Zoom sur les élections municipales: L’architecture publique face au défi du changement climatique, Lucas Rambeau*

L’été passé nous rappelle, après deux années de répit relatif, la marche en avant régulière du changement climatique et ses conséquences estivales sur le confort dans les bâtiments. Dès le mois de juin, nombre d’écoles ont fermé faute de pouvoir accueillir les élèves dans des conditions d’enseignement acceptables. Cela pose problématique de l’adaptation.

*Lucas Rambeau est architecte

Dans un contexte de réductions des budgets alloués aux mairies, les interventions à venir sur les bâtiments publics existants se devront d’être frugales et efficientes, d’abord dans la définition précise des besoins et la confrontation avec le patrimoine bâti existant ainsi qu’avec ses qualités intrinsèques (orientation, inertie des murs…). Cette recherche de valorisation des qualités thermiques de l’existant (épaisseur des murs, orientations…) permet de garantir la justesse des investissements. Un regard critique devra aussi être porté sur les solutions miracles non contextuelles et appliquées sans nuances sur l’ensemble du territoire : on pense aux pompes à chaleur (réversibles si ajout de la climatisation) que l’on voit fleurir sur les façades et toits des bâtiments, sans que l’on se soit posé au préalable la question de la gestion de leurs enveloppes thermiques, de la consommation électrique engendrée par leur fonctionnement ni, surtout, de l’air chauffé relargué dans l’environnement et qui, partant, en aggrave la cause de leur utilisation.

L’urgence de la réponse à apporter doit pousser à l’élaboration de stratégies qui partent du « déjà là » afin de conserver la qualité intrinsèque d’un bâti et de son environnement.

LA QUESTION DE L’INERTIE ET DES RÉGLEMENTATIONS THERMIQUES

Les niveaux de performances à atteindre aujourd’hui pour garantir un bon confort d’été théorique peuvent s’obtenir de plusieurs manières : 

– par l’ajout d’isolant sur les façades et les toitures des bâtiments ;

– par la mise en œuvre de menuiseries performantes ;

– par la gestion de la ventilation par double flux (l’air sortant tempérant l’air entrant).

Si elles restent souvent absolument nécessaires, ces dispositions ne demeurent aujourd’hui plus suffisantes pour offrir un confort d’été satisfaisant, notamment lors des canicules où la température nocturne reste élevée, parfois jusqu’à 30 °C plusieurs nuit consécutives, le renouvellement de l’air durant la nuit ne permettant pas de décharger le bâtiment des calories emmagasinées le jour.

L’ÉMERGENCE DE SOLUTIONS PASSIVES

Depuis une décennie maintenant, des solutions plus passives connaissent un certain essor ; elles visent à offrir un renouvellement d’air amenant fraîcheur dans des pièces dont les occupants, nombreux (20 à 30 élèves dans des salles de classes, par exemple), produisent autant de chaleur qu’une salle informatique (avec un nombre identique d’équipements).

Modèle de bâtiment à énergie passive : sa conception architecturale et les matériaux utilisés limitent les dépenses énergétiques et l’impact sur l’environnement.

Parmi ces solutions, on signale :

– les puits climatiques (ou puits provençaux), qui insufflent dans les pièces un air préalablement tempéré par conduction dans un réseau en fonte enterré. Ce principe a l’avantage de ne nécessiter qu’une ventilation pour son fonctionnement et de pouvoir être couplé à des batteries chaudes, alimentées par des panneaux photovoltaïques, pour le chauffage hivernal ;

– la géothermie, qu’elle soit sur nappe ou sur sondes, qui permet de prélever verticalement la chaleur contenue dans le sol. Cette solution, onéreuse à mettre en œuvre mais aidée à hauteur de 50 % dans le cadre de projets publics, permet de drastiques économies d’énergie sur la durée de vie d’un bâtiment. Elle reste pérenne car elle permet d’aller puiser des calories dans des strates du sol non impactées par le réchauffement climatique ;

– les brasseurs d’air (ou ventilateurs de plafond), qui s’implantent dans de plus en plus de projets architecturaux. Ils abaissent la sensation de température jusqu’à 5 °C à la surface du corps par un simple déplacement d’air. De plus, leur faible prix et la simplicité de leur mise en œuvre permettent un déploiement rapide dans tous les bâtiments.

