De jeunes femmes à l’assaut des sciences et des techniques, Entretien avec Mélissa BITTON*

Le concours To-Elles, en partenariat avec GDF Suez, Talents Optimistes et Femmes & Sciences, a vocation à valoriser les enjeux scientifiques et techniques contemporains auprès des nouvelles générations, et en particulier auprès des jeunes femmes. Il s’agit de présenter un projet alliant exigence de la recherche scientifique et pédagogie du contact avec les lycéens.  

*Mélissa Bitton est lauréate du concours T0-Elles et étudiante en première année à l’EIDD



Progressistes: Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter votre parcours et la démarche qui a été la votre pour ce concours ? 

Je suis en première année à l’EIDD (École d’ingénieur de l’université Denis-Diderot), au campus de l’université Paris-VII, en spécialité architectures des systèmes physiques. Cette spécialité est orientée vers les systèmes complexes, c’est-à-dire ceux que l’on retrouve dans les domaines de télécommunications ou des transports. Avant cela, j’ai suivi pendant deux ans une classe préparatoire pour avoir le temps de réfléchir à l’école que je souhaitais intégrer par concours. Après le bac, il m’était difficile d’avoir une idée certaine de ce que je voulais faire, car beaucoup de matières ne sont pas abordées en lycée, comme l’informatique, par exemple. Et parfois, celles que l’on abordait l’étaient de manière trop peu concrète pour être considérées comme la base d’un futur métier. C’est aussi pourquoi j’ai participé à ce concours : les sciences en général sont mal aimées au collège et au lycée, elles ne sont pas bien transmises. On oublie trop souvent qu’elles sont un outil et non un but. En présentant la supraconductivité aux lycéens, nous avons voulu leur montrer que même quelque chose qui peut sembler compliqué au premier abord peut être vulgarisé et se révéler ludique, intéressant et très concret. Grâce aux expériences que nous avons effectuées et filmées au laboratoire du lycée Condorcet (1), nous leur avons montré quelques applications de la supraconductivité. Et quoi de mieux que la lévitation pour éveiller la curiosité des jeunes ? 

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Progressistes: Qu’est-ce que la supraconductivité ? 

À très basse température, les propriétés électriques et magnétiques de certains matériaux changent radicalement. Ils deviennent supraconducteurs : ils n’opposent plus aucune résistance au passage du courant électrique et expulsent les champs magnétiques. Ainsi, lorsqu’on en place un dans de l’azote liquide (– 196 °C) et que l’on dispose un aimant au-dessus, il devient supraconducteur et « piège » le champ magnétique de l’aimant, en le faisant léviter au-dessus de lui. Après avoir vulgarisé et expliqué son fonctionnement aux lycéens, on leur a présenté les applications possibles, telles que l’IRM, le Magsurf, etc. L’avantage certain de cette technologie est la vitesse et la sûreté, pour le Maglev au Japon, par exemple. C’est un train qui ne peut pas dérailler du fait de ce phénomène, et comme il lévite au-dessus des rails, il n’y a aucun frottement. Sa vitesse peut atteindre 602 km/h, un record! Pour freiner, il utilise des électroaimants. Cela peut être une solution écologique, pour parcourir de très grandes distances. Je suis convaincue qu’en présentant la science sous un angle concret et passionné, on créerait plus de vocations chez les jeunes.

Progressistes: Que retenez-vous de cette expérience, pour ce qui est de la place des femmes dans le monde scientifique ? 


Évidemment, nous avons beaucoup appris de ce concours To-Elles : comment mener un projet, vulgariser nos connaissances, faire des expériences, se créer un réseau professionnel, etc. Notre approche était de lier le monde de la recherche, de l’enseignement aux professionnels. On a aussi constaté, à travers notre démarche, qu’il y avait peu de jeunes femmes dans le domaine scientifique, à commencer parmi les élèves du secondaire. On a fait quelques statistiques sur ceux que nous avons rencontrés, et il s’avère qu’il y a plus de garçons que de filles en S, car celles qui choisissent cette filière le font parce qu’elles sont sûres de vouloir aller dans un domaine postbac qui nécessite d’avoir fait S, les autres s’autocensurent. Les garçons, quant à eux, y vont plus dans l’optique de ne se fermer aucune porte, peu importe ce qu’ils comptent choisir comme débouché. Actuellement, dans un souci de parité, on ne compte plus les grandes entreprises qui font la promotion du nombre de femmes dans leur personnel, c’est la mode ! Cependant, en y prêtant un peu plus d’attention, on remarque rapidement qu’elles sont certes dans des domaines très scientifiques, mais que pour la plupart elles y assurent des tâches administratives. Avoir une égalité relative des sexes dans une entreprise, même si elle n’est pas stricte, me semble normal ; en faire la promotion n’est pas un atout comme on tend à nous le faire croire. D’ailleurs, à notre échelle, j’ai noté qu’à Condorcet la parité était respectée. La seule chose que j’ai déplorée dans ce concours fut le manque de suivi de la part des organisateurs, à croire que tout ce qui importait était la publicité.

(1) Voir commentaire de Mélissa ci-dessous nous signalant une erreur

2 réflexions sur “De jeunes femmes à l’assaut des sciences et des techniques, Entretien avec Mélissa BITTON*

  1. Une erreur s’est glissée dans votre article.
    Dans l’avant dernière phrase du 1er paragraphe  » Grâce aux expériences que nous avons effectuées et filmées au laboratoire du lycée Condorcet… », ce n’est pas du lycée Condorcet dont il s’agit mais du laboratoire dans le bâtiment Condorcet de l’Université Paris Diderot, que l’on raccourci communément par le « laboratoire Condorcet ».
    Merci par avance pour cette rectification.

    • Bonjour,
      D’abord merci pour le signalement de cette erreur dont on peut supputer qu’elle vient d’un problème de mise en page de la version papier, obligeant par exemple à quelques raccourcis.
      Cet article du Blog reproduit par définition celui de la version papier et prolonge donc l’erreur signalée.
      Je vais rajouter une note dans l’article pour signaler votre commentaire.
      Toutes nos excuses pour ce défaut!

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