Contestations et actions dans les laboratoires et les universités, Raoul Glaber*

La rentrée universitaire 2014 va-t-elle coïncider avec un mouvement social dans les laboratoires ?

*RAOUL GLABER est journaliste scientifique.


C’est la question que pose l’appel lancé, le 11 juin, par une réunion plénière du Comité national de la recherche scientifique (CoNRS). Un appel à l’action des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche pour obtenir du gouvernement un changement de politique sur un point crucial : l’emploi scientifique. Une revendication précise est avancée avec la demande d’un plan pluriannuel de création de milliers de postes de chercheurs, d’enseignants-chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens dans les universités et la recherche publique et une politique favorisant l’emploi scientifique privé.

Une telle réunion du CoNRS est exceptionnelle, puisque c’est la cinquième seulement en soixante-dix ans d’existence de ce comité créé par Joliot-Curie pour réorganiser le CNRS à la Libération, dès 1944. Elle avait été demandée par les présidents de section, et donc convoqué par le PDG du CNRS, Alain Fuchs, par obligation statutaire. Elle fait suite à un appel du Conseil scientifique du CNRS, en mars dernier, qui s’alarmait devant la crise de l’emploi scientifique qui s’accentue (voir Progressistes, no 4).

Sa focalisation sur un seul point, celui de la création de milliers de postes, peut se lire de nombreuses manières. Alors que le gouvernement Hollande a conservé l’essentiel des restructurations de la recherche et des universités entamées sous Sarkozy, ce texte pourrait être le début d’une contestation centrée sur un point clairement identifié: le massacre d’une génération de jeunes scientifiques par leur mise à la rue massive, effet direct de la précarisation tout aussi massive des emplois de la recherche et de l’Université.

Une tenaille vient en effet de se refermer sur eux. D’un côté, un effet pyramide des âges et la chute des recrutements en postes statutaires due à la diminution des départs à la retraite. De l’autre, la baisse des effectifs statutaires des EPST(1) et la chute des recrutements à l’Université. Résultat? L’âge moyen des recrutés s’envole, la « pression de sélection » sur les postes devient infernale. Et comme l’on continue de recruter des CDD plus jeunes, ceux qui en ont accumulé plusieurs sont tout simplement mis à la porte. Une crise qui va s’accentuer durant les trois prochaines années du quinquennat Hollande si la politique annoncée est mise en oeuvre. De premiers signes de mobilisation ont été enregistrés dans les deux semaines qui ont suivi cet appel : quelques réunions de personnels (Paris-5 Descartes, Institut d’astrophysique spatiale à Orsay, à Cochin, au Laboratoire de chimie de coordination à Toulouse) ; des rassemblements plutôt syndicaux devant l’Assemblée nationale; la création de moyens de mobilisation sur le Web(2). Des prises de position en faveur de cet appel se sont exprimées, comme le texte du neurobiologiste Alain Prochiantz, professeur au Collège de France (le Monde du 25 juin 2014).

Et, peut-être surtout, une initiative originale est lancée par un groupe de scientifiques de Montpellier : l’organisation d’une marche sur Paris, de laboratoires en villes universitaires, du 27 septembre au 19 octobre. Il s’agit d’arriver dans la capitale lors de la Fête de la science et au moment où les parlementaires peuvent discuter d’une loi de finance rectificative(3).

Il est impossible de savoir si ces initiatives vont ou non déboucher sur un mouvement social puissant, comme celui de 2004, qui avait fait reculer le gouvernement et fait surgir le sigle SLR (Sauvons la Recherche) dans l’espace public. Toutefois, il est évident que la réunion du CoNRS et son texte montrent que nombre d’universitaires et de scientifiques qui se sont rassemblés lors de l’élection présidentielle de 2012 pour voter François Hollande au second tour de l’élection présidentielle ont désormais compris que pour obtenir de ce gouvernement une politique de gauche, il faut faire monter une mobilisation sociale. Comme le souligne Alain Prochiantz, la revendication qui est portée par cet appel n’a rien de faramineux. Avec une réduction de moins de 10 % du crédit d’impôt recherche – passé de moins de 2 Md€ par an à près de 5 Md€ par les réformes sarkozystes conservées par le gouvernement Hollande –, dont l’inefficacité est patente, l’État récupérerait de quoi embaucher des milliers de scientifiques.

Scientifiques et universitaires sont encore sous le choc du mouvement de 2009, vécu comme un échec. Montrer qu’il y a là une possibilité d’action, et surtout de succès, est donc décisif pour convaincre d’entrer en lutte. Une lutte dont le débouché est clair : obtenir le soutien d’une majorité des parlementaires de gauche pour une mesure indispensable si l’on veut que la France puisse compter sur sa recherche scientifique pour contribuer à la solution de ses problèmes économiques et sociaux.

(1) Établissements publics à caractère scientifique et technologique.

(2) http://www.urgence-emploi-scientifique.org/

(3) http://sciencesenmarche.org/

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