General Electric: Stop au Démantèlement! Appel Collectif*

* Nous publions cet appel signé par de nombreux acteurs du monde du travail et des citoyens inquiets de la désindustrialisation de notre pays et déplorant une absence de stratégie nationale dans un secteur pourtant nécessaire à la transition énergétique et à l’emploi.

Développer la filière énergétique industrielle est essentiel pour répondre aux besoins humains, écologiques et sociaux de nos territoires !

APPEL COLLECTIF
En annonçant 1044 suppressions d’emplois sur le territoire de Belfort, soit plus de la moitié des effectifs dédiés à la filière des turbines pour centrales à gaz, avec les effets induits sur la cinquantaine de sous-traitants, General Electric porte un coup terrible à la filière énergétique et industrielle française, ceci après des centaines de suppressions d’emploi à GE Renouvelables (GE Hydroelectricpower). D’un trait de plume est rayé de la carte le plus gros centre de production mondial de turbines à gaz, des savoir-faire technologiques et des compétences humaines accumulés depuis des décennies, qui ont conduit à la capacité de réaliser de A à Z des turbines aux puissances variées.

LA DÉCISION DE GE EST ANTIÉCOLOGIQUE ET ANTIÉCONOMIQUE
La turbine à gaz est décisive pour la transition écologique en tant qu’alternative au charbon, et au lignite dans les pays qui l’utilisent massivement, car elle produit deux fois moins de CO2 et aucune particule fine. Son pilotage flexible en fait une des technologies incontournables pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables, tant que des solutions de stockage viable ne sont pas trouvées. Elle peut aussi avoir sa place dans un avenir énergétique décarboné (biométhane, hydrogène). Loin d’être en fin de cycle de vie, le produit devrait connaître au contraire un bond de sa demande mondiale.

UNE LOGIQUE DE RENTABILITÉ FINANCIÉRE A TOUT PRIX
Un fonds de pension prédateur (Trian Fund Management) a pris le contrôle de GE en 2017, après la vente d’Alstom Énergie à GE, qui s’est soldée par un désengagement de l’État français, jusqu’à la vente par Alstom de ses parts dans les co-entreprises de l’énergie au bénéfice juteux d’actionnaires d’Alstom, comme Bouygues. Le groupe GE, qui a distribué 117,2 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en dix ans, mène une stratégie financière globale boursière se traduisant par des cessions et restructurations considérables d’actifs industriels pour faire uniquement de l’argent ailleurs et autrement. Après la vente d’Alstom Énergie à GE, tous les brevets mis au point à Belfort ont été transférés sans contrôle dans une filiale de droit Suisse, ainsi que les fonctions stratégiques (gestion de projets, services commerciaux), et donnent lieu au paiement de royalties et redevances diverses par le site. Cela s’apparente à un véritable hold-up sur les technologies mises au point par les travailleurs et travailleuses de nos territoires, avec l’appui de nos services publics, et fonctionne comme une pompe aspirante de la valeur créée sur le territoire, en même temps que comme un moyen d’échapper à l’impôt en France. À cela s’ajoute une stratégie de délocalisation d’activités de production vers les États-Unis, conformément à l’objectif politique de Donald Trump : « America first ». C’est une véritable guerre économique qui se livre, où la France et l’Europe sont un champ ouvert à tous vents et se retrouvent prises en étau entre les États- Unis et les pays asiatiques du moment qu’il n’y a pas de véritable stratégie et politique industrielle en la matière. Dans cette situation de perte de contrôle sur une industrie essentielle à la transition écologique, la responsabilité de l’État est majeure.

L’INDUSTRIE ET LES COOPÉRATIONS NATIONALES SABORDÉES
Les doutes sur les choix de restructurations industrielles opérés depuis une vingtaine d’années sont tels que deux commissions d’enquête parlementaire ont été constituées, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Leurs conclusions sont sans appel : « l’État a failli à préserver les intérêts nationaux », déclare Olivier Marleix, président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Cette affaire a même pris récemment un tour judiciaire, avec un signalement adressé au procureur d’un possible « pacte de corruption ». Les opérations successives de ventes à la découpe et de désengagement de la part de l’État ont été réalisées sous la pression d’intérêts financiers puissants, sans vision industrielle et sans souci de l’indépendance nationale. La nomination comme directeur de GE France d’un ancien conseiller du président Macron n’est pas de nature à rassurer sur les liens actuels entre le pouvoir politique et le pouvoir économique.
Départ d’une turbine de General Electric pour le Pakistan. Belfort, 6 Septembre 2016

