COÛT DU CAPITAL : UN TABOU TRÈS POLITIQUE, AMAR BELLAL,

Il y a des sujets dont on ne veut pas débattre, qui apparaissent en filigrane des discussions mais sans jamais être abordés frontalement. Il en est ainsi lorsqu’on aborde « les difficultés des entreprises » en France. On loge alors à la même enseigne les grandes entreprises avec les PME, on y confond les grands donneurs d’ordre et leurs sous traitants, et dans cette confusion, bien sûr, le responsable c’est toujours le coût du travail.

Pourtant, il y a une ligne de dépense dans les budgets des entreprises qui n’est pas du tout médiatisée: le coût du capital. Intérêts des prêts, dividendes, frais financiers divers… Un chef d’entreprise en difficulté se plaindra certainement des difficultés qu’il rencontre pour rémunérer ses salariés. Mais il ne manquera pas de mettre en avant aussi le poids des dettes et des intérêts qu’il doit verser régulièrement aux banques. Ces deux postes de dépense sont du même ordre de grandeur, et pourtant, c’est le coût travail, source de richesse, qu’on mettra en avant prioritairement. Pourquoi ce tabou autour du coût du capital jamais abordé dans les médias? Rien à voir ici avec le tabou au sens anthropologique. Non, ici il s’agit d’un tabou avant tout politique, qui met en lumière les rapports de forces, le déséquilibre des pouvoirs, les projets politiques sous-jacents… Aujourd’hui, on prête à des taux d’intérêt proche de 1% aux spéculateurs et de 10 % aux entreprises souhaitant investir sur des projets de long terme. Dénoncer ce coût, c’est forcément poser la question: qui prête et sur quels critères? Puis viennent naturellement les autres questions: d’où vient l’argent des banques? Qui décide de la création monétaire (faire tourner la planche à billets)? Et pour qui et quel projet prioritairement? C’est cette série de questions qu’on ne veut surtout pas voir émerger chez les citoyens.

En effet, loin d’être de simples objets techniques, ce sont au contraire des questions redoutablement politiques et même révolutionnaires! Elles pointent des pouvoirs exorbitants et des décisions qui sont aujourd’hui laissées à l’arbitrage du marché: c’est l’orientation de toute notre économie dont il s’agit pourtant (et donc de nos vies!). Si demain nous décidons, en votant une loi par exemple, d’adosser à la BPI, Banque Publique d’Investissement, censée relancer l’investissement productif, une série de critères avec des contrôles vérifiant la réalité des créations d’emplois et des investissements, alors on prend une mesure proprement révolutionnaire. Et c’est pour cela qu’une telle mesure, bien qu’avancée par les députés communistes et de nombreux syndicalistes lors de la création de la BPI, n’a jamais vu le jour. En effet il s’agirait d’inscrire dans la loi un principe à contre-courant de la logique capitaliste, c’est un renversement des valeurs! Aujourd’hui c’est par dizaines de milliards d’euros que l’argent public est distribué sans contreparties, ni contrôles sérieux, et les exemples ne manquent pas. Il arrive même que des entreprises après avoir pourtant encaissé de l’argent public, délocalisent, tout en faisant du profit et au passage en ayant pollué les terrains (à la charge de la collectivité). Le diable est décidément dans les détails des critères de financement et des dispositifs de contrôle-vérification. Le tabou autour du coût du capital, c’est la peur de la remise en cause du pouvoir démesuré des marchés, et la reprise en main politique des outils de financement.

Brisons ce tabou si nous voulons vraiment relancer le développement, le progrès social, scientifique et écologique. La campagne initiée par le PCF et aussi par des syndicats, est salutaire de ce point de vue, et elle fait écho à un ensemble de propositions pour une autre politique: pôle public financier et nationalisation de banques straté-giques, modulation des taux de cotisations sociales en fonction de la masse salariale, nouveaux pouvoirs pour les salariés, refonte de la fiscalité, sécurité d’emploi et de formation, fonds de développement social européen, contrôle politique de la BCE… À la crise systémique du capitalisme, et pour en sortir vraiment, il faut des mesures qui fassent « système », et nous devons dès maintenant engager des campagnes populaires et dans les entreprises autour de ces thèmes.

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