ONERA : être à la hauteur des défis des trente prochaines années… ou pas, Serge Vidal*

Après la motion de défiance votée par les représentants des salariés au comité social et économique central (CSEC) du CNES, ce sont les élus du CSEC et au conseil d’administration de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) qui alertent sur la situation de leur organisme.

Par Serge Vidal, membre du comité de rédaction de Progressistes

UN RÔLE FONDAMENTAL

L’ONERA est un centre de recherche et de développement public ayant pour vocation de soutenir l’industrie, la Direction générale de l’armement (DGA), la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) et le Centre national d’études spatiales (CNES) dans les domaines aéronautique, spatial et de défense. Créé en 1946 sous l’instance de Fréderic Joliot-Curie, il a fortement contribué, entre autres, au redressement de l’industrie aéronautique après guerre, a apporté une contribution essentielle et continue à l’effort de dissuasion depuis les années 1960 ainsi qu’au développement des technologies clés au profit d’Airbus, des technologies spatiales pour l’accès à l’espace et la surveil­lance spatiale.

L’ONERA détient un parc de moyens expérimentaux de premier ordre, notamment de grandes souffleries ; ces moyens lourds sont indispensables à la souveraineté nationale et à l’industrie. L’Office emploie plus de 2 000 salariés, dont une majorité d’ingénieurs.

L’ONERA œuvre aux futurs succès des produits industriels français, en particulier face aux enjeux de décarbonation du transport aérien, de compétitivité économique dans le domaine spatial, de capacité opérationnelle pour les équipements de défense. C’est un outil de filière qui permet de lutter contre la désindustrialisation de la France. Le défi climatique impose au transport aérien d’opérer une mutation majeure vers la réduction des émissions de CO2.

Comme tous les grands organismes de recherche, les financements récurrents sont indispensables pour construire et entretenir le niveau d’expertise requis et disposer des installations adéquates. Il faut du temps et de l’anticipation sur le long terme pour répondre à des besoins lorsqu’ils se manifestent. Ce temps long appelle un soutien qui ne peut provenir que de la force publique, or il est aujourd’hui trop réduit. Qui plus est, la loi de finances pour 2022 prévoit une baisse de la subvention étatique pour charge de service public allouée à l’ONERA.

Cette subvention permet les recherches amont, le maintien d’un haut degré d’expertise et des investissements dans les grands équipements.

BESOIN DE MOYENS

Mais cet instrument de la souveraineté nationale, tant de défense qu’industrielle, de renommée mondiale et au meilleur rang de l’excellence scientifique dans ses domaines d’activité, fait face depuis des années à une réduction permanente de ses effectifs. Cette érosion obère sa capacité à contribuer à répondre à ces défis à la hauteur de ce qu’ils exigent et limite gravement sa capacité à préparer l’avenir. Les projections actuelles montrent un déficit supérieur à 10 % en effectifs pour être à même de réaliser les activités prévues ou prévisibles.

Toutefois, accroître les effectifs ne résout qu’une partie de l’équation. En effet, la recherche appliquée s’inscrit dans le temps long, pour à la fois anticiper

les besoins en maîtrise techno­logique future, capitaliser des savoirs, assurer la continuité et la pérennité de la compétence et exercer l’expertise attendue par la force publique. Aujourd’hui, la dépendance contractuelle est telle que cette préparation de l’avenir est en berne. Pour redresser cette situation, le second levier consiste en un relèvement du niveau de la subvention de l’État pour permettre d’assurer son rôle, essentiel pour la souveraineté de demain, et maintenir la disponibilité des installations expérimentales qui feront la différence.

À l’occasion des discussions du contrat d’objectif et de performances (COP) pour 2022 à 2026, les représentants des salariés, avec leurs syndicats, CFDT, CFE-CGC et CGT, interpellent les élus de la nation pour permettre à l’institution d’être à la hauteur des défis des trente prochaines années.

Ils demandent de replacer la trajectoire des effectifs sur une pente nettement ascendante ; d’accroître le nombre de doctorants afin de renforcer l’effort de recherche amont ; de rehausser le niveau de subvention à une valeur d’équilibre (un montant couvrant la masse salariale de l’ONERA assurerait cet équilibre) permettant de préparer l’avenir tout en gardant une implication effective de l’institution aux côtés de l’industrie.

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