Brèves (N°20)

LES CHLOROFLUOCARBURES SONT DE RETOUR, LA COUCHE D’OZONE EST MENACÉE
On en parle moins que du CO2 ou du méthane, pourtant les chlorofluocarbures, dits CFC, sont un acteur puissant du réchauffement climatique. Il y a vingt ans, ils représentaient 10 % du réchauffement climatique lié à l’activité anthropique. Le Protocole de Montréal, qui vise à réduire le recours à des substances appauvrissant l’ozonosphère et qui fut signé par vingt-quatre pays plus la CEE, les a interdits en 1987. Le trou de la couche d’ozone avait dès lors fortement diminué. Or, dans une étude publiée en mai 2018 dans la revue Nature, la diminution du CFC apparaît bien moins forte depuis 2012 que lors de la décennie 2002-2012. Selon les scientifiques, « les preuves suggèrent fortement des émissions de CFC-11 en hausse dans l’est de l’Asie après 2012 ». La résurgence du CFC remet en cause la précaire réparation de la couche d’ozone.


RUSSIE : LANCEMENT D’UNE CENTRALE NUCLÉAIRE FLOTTANTE
Achevée dans les chantiers navals de la Baltique (Saint-Pétersbourg) la centrale Akademik Lomonosov, un bâtiment de 144 m de long pour 30 m de large, a pris la mer en avril 2018. Remorquée dans un premier temps à Mourmansk, elle subira d’ultimes tests techniques de sécurité une fois le combustible nucléaire chargé. L’Akademik Lomonosov comprend un duo de réacteurs nucléaires d’une puissance unitaire de 35 MW, soit des unités similaires à celles alimentant les brise-glace.

Plus petits que ceux des centrales terrestres, ces réacteurs peuvent fonctionner en continu, sans recourir à un approvisionnement en combustible pendant deux à trois ans.

Cette centrale va venir suppléer l’ancienne centrale nucléaire de Bilibino ainsi que la centrale au charbon de Pevek, à Chaunsk. Avec une durée de vie estimée à quarante ans, la centrale est promise à un avenir certain. L’entreprise publique Rosatom planche d’ores et déjà sur une deuxième génération de centrales flottantes, plus puissantes. Sans enceinte de confinement, cette centrale est critiquée. Dans le dernier Atlas économique de la mer, un hors-série de l’hebdomadaire le Marin, le nombre de sous-marin d’attaque, majoritairement à propulsion nucléaire, est estimé à 490, et à 40 le nombre de sous-marins lanceurs de missiles nucléaires. Ces derniers peuvent chacun embarquer de 6 à 16 missiles avec plusieurs têtes nucléaires. L’innovation nucléaire civile, plus dangereuse que l’Armageddon nucléaire militaire ?


Le tourisme de masse explose, ses retombées climatiques aussi
L’essor du tourisme mondial impacte profondément les sociétés. On ne compte plus les retours d’expériences amers de l’ouverture au tourisme: chocs culturels, arrivées massives et éphémères de consommateurs, tension sur les équipements et les ressources.

Des chercheurs australiens, chinois et indonésiens estiment aujourd’hui que le tourisme est responsable d’environ 8 % du total des émissions de gaz à effet de serre dont l’homme est responsable. Un chiffre qui met à jour les estimations jusque-là disponibles, qui fixaient ce taux dans une fourchette de 2,5 % à 3 %, un taux semblable à celui du transport maritime.

Dans des pays insulaires, comme les Seychelles, les Maldives, Maurice ou Chypre, qui constituent des destinations exotiques très prisées des vacanciers, le tourisme de masse génère « de 30 % à 80 % » des émissions nationales de CO2.


Le monde noyé sous les données
Le professeur Eric Fullertron, en clôture du World Materials Forum, qui s’est déroulé à Nancy fin juin 2018, incitait fortement à baisser la consommation énergétique liée au stockage de nos données.

Et pour cause, les seuls data centers états-uniens consomment à l’année 90 milliards de kilowattheures, soit la production de 34 centrales électriques d’une capacité de 500 MW chacune. Pour comparaison, la data de Google consomme autant d’électricité que la ville de San Francisco.

Le volume stocké dans le monde s’élevait en 2017 à l’étrange chiffre de 15 zettabits (480 térabits par seconde!).

Un dernier chiffre pour vos datas : c’est en 2002, quand le film les Deux Tours de Peter Jackson sortait (déjà!) en salles et qu’il n’y avait pas (encore!) besoin de consultation entre les deux tours pour savoir si on votait contre Le Pen, que la proportion du stockage numérique de données a dépassé le stockage analogique.


Nouvel esclandre antivaccinal
Henri Joyeux, dont les propos antivaccins lui valent de nombreuses critiques, s’est félicité de la décision de la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins. Cette dernière a annulé la radiation du praticien si controversé, tant ses propos antivaccins participent à répandre les rumeurs sur la vaccination. « Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que j’ai raison ! » s’est réjoui le médecin Joyeux.

