Erasmus : pour une mobilité étudiante véritablement démocratisée en Europe, JÉRÉMY ROGGY

Au sein de l’Union Européenne, la mobilité étudiante choisie est encore loin d’être démocratisée. À ce titre, il est essentiel de la promouvoir, aussi bien pour les formations des étudiants, que pour le progrès social, scientifique et industriel.

Bien loin de l’image de «l’Auberge espagnole » que les libéraux aiment à ressasser, la mobilité étudiante en Europe peut constituer un levier d’émancipation pour les étudiants, tout comme elle peut permettre le progrès social et scientifique en Europe.

L’exemple le plus emblématique de la mobilité étudiante dans l’Union européenne est de loin le programme Erasmus. Ce dernier permet entre autres aux étudiants en formation initiale d’effectuer un stage, un semestre voire une année universitaire entière dans un établissement d’enseignement supérieur dans un autre pays membre de l’Union Européenne. Cette mobilité présente à coup sûr des avantages importants en permettant aux étudiants d’acquérir de nouvelles connaissances, de nouveaux savoirfaire qui s’inscrivent dans leur projet d’études. De fait, une telle mobilité peut à première vue promouvoir la coopération scientifique en Europe.

Pourtant, seuls quelques centaines de milliers d’étudiants, soit 3 % des étudiants européens, bénéficient actuellement de ce fameux programme Erasmus. Le nouveau programme de mobilité, Erasmus+, risque bien d’accentuer cette tendance avec le financement de master à l’étranger par des prêts bancaires. S’installer à l’étranger ne se fait pas aussi facilement pour ces étudiants et ce, alors que l’austérité met à mal les services publics partout en Europe, notamment pour se loger. Pour prendre le cas de l’Espagne, les étudiants non-boursiers ne pourront plus prétendre à l’aide du ministère de l’Education pour le programme Erasmus, et cette même aide est désormais restreinte à un seul semestre. Dans ce cadre, les étudiants européens des classes populaires risquent bien d’être mis hors-jeu à des degrés variés, avec cette logique d’austérité qui veut faire contribuer les étudiants pour financer leurs propres études.

Ce même programme Erasmus s’inscrit dans un cadre européen de concurrence, pour faire correspondre les formations et la recherche universitaires aux besoins immédiats de « l’économie de la connaissance ». En effet, la volonté affichée du patronat est de baisser le «coût» du travail, et l’autonomie des établissements, réalisée dans toute l’Europe, va dans ce sens. Avec des enseignements qui ne répondent qu’aux attentes du patronat local, les formations perdent à la fois leur cohérence, leur ambition et leur cadrage à l’échelle nationale et européenne.

Pourtant, la cohérence des formations est essentielle pour proposer aux étudiants d’entrer dans le monde du travail dans de bonnes conditions, et notamment de reconnaître leurs qualifications dans les conventions collectives. La perte de cette cohérence conditionne ainsi grandement sur la première embauche des étudiants : ceux-ci sont toujours plus confrontés aux périodes de chômage et de précarité avant d’accéder à l’emploi stable. Dans le domaine de la recherche, l’exigence de brevetage des acquis dans le cadre des coopérations scientifiques donne un poids nouveau à quelques multinationales. Elles imposent leur vision court-termiste à la recherche, et cela se traduit par la course à l’innovation et la précarisation toujours plus accrue des jeunes chercheurs. Il est essentiel de promouvoir une mobilité vraiment démocratisée, qui ne vise pas à apporter des compétences restreintes aux étudiants comme cela se fait actuellement avec les crédits ECTS(1)qui morcellent les formations pour faire perdre leur cohérence. Une mobilité pensée pour apporter des qualifications solides et élargies aux étudiants, pour leur assurer une stabilité dans l’emploi et leur projet de vies partout en Europe.

À ce titre, il est plus qu’essentiel de créer de nouveaux leviers pour démocratiser cette mobilité. Tout d’abord, en créant des fonds européens et nationaux qui permettent le financement nécessaire d’allocations de mobilité, adaptées dans un premier temps aux réalités sociales des étudiants. Ensuite, avec la création d’un service public européen qui aide les étudiants à s’installer dans le pays d’accueil, mais aussi l’assurance de logements, d’un accès aux soins médicaux et aux transports gratuits ou peu chers, pour eux comme pour les étudiants du pays d’accueil. Enfin, il est primordial de rompre avec cette logique délétère de concurrence, de compétence, et de professionnalisation accrue. Plus que jamais, il s’agit d’assurer un véritable cadrage pédagogique pour ces programmes de mobilité, aussi bien pour les formations que pour les stages. Ceux-ci doivent se voir assurer une cohérence pédagogique marquée par un financement public conséquent qui promeut les conventions entre établissements d’enseignement supérieur et entre laboratoires dans une logique claire de coopération. Une coopération forte qui vise à promouvoir l’accès à l’enseignement supérieur, peu importent les origines sociales des étudiants, et qui fait de l’accès libre à la connaissance un fondement essentiel. Et ce, afin de se libérer des diktats du patronat européen, pour permettre le progrès social et scientifique en Europe.

Jérémy Roggy est étudiant. Il est responsable Erasmus au Conseil National de l’UEC (Union des Étudiants Communistes).

(1) ECTS: European Credit Transfert System. Une année universitaire validée dans son intégralité permet d’obtenir 60 crédits ECTS, crédits répartis entre chaque module

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