FRANCE : DÉVELOPPER L’USAGE DE LA CHALEUR RENOUVELABLE, HERVÉ NIFENECKER*

L’utilisation des énergies renouvelables pour atteindre les buts affichés d’économie et de préservation du climat est déjà très largement étudiée. Il reste à trouver et/ou à imposer la volonté politique de faire appliquer ces recherches. Hérvé Nifenecker nous livre ici ses réflexions. 

*HERVÉ NIFENECKER est président d’honneur de Sauvons le climat.

BAISSER EFFICACEMENT LES ÉMISSIONS DE CO2

François Hollande a fait de la transition énergétique une pierre angulaire de son quinquennat ; ce qu’elle pourrait être reste cependant à préciser. Un débat sur l’énergie a été convoqué pour aider le gouvernement à arrêter des choix rationnels. Compte tenu de l’état de l’économie française, souffrant, entre autres, d’une balance commerciale largement déficitaire, toute politique énergétique doit faire l’objet d’une optimisation économique. Il est donc souhaitable que le développement des énergies renouvelables se traduise par une nette réduction de notre consommation de combustibles fossiles, ce qui contribuerait de façon importante à la diminution des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. La France s’est engagée à couvrir 23 % de sa consommation d’énergie finale à l’aide d’énergies renouvelables. La production de chaleur renouvelable est une méthode efficace qui permettrait d’atteindre cet objectif à un coût modeste. En diminuant la consommation de combustibles fossiles, et donc les émissions de CO2, ce qui devrait être l’objectif final de la transition énergétique, la balance commerciale de la France serait grandement améliorée.

L’habitat et le tertiaire sont de gros consommateurs de combustibles fossiles : 7 Mtep (80 TWh) de fioul et 18 Mtep (210 TWh) de gaz pour un montant supérieur à 16 milliards d’euros par an, contribuant au déficit de notre balance commerciale. Ces combustibles fossiles représentent 16 % de la consommation énergétique finale. En les remplaçant d’ici à 2030 essentiellement par des énergies renouvelables (et, pour le reste, par de l’électricité faiblement carbonée), on pourrait atteindre les 23 % des énergies renouvelables dans la consommation finale, sachant que la part actuelle des énergies renouvelables est de 12 %. On constate que, dès maintenant, l’utilisation de la chaleur solaire pour la production d’eau chaude sanitaire, de la biomasse dans des chaudières performantes et de la géothermie de surface par des pompes à chaleur est plus compétitive que les systèmes fonctionnant au gaz et au fioul.

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L’habitat et le tertiaire sont très consommateurs de combustibles fossiles – fioul et gaz – pour un montant supérieur à 16 milliards d’euros par an, contribuant au déficit de la balance commerciale.

Plutôt que subventionner l’achat de systèmes (pompes à chaleur, chaleur bois, chauffe-eau solaire), solution onéreuse conduisant souvent à des effets d’aubaine pour les vendeurs, il serait préférable de décourager l’achat de chaudières à gaz ou à fioul, et ce soit en les mettant hors normes, soit en instituant un système de bonus-malus à l’achat.

La durée de vie des chaudières gaz et fioul est de l’ordre de vingt ans, donc la plupart d’entre elles pourront avoir disparu d’ici à 2035. Les importations de combustibles auront été réduites de plus de 10 milliards d’euros par an sur la base des tarifs actuels, l’émission annuelle de 100 Mt de CO2 aura été évitée, et l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale sera atteint sans qu’on n’ait eu à recourir au développement ruineux de la production d’électricité par des renouvelables intermittents.

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La RT2012 (réglementation thermique 2012) favorise l’usage du gaz. L’amender est une nécessité.

LES RESSOURCES POUR LA PRODUCTION DE CHALEUR

Le soleil peut être utilisé pour la production de l’eau chaude sanitaire (ECS). La consommation d’énergie pour la production d’eau chaude est d’environ 50 TWh, elle devrait atteindre 55 TWh en 2020. Or le soleil pourrait en fournir les 3/4, soit environ 40 TWh/an.

Les besoins de chauffage atteignent 380 TWh : 45 TWh fournis par l’électricité, 95 TWh par le bois et 240 TWh par les combustibles fossiles. L’usage du bois pourrait fortement augmenter, en particulier dans les réseaux de chaleur, et permettre la fourniture de 120 TWh/an supplémentaires, en veillant à ce que les nouvelles installations obéissent aux normes les plus strictes en ce qui concerne les émissions polluantes (oxydes d’azote, dioxines, poussières…).
Les sondes géothermiques, enfin, captent la chaleur du sol des terrains traversés. Associées aux pompes à chaleur, elles autorisent le chauffage des habitations individuelles et d’immeubles collectifs. Des installations bien dimensionnées permettent d’atteindre, et même de dépasser, un coefficient de performance de 3, soit 1 kWh électrique consommé pour 3 kWh de chaleur. Peuvent être ainsi fournis 80 TWh (7 Mtep), la géothermie se substituant à des installations existantes qui ont recours au gaz, au fioul ou au charbon. La consommation d’électricité associée serait de l’ordre de 25 TWh. Cette contribution, avec celle du bois, permettrait de ne plus recourir aux combustibles fossiles pour le chauffage et la production d’ECS (240 TWh sur un total de 290 TWh, le solde pouvant facilement être fourni par l’efficacité énergétique et l’électricité directe).