FAIRE ÉVOLUER LE CONTEXTE RÉGLEMENTAIRE

Le secteur de la construction est aujourd’hui régi majoritairement par l’obligation de moyens pour atteindre des objectifs, notamment thermiques et environnementaux. Les réglementations thermiques successives (RT2012 et RE2020) n’ont jusqu’ici pas eu l’effet escompté, ou dans de faible proportions. En effet, elles ne laissent que peu de place à l’innovation et rendent laborieuses et coûteuses les justifications de solutions alternatives, même éprouvées par des siècles d’utilisation. Il paraît donc intéressant de demander des obligations de résultats, vérifiables par le suivi des consommations et de l’utilisation des bâtiments. Cela inciterait ingénieurs et architectes à remettre du bon sens dans leurs productions et pousserait à une réflexion collective tournée vers l’innovation, l’expérimentation et l’observation. La recherche empirique mérite de retrouver une place, aujourd’hui trop souvent laissée aux calculs théoriques, peu pertinents lorsqu’ils se confrontent à la réalité de l’utilisation des bâtiments.

REPLACER L’UTILISATEUR AU CENTRE DU FONCTIONNEMENT DES BÂTIMENTS

Comme vu précédemment, les réponses fondées sur l’empilement de solutions techniques et technologiques ne remplaceront pas une bonne utilisation du bâtiment. La ventilation nocturne par une simple ouverture de fenêtre, la manipulation des protections solaires… sont autant d’actions simples et efficaces dont les utilisateurs se retrouvent de plus en plus souvent dépossédés par toute une série de capteurs et autres détecteurs actionnant stores ou volets roulants sans leur approbation. Cette perte de contrôle est aussi une perte de savoir quant à la manière de vivre avec le bâtiment, et plus généralement avec son environnement direct.

Les épisodes caniculaires sont aussi l’occasion de repenser l’organisation de la journée de travail par l’adaptation des horaires permettant une présence réduite dans les bureaux et autres open spaces. Ils peuvent aussi inciter à favoriser les sorties et les activités en extérieur, sous réserve d’espaces de fraicheur correctement implantés dans les zones urbaines où se concentrent souvent les îlots de chaleur.

AGIR SUR L’ENVIRONNEMENT DIRECT DES BÂTIMENTS

L’aménagement de l’espace urbain peut se faire à plusieurs échelles de temps et s’accompagner d’une évolution dans son usage, impulsée par des actions simples.

Dans la mesure du possible – et là on pense au long terme –, les arbres à haute tige et à feuilles caduques, qui laissent entrer le rayonnement solaire bas en saison froide, sont à multiplier à proximité des constructions. Les feuillages clairs sont à privilégier afin d’éviter que les rayonnements non absorbés, réfléchis, ne produisent de la chaleur au-dessus de la canopée. Cette disposition, couplée à la déminéralisation et à l’éclaircissement des revêtements de sol, permet d’abaisser significativement la température de l’air dans l’espace public. L’air entrant dans le bâtiment gagne facilement 3 à 8 °C selon les orientations et la densité de plantations. 

L’installation de fontaines est aussi source de rafraîchissement de l’air et des gens du fait du passage de l’eau de l’état liquide à l’état gazeux. Il faut également mettre en place des dispositifs pour faire en sorte que l’eau de pluie s’infiltre dans un sol non minéral et réserver les regards et réseaux enterrés aux seules surverses de noues (fonctionnant uniquement lors de fortes averses ou de saturation des sols), ainsi le rafraîchissement du sol et l’évaporation participent à diminuer la température de surface.

Plus généralement, si l’on évoque la question urbaine, les rues devraient être conçues comme des couloirs à vent permettant d’évacuer la chaleur stagnante. Privilégier l’étroitesse de ces dernières permet aussi de diminuer leur temps d’exposition au rayonnement solaire, et donc leur température de surface.

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