Sortir de « l’écologie de salon », Amar Bellal

Ecologie et industrie : une association qui peut paraître contre-nature tant on a opposé ces deux termes.

À un tel point que la confusion règne à gauche où la critique légitime du productivisme est devenue par glissement la critique de la production sans nuance.

L’industrie nous pose des problèmes de conscience : elle est à la fois absolument nécessaire pour nos sociétés et en même temps elle pollue, produit des déchets, présente des risques autour des sites de production. La tentation est alors grande de réduire ce secteur voire d’accepter tacitement la délocalisation vers d’autres pays pour ne pas avoir à s’embarrasser de ses nuisances. Elle s’accompagne également d’une dévalorisation des métiers liés à la production. Et il est vrai que quantitativement, l’essentiel des emplois aujourd’hui est classé dans le secteur des services, services pour- tant intimement liés à la production. Ainsi, on ne perçoit pas immédiatement la catastrophe économique pour un pays qui se sépare progressivement de ses industries : par exemple l’irréversibilité concernant la perte de savoir faire sera très grave pour l’avenir car il faudra des générations pour retrouver le niveau technologique perdu dans certains secteurs clés.

Nous aurons donc toujours besoin de produire, et même de produire plus et autrement compte tenu des besoins qui vont grandissants et de l’état de pénurie qui règne chez les classes populaires. La vraie question politique vraiment sérieuse, est bien de savoir comment mieux produire et comment produire pour répondre aux besoins sociaux au sens très large, en intégrant le respect de notre environnement. C’est en renversant les critères, en privilégiant la valeur d’usage des produits plutôt que la valeur d’échange (pour utiliser des termes marxistes) que nous opérerons une transformation radicale de nos modes de production.

Cela suppose bien sûr de sortir de la logique actuelle du système capitaliste avec ses fausses « bonnes solutions » : taxe carbone, marché des droits à polluer, tarification progressive. Ces solutions sont issues de l’idéologie libérale, autour notamment du concept de « signal-prix », qui focalise avant tout sur la réduction de la consommation des ménages, par le biais d’une hausse des prix, injuste socialement mais qui a le mérite d’être conforme à la doxa libérale, et permet d’éviter les vraies questions politiques. Les vrais sujets qui fâchent à savoir les rapports de pouvoirs dans l’entre- prise : qui décide de ce que l’on va produire et de quelle manière ?

Et qui décide de ce qu’on doit financer ou ne pas financer ? Cela donne toute la pertinence à nos propositions économiques, sur une reprise en main politique des critères et outils de financement aujourd’hui soumis à l’arbitrage du marché.

Le dossier ici présenté développe des idées phares comme l’économie circulaire, la chimie verte, examine des secteurs clés comme le transport, l’habitat, la sidérurgie, afin de dégager des pistes pour une planification écologique réussie, avec des projets industriels concrets. Il y a en effet urgence à sortir de l’« écologie de salon », coupée des réalités et qui fait l’impasse sur les ordres de grandeur, l’état et les limites des technologies, niant complètement l’étendue des besoins.

Nous donnons la parole à des femmes et des hommes avec des métiers et secteurs divers ; ouvriers, ingénieurs, techniciens, chercheurs, scientifiques, travaillant dans les secteurs tant publics que privé. Disons le clairement : ces dernières années, nous avons perdu l’habitude d’écouter les travailleurs de la science. Leur parole est même dévalorisée et disqualifiée sous prétexte qu’ils ont déve- loppé une expertise dans un domaine précis à travers leur vie professionnelle : ils seraient alors devenus les défenseurs d’un groupe de pression (lobby en anglais) ou d’une corporation ! On assiste à un renversement des valeurs : moins on en sait dans un domaine, plus on est censé être objectif, « honnête » et « indépendant ». On imagine mal pareille attitude vis-à-vis des enseignants intervenant dans un débat concernant l’école par exemple : au contraire, dans ce cas précis, ces professionnels de l’éducation seront écoutés et leurs paroles respectées, à juste titre. Pareille attitude est de mise sur les grands sujets où l’expertise scientifique est nécessaire à la décision politique, comme l’environnement, l’énergie, l’agriculture. Il nous faut réapprendre à écouter tous ces salariés et tenir compte de ce qu’ils ont à nous dire : ils ont beaucoup à nous apprendre sur la complexité des problèmes posés. Notre engagement pour une planification écologique démocratiquement élaborée, en lien avec nos propositions de donner de nouveaux pouvoirs aux salariés dans les entreprises, passe obligatoirement par cette voie. Alors, sans attendre, écoutons-les, et vous le verrez à travers ce dossier et dans les autres rubriques : ils ne manquent pas d’idées ! Bonne lecture et bienvenue dans ce premier dossier traité par Progressistes.

AMAR BELLAL est rédacteur en chef de Progressistes.

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