuis plusieurs mois, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) annonçait un important rapport : « Vers un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 », qui devait être présenté lors d’un colloque sur « les énergies renouvelables dans le mix électrique français » organisé les 14 et 15 avril 2015. Le 4 avril, le journal le Monde révélait que sa parution était reportée, mais le 8 avril des « fuites » très opportunes permettaient sa publication par Médiapart. L’«affaire»étaitentendue!Sanstrop se préoccuper de ce que disait cette étude, dans la course à l’émotion médiatique, la presse annonçait : « En 2050, la France pourrait avoir une électricité 100 % fournie par les énergies renouvelables et se passer du nucléaire. La preuve : on voulait cacher ce rapport. » Bien entendu, les lobbies antinucléaires s’emparaient de cette « information » et en assuraient la gestion politique.

MAIS QUE DIT RÉELLEMENT CETTE ÉTUDE ?

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Objectif 100% d’électricité renouvelable : la France peut-elle vraiment réussir là où l’Allemagne a échoué ?

Elle consiste en un exercice d’école purement théorique qui imagine un mix électrique 100 % renouvelable à l’horizon 2050 et multiplie les scénarios envisageables, avançant pour y parvenir des hypothèses plus ou moins crédibles. Ces projections « théoriques » sont toutes construites avec une forte contribution des énergies intermittentes (photovoltaïque et éolien).

Pour résoudre cette question, alors que « la question du stockage à grande échelle de l’énergie électrique n’est pas résolue »1, la solution de l’ADEME consiste :

– à se reposer sur des pistes pour stocker l’énergie, pistes qui sont encore loin d’être assurées à des coûts accessibles ;

– à piloter la demande en fonction de la production, les compagnies d’électricité commandant via le compteur « intelligent » des effacements de vos appareils électriques. Orwell n’est pas loin !

Rien d’étonnant à ce que le rapport nous invite à prendre avec précaution ces résultats, « car rien ne garanti l’adéquation, à chaque instant, entre production et demande », y lit-on. Difficile de résumer en quelques lignes un document technique de 119 pages qui aligne à l’envi tout autant de figures. Aussi nous limiterons-nous, dans le cadre de cet article, à analyser deux questions clés de ce rapport : le scénario de référence et les estimations de coût.

LE SCÉNARIO DE RÉFÉRENCE

Il est fondé sur une consommation électrique nationale ramenée en 2050 à 422 TWh et se répartissant entre l’éolien (63 %), le solaire (17 %), l’hydraulique (13 %) et le thermique (7 %). Les 422 TWh sont à mettre en regard de la consommation actuelle, qui est de 478,4 Twh2, et d’une prévision de croissance démographique de 10 %. À cela il faut ajouter que nous ne pouvons nous accommoder d’une situation de crise qui se traduit par des coupures d’électricité pour des centaines de milliers de foyers et par la casse de l’outil industriel national. Enfin, la recherche d’économie d’énergie et de réduction des émissions de CO2passe par une utilisation plus importante de l’électricité avec, par exemple, le développement de la voiture électrique, des transports en commun ou des pompes à chaleur, sans compter les nouvelles technologies. On comprend mieux pourquoi le rapport souligne pudiquement que « ces hypothèses sont ambitieuses en termes d’efficacité énergétique »… Elles sont tout simplement irréalistes.

Dans cette configuration, 63 % de l’électricité seraient donc d’origine éolienne, soit plus de 300 TWh par an. Lorsqu’on sait que la part de l’éolien dans la production actuelle est de 17 TWh (3,1 % de la production3, il faudrait multiplier par 18 cette production ou, dit autrement, installer 100 000 éoliennes de 2 MW. En moyenne, plus de 1 000 par département ! Le même constat peut être fait pour la production photovoltaïque prévue, qui nécessiterait de multiplier par 12 les surfaces actuelles. Comment ignorer les résistances sociales que peuvent engendrer de telles installations ?

ET TOUT CELA À QUEL PRIX ?

Levons tout ce suite un contresens colporté par la mouvance antinucléaire et que n’a pas manqué d’alimenter une presse à la recherche de sensationnel. Le rapport en ferait la démonstration : « […] le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables. » Or à aucun moment cette étude n’aborde la question des coûts de production des diverses filières. Sur ce point, l’analyse des chiffres fournis par la Commission de régulation de l’énergie et la Cours des comptes permet d’affirmer que le coût de production le plus faible est, de loin, celui de l’énergie hydraulique. Vient ensuite le nucléaire (54,4 €/MWh) puis l’éolien terrestre, qui se rapproche de la compétitivité, alors que le mégawattheure produit par les futures éoliennes off- shore est estimé à plus de 220 €. L’énergie solaire photovoltaïque reste l’une des plus chères à produire (jusqu’à 370 €/MWh pour les petites installations)4.

L’étude de l’ADEME se contente d’examiner l’évolution des coûts globaux en fonction du taux de pénétration des EnR dans le mix électrique : actuel (20 % EnR) = 91 €/MWh ; scénario 100 % EnR = 119 €/MWh ; scénario 40 % EnR = 117 €/MWh. De plus, ces chiffres sont à accompagner de sérieuses réserves :

1. Ces résultats sont obtenus à partir d’hypothèses d’avancées technologiques et de baisse des coûts (en particulier sur le stockage), qui sont non explicitées et pour le moins optimistes.

2. « La maîtrise de la demande est un élément clef pour limiter le coût du scénario 100 % » (paragraphe 5.5, p. 84). L’étude montre en effet que tout dépassement des 422 TWh de référence entraîne rapidement une augmentation rédhibitoire de la fourniture.

3. Alors qu’une augmentation du taux de pénétration des énergies intermittentes va entraîner des investissements de plus en plus importants pour développer et stabiliser le réseau, il est assez surprenant de voir que « l’évolution du réseau de répartition n’a pas été prise en compte » (paragraphe 5.1.1, p. 70) dans cette estimation des coûts.

TOUT ÇA POUR ÇA ?

C’est sans doute pour cela que les conclusions du rapport précisent que « de nombreuses pistes, en lien avec l’analyse des paramètres les plus à même d’abaisser les coûts ou bien avec l’exploration de contraintes non prises en compte à ce jour dans la modélisation, restent aujourd’hui à explorer. Plus précisément, dans les mois à venir, de nouveaux cas d’études pourront être considérés, dans le but de répondre aux questions [que l’étude soulève] ».

Alors pourquoi autant de bruit autour d’un tel rapport qui n’apporte aucun élément franchement nouveau ? Serait-ce pour relancer une campagne pour la sortie du nucléaire ? Ou bien pour justifier de nouveaux financements pour l’ADEME et ses partenaires ? À moins que ce soit les deux à la fois…

Une réflexion sur “ADEME : LE SCÉNARIO AUX PIEDS D’ARGILE, JEAN-CLAUDE CAUVIN*

  1. on est devant une escroquerie car l’eolien en mer ou sur terre ne sont que des productions intermitentes et de plus pour avoir une production importante il va falloir barder certaines cottes de parcs eoliens car il faudra bien sur eviter d’en implanter dans les zones habittées par les nantis et autres personnalitées

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