Risques et sûreté industriels : les collectivités directement concernées, Jérome Marcuccini

Risques et sûreté industriels : les collectivités directement concernées, Jérome Marcuccini

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Logée au cœur de la région Rhône- Alpes qui est la première productrice d’électricité en France, Grenoble se place sur le nœud hydroélectrique du bassin de l’Isère et de ses affluents. Cette situation a permis le développement d’une recherche de pointe, grâce à une capacité de mise à disposition quasi instantanée d’une puissance de 50 millions de watts/heure (50 Mwh): accélérateur de particules, expériences sur le magnétisme ou développement de la miniaturisation atomique, sont notamment aujourd’hui en place.

Toutefois, le fait que cette énergie soit 100 % propre ne doit pas cacher les risques, même minimes, liés à son exploitation. Parmis les sept barrages classés au PPI – Plan Particulier d’Intervention – de la Préfecture de l’Isère, cinq concernent directement l’agglomération de Grenoble et ses 405000 habitant-e-s. De fait, l’ouverture prochaine à la concurrence soulève de sérieuses inquiétudes, principalement dans le prolongement de la vallée du Drac où des opérateurs privés se verraient confier l’exploitation des barrages de Notre Dame de Commiers et du Monteynard.

LE RISQUE DE LA PRIVATISATION

Le PPI prévoit concernant ces deux sites, en cas de rupture, le déferlement d’une onde de front en 30 à 45 minutes avec des hauteurs d’eau estimées entre 10 et 12 mètres, donc une nécessité d’évacuer les habitant-e-s sur les hauteurs et, dans les immeubles, au-dessus du 5e étage. Dans un tel scénario, le sud de l’agglomération comprenant la ville d’Échirolles (36000 habitants), classé en zone de proximité immédiate, subirait une propagation rapide de l’onde de submersion comprenant de « lourds effets mécaniques », « des dommages et des hauteurs d’eau importants », une remontée des eaux en direction de Chambéry et une fin de zone d’inondation comprenantValence, soit 130km en aval des barrages et plus de 100 km en aval de Grenoble.

Certes, le plan préfectoral souligne l’importance des délais avant-coureurs d’une telle catastrophe. Il précise cependant que l’alerte est de la responsabilité directe de l’exploitant. Dans le cadre d’une ouverture à la concurrence, des groupes privés tels que Direct Énergie, E-ON, Alpiq, ENEL ou Vattenfall, pourraient venir remplacer les opérateurs traditionnels, principalement EDF et GDF. Attirés par les faibles investissements à réaliser sur des ouvrages rentabilisés depuis très longtemps ainsi que la perspective alléchante d’une forte augmentation des tarifs, ces groupes auront pour premier intérêt de satisfaire les marges et donc les dividendes de leurs actionnaires.

Quel contrôle public, quelle garantie de gestion des concessionnaires, et surtout, quelle garantie concernant le personnel de maintenance et d’entretien pouvons-nous attendre de groupes qui considèrent l’humain comme une variable d’ajustement de leurs taux de profit?

Dans ce débat – comme dans celui de la production nucléaire – la question de la gestion démocratique des risques demeure au cœur des préoccupations.

Nous ne pouvons nous en remettre à de prétendues garanties contractuelles, pas plus que nous ne pouvons demander à nos concitoyen-ne-s de se prononcer « pour » ou « contre » le maintien ou l’implantation de telles installations, sans débattre des conditions d’exploitation et de la transparence quant à leur mise en œuvre.

De fait, la question de l’intervention de la puissance publique dans le développement et la gestion des sites de production énergétique, du contrôle opéré par les élu-e-s et les collectivités sur les installations comme sur les opérateurs est seule à même de garantir le cadre de cette ambition. Dans le prolongement, le service public s’impose dès lors comme le modèle d’exploitation démocratique le plus cohérent, à condition d’être exempt de touteredevance envers les marchés financiers donc, de centrer ses missions sur l’intérêt public et, nécessairement, sur l’intérêt collectif.

Dans un pays où la demande d’énergie est croissante, au cœur d’un monde en développement, la nécessité d’investissements productifs est constante. Toutefois, il est illusoire de penser que sous la dictée de la commission européenne et du dogme de la réduction des déficits imposé par Giscard dès 1973, la collectivité pourrait s’en remettre seule à l’investissement privé. Celui-ci rime nécessairement avec production de dividendes et marges bénéficiaires. La facture en revient alors aux usagers, sur le plan financier comme sur le plan humain. Nous pouvons inverser ces logiques.

JÉRÔME MARCUCCINI est secrétaire fédéral du PCF de l’Isère, maire adjoint de la commune de Voiron, délégué aux déplacements, stationnement et qualité de l’air.

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