Quelle est la position du GIEC sur le nucléaire?, François-Marie Bréon*

Le nucléaire civil est une des énergies qui émet le moins de CO2. C’est un fait reconnu par la communauté scientifique mondiale. Les appréciations du GIEC vont aussi dans ce sens.   

*François-Marie BRÉON est physicien-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, auteur du 5e rapport du GIEC.


LE GIEC ET LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE 
Le GIEC a été créé en 1988 pour établir un constat scientifique sur les questions liées au changement climatique. Ses auteurs, sélectionnés dans le monde scientifique, rédigent des rapports qui sont eux-mêmes expertisés par une communauté large. L’objectif des rapports est donc bien de faire une synthèse, en indiquant les points qui font consensus et ceux qui ne le font pas dans la communauté scientifique.

Il est admis depuis plusieurs décennies que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) conduisent à une augmentation de sa concentration dans l’atmosphère. Le CO2 étant un gaz à effet de serre, cette augmentation conduit à une hausse des températures dans l’atmosphère avec de multiples répercussions. Les analyses des climatologues permettent de quantifier le changement climatique lié aux émissions de CO2 et d’en anticiper les conséquences.
Ces études montrent que, si les émissions de CO2 ne diminuent pas rapidement et fortement, on s’achemine vers un changement climatique de très grande ampleur. En effet, les simulations indiquent qu’on pourrait avoir en un siècle une évolution des températures comparable à ce qui s’est produit en 10000 ans lorsque la Terre est sortie de la dernière période glaciaire.

C’est donc une évolution 100 fois plus rapide, à laquelle de nombreux écosystèmes ne pourront pas s’adapter.  

LES ÉNERGIES BAS CARBONE 
Il apparaît donc nécessaire, pour limiter le changement climatique, de diminuer fortement et rapidement les émissions de CO2. Dans le monde, plus du tiers des émissions de CO2 sont induites par la production d’électricité. En effet, de nombreux pays, à commencer par la Chine et les États- Unis, mais aussi l’Allemagne, brûlent du charbon pour faire tourner les turbines qui produisent de l’électricité.

D’autres pays préfèrent le gaz dit « naturel ». Celui-ci a l’avantage de conduire, pour une quantité donnée d’électricité, à des émissions de CO2 inférieures à celles liées à l’usage du charbon. Mais ces émissions sont loin d’être nulles.

L’énergie nucléaire n’émet pas de CO2 directement, mais indirectement (construction de la centrale qui nécessite acier et béton, extraction du minerai, déconstruction…). Même en tenant compte de ces émissions indirectes, le nucléaire est une énergie dite « bas carbone », au même titre que les énergies renouvelables: hydraulique, éolien, solaire photovoltaïque.

Il est donc logique que le GIEC évalue le potentiel du nucléaire pour limiter le changement climatique. Dans son dernier rapport, paru en 2014, il identifie trois technologies bas carbone, donc climato-compatibles, pour produire de l’électricité: le nucléaire, les énergies renouvelables et les centrales à combustible fossile avec capture du carbone.
Ce dernier processus consiste à continuer à utiliser le charbon ou le gaz naturel et à capturer le CO2 produit par la combustion et en l’injectant dans le sous-sol… en espérant qu’il y restera.

Le GIEC insiste sur la nécessité de développer rapidement ces trois technologies et de les substituer à l’utilisation classique du charbon et du gaz. Il insiste aussi sur le fait qu’aucun scénario ne permet une stabilisation du climat sans un passage aux productions d’électricité bas carbone. Il défend donc le nucléaire comme étant une de ces options.

Cependant, le GIEC rappelle les difficultés d’acceptation du nucléaire et mentionne que certains scénarios permettent de se passer des énergies fossiles et du nucléaire. Il ne prend pas parti en faveur de l’une ou de l’autre des options.

ATTITUDE VIS-À-VIS DU NUCLÉAIRE
La position du GIEC peut se résumer ainsi : « L’énergie nucléaire est une technologie mature pour produire une énergie de base à faible émission de CO2, mais sa contribution relative à la production électrique a diminué depuis le maximum de 1993. L’énergie nucléaire pourrait apporter une part croissante à la production d’énergie bas carbone mais il existe plusieurs obstacles et des risques. »

C’est donc une reconnaissance du potentiel de cette technologie, mais on ne peut certainement pas y voir un soutien franc et massif.
Comme dit plus haut, le GIEC a identifié, dans la littérature scientifique, des scénarios dans lesquels la production électrique se fait sans émission de CO2 et sans avoir recours au nucléaire. Cependant, ces scénarios reposent sur des hypothèses de développements technologiques qui peuvent paraître très optimistes. Ils reposent aussi sur la technologie de capture du carbone associée à une poursuite de l’utilisation des combustibles fossiles. On peut être dubitatif, inquiet même, sur cette technologie qui injecte dans le sous-sol des quantités considérables de dioxyde de carbone (on parle de plusieurs milliards de tonnes par an). Curieusement, cette perspective ne rencontre pas la même opposition que celle visant à enfouir des déchets nucléaires sur quelques sites bien choisis.

Le GIEC reconnaît que, si on s’interdit l’utilisation des combustibles fossiles avec capture du CO2, l’option nucléaire devient strictement nécessaire. Certains climatologues sont beaucoup plus fermes que le GIEC dans une position pronucléaire.

C’est, par exemple, le cas de James Hansen, l’ancien directeur (aujourd’hui retraité) du centre de recherche de la NASA sur le climat (le GISS, à New York), qui alerte la communauté inter nationale et le monde politique sur le danger du changement climatique. Avec des collègues, il a écrit des articles et des tribunes appelant à un développement rapide de l’énergie nucléaire. Ils rappellent que le nucléaire, en se substituant au charbon (qui reste la première source de production d’électricité), a évité de l’ordre de deux millions de morts par réduction de la pollution atmosphérique, un chiffre à comparer aux quelques milliers de victimes de l’accident de Tchernobyl (1).

Aujourd’hui, le choix est entre un risque certain, mais diffus et lointain (le réchauffement climatique), et un risque potentiel, mais qui apparaît plus effrayant pour une population qui est le plus souvent ignorante sur la nature et les effets de la radioactivité.

Il n’y a pas de vérité ni de consensus sur la question. Il est donc logique que le GIEC ne prenne pas une position ferme.

(1) Ce chiffre de quelques milliers de victimes pour l’accident de Tchernobyl tient compte de l’ensemble des décès, ceux des liquidateurs qui sont intervenus sur la centrale et ceux de l’ensemble des populations qui ont été exposées à une radioactivité additionnelle. Il est établi par une agence de l’ONU, l’UNSCEAR, qui fait exactement le même travail que le GIEC, à savoir une synthèse des résultats scientifiques. Il n’y a aucune raison de faire confiance aux écrits du GIEC et pas à ceux de l’UNSCEAR.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.