DÉBAT SUR L’ÉNERGIE : ET SI ON Y METTAIT UN PEU DE CHALEUR… RENOUVELABLE, AMAR BELLAL*

 

 

*Amar Bellal est rédacteur en chef de Progressistes.

La production de chaleur est souvent la grande oubliée des débats autour de la transition énergétique. Dans les discussions, l’énergie se réduit à l’électricité, et on consacre peu de temps pour parler du gaz et du pétrole, qui représentent près des 75 % de notre consommation, principalement pour le chauffage et le transport. Les énergies renouvelables n’échappent pas à la règle : pour beaucoup, ce sont avant tout les énergies nouvelles – éolienne et solaire photovoltaïque – qui produisent de l’électricité ; on oublie au passage l’hydraulique, celle qui en produit le plus ; et quant aux énergies produisant de la chaleur, elles arrivent loin derrière. Une perception et un imaginaire qui se trouvent être l’exact inverse pour ce qui est de leur importance respective dans les bilans nationaux.

Les énergies renouvelables sont beaucoup plus efficaces dans la production de chaleur, et c’est pour cela qu’elles devraient être développées prioritairement dans ce domaine. De quoi parle-t- on ? De la biomasse, des déchets, de la géothermie, du solaire thermique, qui ont beaucoup moins de place dans les médias.

Ainsi, comparons les deux technologies solaires : d’une part, les très médiatisés panneaux photovoltaïques et, d’autre part, les chauffe-eau solaires.

D’un côté, nous avons des appareils produisant de l’électricité avec un rendement assez faible (ne serait-ce qu’au regard de l’énergie nécessaire à leur fabrication), et chers à un tel point que leur installation n’est possible que conditionnée à des montages financiers incluant le rachat – obligatoire et à un tarif très élevé – par EDF de leur production. Point donc d’autoconsommation pour les habitants, le photovoltaïque en est réduit à un vulgaire investissement financier.

De l’autre côté, nous avons les chauffe-eau solaires, avec une technologie assez rudimentaire, efficace et utilisée massivement dans le monde entier : il s’agit appareil constitué d’un simple réservoir d’eau de couleur noire, muni d’un peu de tuyauterie, qui, exposé au soleil, permet d’économiser autant d’énergie fossile. Pourtant, ces chauffe-eau restent encore très chers faute d’une production massive qui ferait baisser les prix, de sorte que leur coût se limiterait pratiquement à l’installation par des artisans.

Si les chauffe-eau solaires ne sont pas pris autant au sérieux que le photovoltaïque, c’est qu’il est difficile de faire des profits avec de l’eau chaude. Alors que revendre son électricité avec des tarifs garantis… la bonne affaire !

Autre exemple, le bois : il peut être utilisé directement dans des chaufferies collectives ou dans des chaudières individuelles. C’est efficace sur le plan environnemental à condition de bien gérer les ressources forestières et d’avoir des dispositifs filtrant les poussières des cheminées. Et pourtant, aujourd’hui des projets de centrales au bois fleurissent partout, non pas pour produire de la chaleur mais de l’électricité ! Et toujours la même motivation financière : avec la revente de l’électricité produite à tarifs garantis. Utiliser ainsi cette ressource est un vrai gâchis car les rendements sont médiocres, avec le facteur aggravant suivant : le bois est importé jusque d’Amérique du Sud ! Là encore il est question d’investissements très profitables sous couvert d’écologie pour une ressource renouvelable qui devrait être réservée à la production de chaleur. Mais difficile de vendre de la chaleur sur un marché, d’où l’orientation préférentielle des investissements.

Il faut sortir les énergies renouvelables des griffes du marché et les développer là où elles sont le plus efficaces en ayant pour critère l’intérêt collectif, et donc aussi celui de l’environnement. Mais point de dogmatisme ici, ceci vaut aussi pour le nécessaire développement des technologies nouvelles, photovoltaïque et éolien, produisant de l’électricité, sachant qu’il faut poursuivre les recherches visant à résoudre l’épineux problème du stockage.

Cette réflexion reste essentielle pour contribuer à répondre au droit à l’énergie partout et pour tous dans le monde, tout en faisant face à l’épuisement des ressources et en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

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