La chimie, un secteur essentiel à nos vies, André Mondange*

Affirmation osée et péremptoire au vu des catastrophes que l’industrie chimique a pu provoquer dans l’histoire, aussi bien en France que dans le reste du monde ? Certes, la chimie est une industrie à risques, mais absolument nécessaire à la vie. Et le zéro risque n’existe pas.

*ANDRÉ MONDANGE est syndicaliste.


La plus grande plate-forme de production chimique de France se situe à Roussillon (1), dans la vallée du Rhône, avec 1 800 salariés à l’oeuvre. La problématique de la sécurité et de la protection de l’environnement est le souci prioritaire des salariés de cette industrie ; faut-il rappeler que, se trouvant en première ligne, en cas de problème ce sont eux qui seraient les premières victimes ? À l’origine de la plate-forme de Roussillon est le groupe Rhône Poulenc. Lorsque le groupe disparaît par suite de ventes et cessions, celle-ci a été réorganisée, et ce n’est pas moins de 17 entreprises indépendantes, dont 6 classées Seveso, qui y sont présentes. Un groupement d’intérêt économique (GIE, 280 salariés), dans lequel je suis salarié, a été créé, avec pour vocation de vendre des prestations (laboratoires, fluides, inspections, magasinage, santé, maintenance, instrumentation électricité, santé au travail, sureté-sécurité-environnement, etc.) aux différentes entreprises productrices installées sur la plate-forme – des prestations obligatoires et des prestations optionnelles. La santé au travail, la sûreté, la sécurité et l’environnement sont des prestations obligatoires pour toutes les entreprises de la plateforme (service sécurité 43 salariés, dont 36 pompiers permanents, service environnement 6 salariés). Cette organisation de mutualisation des moyens, qui a maintenant une vingtaine d’années, s’est avérée judicieuse, efficace et sans nul doute optimale en termes de sécurité, de sûreté et de protection de l’environnement. Elle est une référence dans toute l’industrie chimique française – qui devrait faire école – et a été un argument majeur pour la venue en 2016 de l’entreprise Hexcel, fabricant de fibres de carbone (200 millions d’investissement et création de 120 emplois directs), avec l’objectif de créer une deuxième unité dans quelques années. Cela ne s’est pas fait tout seul, bien sûr : les organisations syndicales et les CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail) ont souvent dû lutter pour garder et développer les moyens nécessaires en termes de salariés compétents, matériels et investissements pour la sécurité de tous. Depuis trente-sept ans que je suis salarié sur cette plateforme, j’ai connu plusieurs conflits avec grève dans ce cadre-là. Dans les années 1980, nous avons eu un incendie important: un bâtiment de stockage de produits chimiques qui a provoqué une pollution du Rhône; à la suite de cela, nous avons enfin obtenu ce que nous exigions depuis longtemps: un bassin « grand sinistre » (bassin de rétention, 15000m3) et une station d’épuration. La population a souvent du mal à avoir une vue objective de l’industrie, et tout particulièrement de l’industrie chimique: on ne parle d’elle que lorsqu’elle pue, pollue, explose et tue. Et pourtant elle soigne, soulage, guérit… Elle est indispensable à la vie. C’est à nous, citoyens, qu’il revient de choisir si nous la mettons au service de la mort ou de la vie. Les organisations syndicales avec les CHSCT de l’industrie chimique sont la référence et l’outil indispensable pour un développement durable et humain face à des patrons actionnaires avant toutes autres considérations, et aussi parfois à des écolos intégristes qui parlent beaucoup avec une très mauvaise connaissance du terrain. Malgré tout, la population qui vit depuis des décennies autour de l’industrie chimique, qui y a parfois travaillé, en mesure, elle, les risques, les inconvénients, les avantages à leur juste valeur, et surtout elle constate que le territoire a trouvé un équilibre harmonieux de développement entre l’industrie, l’arboriculture et le respect de la biodiversité. Dans un pays comme la France, qui a une vocation industrielle avec un système où l’argent fait souvent loi, nous devons nous poser ces questions fondamentales: De quelle croissance avons-nous besoin et au service de qui ? Voulons-nous produire et consommer autrement et dans quelle condition ?

(1) Photo à la une de l’article: À Roussillon, 1800 salariés travaillent sur la plus grande plateforme industrielle de France. Comment y est assurée la sécurité ?

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