UNE STRATÉGIE POUR « SORTIR DES FOSSILES »

La première mesure à prendre serait d’amender la RT2012 (réglementation thermique 2012), qui exige que la consommation d’énergie primaire des logements neufs soit limitée à moins de 50 kWh/m2/an. Ainsi, un logement de 100 m2 chauffé au gaz consommerait 5 000 kWh/an, produisant 1 000 kg de CO2 par an. Avec une conversion de 2,58 entre énergie primaire et énergie finale, le logement chauffé à l’électricité ne pourrait consommer que 1 940 kWh/an. Dans le premier cas, on admet généralement que la production d’eau chaude sanitaire consommerait environ la moitié de la consommation totale, soit environ 2 500 kWh/an. On voit que l’usage de l’électricité ne permettrait pas même aux habitants de se laver à l’eau tiède. Il est donc clair que la mise en œuvre de la RT2012 exclut l’usage de l’électricité. C’était le but visé par les organisations qui ont eu un rôle déterminant dans la rédaction des lois du Grenelle. Si les normes portaient sur l’énergie finale et non sur l’énergie primaire, rien ne serait changé pour le gaz, mais l’usage de l’électricité resterait possible. Dans ce cas, la quantité de CO2 émis serait de l’ordre de 225 kg/an, soit 4,5 fois moins que dans le cas du gaz. Certains parlementaires avaient pris conscience de l’absurdité consistant à favoriser la technique la plus émettrice de gaz à effet de serre ; rien n’y a fait, et même les pompes à chaleur ont été exclues des logements neufs.

Il faut donc amender la RT2012 soit en définissant des normes en énergie finale, soit en ajoutant une contrainte sur les émissions de CO2, ce qui serait conforme à l’esprit de la loi Grenelle.

L’obligation d’achat de l’électricité produite par l’éolien et le photo- voltaïque est une pratique ruineuse qui n’offre aucun intérêt (sauf pour les industriels regroupés dans le Syndicat des énergies renouvelables [SER] et France Énergie éolienne), ni pour diminuer les émissions de CO2 ni pour améliorer la balance commerciale. La suppression des contrats futurs permettrait aux consommateurs d’économiser environ 70 €/MWh à l’horizon 2030, soit près de 28 milliards d’euros par an.

ÉTENDRE L’ASSIETTE DE LA CSPE

La CSPE (contribution au service public de l’électricité) a atteint 7 milliards d’euros en 2013. Elle a conduit à une augmentation de la facture d’électricité de 16 %. Il faudrait qu’elle soit payée également par les consommateurs de gaz et de fioul. Elle passerait alors à environ 10 % de la facture énergétique. Le prix de l’électricité diminuerait de 6 %, et celui du gaz et du fioul augmenterait de 10 %.

Il s’agit de définir des normes de consommation de combustibles fossiles par mégawattheure de chaleur produite telles que, en pratique, les chaudières au fioul et au gaz devront être retirées du marché du neuf. On l’a dit, la durée de vie des chaudières étant de l’ordre de vingt ans, le parc de chauffage serait pratiquement renouvelé d’ici à 2035.

Remplacer les combustibles pour la production de chaleur exclusivement par l’électricité demanderait d’accroître les besoins de celle-ci de 290 TWh/an, soit la production de près de 25 EPR à construire d’ici à 2030. C’est irréaliste !

Une augmentation du prix de l’électricité de 20 % rendrait compétitive la production de chaleur par les énergies renouvelables. Alternativement, des bonus pourraient être affectés aux techniques de production de chaleur renouvelable. Pour accélérer le mouvement, en particulier en faveur des chauffe-eau solaires, il serait très efficace de mettre hors marché ou de taxer à l’achat les chauffe-eau électriques. La produc- tion d’ECS en période de chauffe serait assurée essentiellement par les installations de chauffage, et en période bien ensoleillée essentielle- ment par des chauffe-eau solaires.

AMÉLIORER L’EFFICACITÉ DES FILIÈRES DE PRODUCTION RENOUVELABLE DE CHALEUR

En raison de normes trop strictes (pour les chauffe-eau solaires), d’un défaut d’approche industrielle des systèmes et d’un manque de rationalisation de la production des pompes à chaleur et des chaudières à bois, les coûts français sont notablement trop élevés. Il est nécessaire d’avoir une vision industrielle de ce secteur.
L’usage de la chaleur renouvelable est la voie la moins chère pour atteindre les objectifs que s’est fixés la France, et elle concourt en même temps, de manière très importante, à atteindre un autre objectif, celui de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 23 % par rapport à 1990. C’est aussi une voie qui réduit efficacement notre dépendance vis- à-vis du gaz et du pétrole. Elle permettrait d’économiser, annuellement, environ 10 milliards d’euros de combustibles fossiles à l’importation. Elle fournirait 6 millions d’années de travail en France, soit de l’emploi pour 300 000 salariés pendant 20 ans.
L’émission d’environ 100 Mt de CO2 par an, soit le tiers des émissions actuelles serait évitée.
Voilà ce que pourrait être l’amorce d’une vraie transition énergétique

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