CE QUE NOUS SOUTENONS
Une politique énergétique cohérente et efficace suppose au contraire que les projets industriels soient au niveau des prévisions concernant la transition écologique et qu’ils s’appuient sur le développement de l’emploi, des compétences, d’un outil industriel, sur une relation intime, et non prédatrice, avec la recherche et les services, et sur des coopérations avec les entreprises privées et publiques. L’enjeu immédiat est donc la préservation et le développement de la filière des turbines à gaz. C’est l’intérêt vital pour l’avenir du territoire, de ses salariés, de sa jeunesse, de ses habitants, de ses PME sous-traitantes. C’est l’intérêt du pays tout entier d’insérer son industrie dans une transition écologique réussie, en faisant en sorte que l’efficacité sociale et économique l’emporte sur le profit égoïste. Nous récusons les fausses solutions de la diversification qui sont avancées, parce qu’elles s’inscrivent dans un temps bien trop long. Ces pistes, quel que soit leur intérêt à moyen et long terme, ne permettent pas de préserver les compétences humaines et l’outil industriel, dont la disparition serait irréversible.

NOUS DEMANDONS
1.Un moratoire immédiat sur le plan de suppression des emplois et l’ouverture d’un véritable débat public et social, avec toutes les parties prenantes, mettant toutes les informations sur la table.
2. Un plan de développement industriel ambitieux de la filière, incluant R&D, formation, préservation des emplois et investissements, coopérations industrielles à l’échelle nationale et européenne, s’appuyant sur l’atout humain exceptionnel de Belfort, et la mobilisation de moyens financiers bancaires.
3. La dénonciation de l’accord de cession d’Alstom à GE de novembre 2014, que GE n’a pas respecté non seulement sur la création des 1000 emplois, mais aussi sur l’avenir du site de Belfort, qui devait assurer pendant dix ans les fonctions d’un centre mondial de décision, ce qui implique notamment :
– le retour en France de la propriété intellectuelle des brevets mis au point en France et la transparence sur les royalties et droits versés;
– l’annulation de la vente des parts d’Alstom dans les co-entreprises énergie détenues avec GE, puisque la « fusion » Alstom-Siemens ne s’est pas faite, et, pour la même raison, l’annulation du versement du dividende exceptionnel de 900 millions d’euros, toujours prévu pour juillet.
4.La création d’un comité de suivi démocratique, doté d’un pouvoir effectif de contrôle des engagements, incluant les représentants syndicaux, les élus locaux, et les représentants des partis politiques ayant participé aux commissions d’enquête parlementaires. C’est à ce comité, et non à GE, qu’il revient de décider de l’affectation des 50 millions d’euros d’amende pour non-respect de la promesse de création d’emplois.

DES SOLUTIONS EXISTENT, LE GOUVERNEMENT A DES LEVIERS POUR AGIR
La responsabilité de l’État dans la situation actuelle est évidente, sa responsabilité pour en sortir par le haut également. Si ce dossier pose à terme la question de la maîtrise publique sur nos secteurs économiques stratégiques, dans l’immédiat l’État doit intervenir au lieu d’accompagner les décisions de GE, et il n’est pas sans moyens d’actions pour le faire. GE vit en grande partie des commandes publiques, non seulement pour l’énergie, mais aussi pour les équipements des hôpitaux, les services aux collectivités locales. L’entreprise a perçu du CICE, du CIR (crédit d’impôts recherche) alors même que le groupe ne cesse de délocaliser des activités, y compris l’ingénierie. Les intérêts de GE en France, avec 17 000 salariés employés au total, sont importants. Il existe donc, avec de la volonté politique, des moyens de pression économiques. Les possibilités juridiques effectives existent de dénoncer le contrat de 2014, que GE n’a pas respecté, pour que la puissance publique reprenne la main sur les orientations stratégiques du secteur de l’énergie. Il est temps de mettre un coup d’arrêt à des décisions qui nous emmènent un peu plus vers le point de non-retour des technologies et capacités industrielles fondamentales de notre pays. Pour retrouver la voie d’une véritable politique industrielle et de services au service des besoins sociaux et écologiques de notre pays, et de nos territoires, nous voulons contribuer à imposer d’autres choix que ceux d’une industrie soumise aux exigences de la finance. Notre argent et celui de nos banques doit servir à autre chose.

Pour signer cette cet appel, écrire à revue.progressistes@gmail.com (indiquer prénom, nom, fonction ou qualité) ou aller sur ce lien : https://framaforms.org/generalelectric-1560508350 

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