Pas moins de six académies scientifiques ont donc tenu à rappeler face à tant d’obstination que « la liberté d’expression a des limites et [qu’]elle n’excuse en rien les allégations irresponsables de certains professionnels de santé ». Alors que la couverture vaccinale est défaillante en France et que la rougeole a prouvé il y a encore peu de temps qu’elle tue, de tels propos participent à mettre en danger le public.


L’hydroélectrique français face à la concurrence
L’hydraulique, première des énergies renouvelables, représentait 10 % de la production d’électricité française en 2017. Les grosses concessions – qui sont nombreuses à arriver à échéance ces prochaines années – devraient attirer aussi bien des groupes français, comme Direct Énergie, racheté par Total, qu’étrangers, comme le suédois Vattenfall ou le canadien Hydro-Québec. Donc, l’ouverture prochaine à la concurrence des barrages hydroélectriques de France se profile.

Les pouvoirs publics ne disent mot, mais il se murmure, selon la CGT et des députés qui suivent ce dossier, qu’ils auraient proposé à l’Europe une mise en concurrence de certaines concessions dès cette année 2018, en plafonnant les lots que peut remporter une entreprise. De fait, la place d’EDF serait limitée à l’avenir.

« EDF souhaite pouvoir candidater au renouvellement de l’ensemble de ses concessions et pouvoir les gagner le cas échéant », annonce Yves Giraud, directeur de l’hydraulique à EDF. Pour lui, il faut « que soient prises en compte les spécificités de l’hydraulique, parce qu’un barrage, ça n’est pas seulement de la production d’électricité, c’est la sûreté du barrage, la gestion des crues, la gestion de l’eau – qui devient essentielle dans un contexte de changement climatique – et c’est de l’aménagement du territoire ». En effet, les services publics liés à l’eau sont nombreux : irrigation, tourisme, lutte contre les inondations, navigation ou refroidissement des centrales nucléaires.

La France n’est pas obligée de se lancer dans l’ouverture de ses concessions et pourrait très bien légiférer pour « confier cette mission d’intérêt général à une, deux, trois entreprises, les opérateurs historiques, qui ont toujours très bien fait le travail », estime ainsi Fabrice Coudour, de la CGT, qui participait à l’occupation de sites en 2018.


DES DATA CENTERS IMMERGÉS POUR LIMITER LEUR IMPACT ENVIRONNEMENTAL
Après des premiers essais, en 2016, dans l’espace maritime de la Californie, c’est désormais dans les îles d’Orcades (Écosse) que Microsoft porsuit son expérience d’immersion de data centers. Désormais, il s’agit de tester grandeur nature et en conditions réelles un data center sous l’eau.

Concrètement, un socle d’amarrage retient le data center au fond océanique et un échangeur de chaleur régule la température. C’est une grande chaîne des domaines d’excellence industriels français qui a été mobilisée : Indret, près de Nantes, pour le design, Cherbourg pour les tests, Lorient pour la fabrication de la station d’amarrage, Brest pour la fabrication de l’enveloppe pressurisée.

Deux avantages se profilent. D’une part, étant donné que la chaleur massique de l’eau est plus grande que celle de l’air, l’énergie calorifique qui émane des ordinateurs se dissipe plus aisément, et ce avec une hausse moindre de la température. D’autre part, notre « planète bleue » offre un avantage naturel de localisation de data centers immergés : ils peuvent se localiser à proximité des utilisateurs et des câbles sous-marins qui acheminent les données. Ainsi, l’énergie consommée est moins importante.

Moins de vidéos, de chats ou de stories en direct du président Macron dans ses déplacements visionnés sur les réseaux sociaux permettent également de limiter l’impact environnemental du Net.


LA MÉDECINE PRÉDICTIVE À UN TOURNANT ÉTHIQUE
La médecine prédictive se fonde sur l’analyse génétique permettant de détecter, comme un scanner, dans les gènes des probabilités fortes de maladies contre lesquelles il est possible de lutter. Prévoir le risque et avoir la capacité d’agir dessus, c’est l’ambition de cette spécialité.

« Le fait de savoir doit diminuer l’impact de la maladie annoncée », affirme le professeur Dominique Stoppa-Lyonnet, considérant que « derrière ce concept, une prise en main par [les] personnes elles-mêmes de leur futur médical est cruciale ». La médecine prédictive se trouve aujourd’hui face à un risque de dérive fondamentale: celui de l’eugénisme. La médecine prédictive pour l’enfant à venir est une question sociétale qui est désormais posée sur la table: on peut éviter une mucoviscidose pour l’enfant. Faut-il un recours plus simple et courant à ce type de médecine ?

Une raison de plus de regarder l’excellent film Bienvenue à Gattaca (Andrew Nicol, 1997).  

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