A propos d’une fuite  du rapport d’évaluation des Start-up du nucléaire, Yves bréchet*

*Yves Bréchet est ancien haut-commissaire à l’énergie atomique, membre de l’académie des sciences.

Un rapport, demandé au Haut Commissaire à l’Energie Atomique, Vincent Berger, a « fuité », et fait l’objet d’un article de Geraldine Woessner dans la version électronique du journal « Le Point ». Comme il ne s’agit que de l’usage des deniers publics, pour un sujet aussi mineur que la souveraineté énergétique du pays, on comprend bien que c’est beaucoup moins important que le procès de Pierre Palmade et qu’il est légitime de reléguer cet article dans la version électronique de l’hebdomadaire. Il s’agit de l’évaluation des différentes start-up sur le Nucléaire…

 Il ne fait aucun doute que, comme d’habitude, tout le monde va avoir un avis sans se donner la peine de connaitre les dossiers. Il ne fait pas de doute non plus que tout le monde va y aller de ses spéculations plus ou moins lunaires sur l’origine de la « fuite ».

 Je n’ai pas participé à cette évaluation, mais connaissant bien Vincent Berger et en partie les personnes qui ont participé à ce travail, je n’ai aucun doute sur l’intégrité et la compétence avec laquelle il a été mené, et la méthode tranche heureusement avec l’espèce d’agitation vibrionnesque et de « comm’ » sans retenue qui a dominé, avant cette évaluation, et ce depuis au moins deux ans, la question des start-up du nucléaire.  Le fait même que cette évaluation ait été demandée, la méthode avec laquelle elle a été mise en oeuvre devrait, en soit, être une raison de se réjouir.

Au dela des résultats de cette évaluation , plusieurs leçons se dégagent :

  • Quand on fait une évaluation technique sérieuse, les « baudruches » se dégonflent. On peut tout de même se demander pourquoi on commence par financer, puis on évalue ce qu’on vient de financer…
  • La haute administration est souvent prise de panique quand elle voit arriver un rapport d’évaluation sérieux. En ce cas elle a pris l’habitude, comme cela é été le cas pour le rapport Descatha Collet-Billon, de le tamponner « secret défense » pour en interdire la publication. Ici, c’est le « secret des affaires » qui a bon dos…
  • Si la labellisation « secret défense » pouvait, en la tirant par les cheveux, trouver un début de justification pour le rapport Descatha Collet-Billon, on eut être surpris de l’invocation du « secret des affaires » pour des évaluations de start up visant au nucléaire civil, et demandant des aides publiques. Que cette procédure de labellisation semble normale en dit long sur la notion qu’on se fait en haut lieu de la transparence en matière d’usage des fonds publics, ou de la confiance qui règne entre les services.
  • Cette labellisation est non seulement malhonnête vis-à-vis du citoyen qui , in fine, sera le payeur, elle est aussi inutile comme le prouve la fuite en question : on n’empêche pas  l’information de sortir, et on montre qu’on ne voulait pas qu’elle sorte.
  • On peut se demander quel est l’intérêt de ce qu’il faut bien appeler de la dissimulation. Il peut s’agir d’un moyen maladroit de cacher ce qui est une évidence pour tous ceux qui connaissent ce type de dossiers : ceux qui ont choisi de distribuer les deniers publics n’avaient tout simplement pas fait cette évaluation préalable
  • Et dans la foulée de leurs décisions irréfléchies, on peut aussi imaginer que  se cache  la volonté de camoufler une faute majeure, décision prise au plus haut niveau de l’état, décision qui a trouvé des complices pour l’exécuter  au sein même de l’organisme qui aurait du « donner l’alerte » : l’arrêt de la filière Neutrons rapide par le sabordage du programme Astrid.
  • Camoufler cette faute en en se défaussant, sur des start-up qui n’ont pas les moyens de remplir cette fonction, garante de la souveraineté énergétique et de la durabilité du nucléaire, qui doit relever des missions de l’état, ne peut faire longtemps illusion

Dans le domaine du Nucléaire, nous avons besoin d’une vision stratégique, pas de dirigeants qui jouent alternativement au Monopoly et à cache-cache.

3 réflexions sur “A propos d’une fuite  du rapport d’évaluation des Start-up du nucléaire, Yves bréchet*

  1. Ce type de propos m interroge toujours. Il y aurait des rapports honnêtes et sérieux pour le nucléaire et des rapports malhonnêtes et peu sérieux contre le nucléaires. C’est toujours caricatural. Un rapport n’est jamais neutre et ce n’est pas gênant.
    Dans ce cas précis, à priori peu de personnes ont connaissance de ce rapport mais on doit croire sur parole l’auteur de l’article, sans aucun doute très compétent et pronucléaire.

    1. Je suis plutôt béotien en la matière et je n’ai pas tout compris, sinon que l’arrêt du programme Astrid m’avait semblé à l’époque une erreur. Y-a-t’il un espoir d’une reprise d’un tel programme ?

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