Ouverture des premières assises communistes de l’écologie, Hervé Bramy*

Après le discours d’introduction de Pierre Laurent, Hervé Bramy a ouvert ces premières assises communistes de l’écologie en brossant un tableau quasiment exhaustif du sujet. Voici une reproduction du texte publié sur le site du Congrès dans le chantier relatif à l’écologie.

*Hervé BRAMY est responsable de la commission Ecologie du PCF


Cher·e·s camarades, cher·e·s ami·e·s,

Nous sommes à veille du bicentenaire de la naissance de Karl Marx, le 5 mai 1818, à Trèves en Allemagne. Je vous propose de rendre hommage à l’écologiste avant l’heure qu’il fut, en le citant: « Le capitalisme ne se développe qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse: la Terre et le travailleur. »[1]

Nous sommes au cœur du sujet des assises communistes de l’écologie.
Car ce qui était vrai en 1867, au moment de la parution du livre 1 du Capital, reste toujours plus d’actualité.

Le capitalisme, aujourd’hui financiarisé et mondialisé, n’a jamais autant accumulé de capital, de marchandises et de richesses comme but final de son existence. Cette dénonciation structurante, au centre des travaux de Marx, invalide le procès en sorcellerie productiviste que lui font certains détracteurs. En effet, le concept de métabolisme, emprunté à Julius Liebig, a occupé une grande place dans ses écrits. Selon le philosophe Daniel Bensaid, chez Marx le métabolisme définit le procès de travail comme procès d’échange entre l’humain et la nature. C’est ce que confirment nos camarades Roland Charlionnet et Luc Foulquier dans une note de la Fondation Gabriel Péri intitulée « L’être humain et la nature, quelle écologie? » lorsqu’ils citent, à leur tour, Marx: « La société humaine (communiste) deviendra l’achèvement de l’unité essentielle de l’homme avec la nature, la vraie résurrection de la nature, le naturalisme accompli de l’homme et l’humanisme accompli de la nature». Ils ajoutent: « Ce naturalisme consiste en une approche complexe du rapport Homme / nature et notamment permet de servir de fondement à une critique de l’activité prédatrice humaine sur l’environnement ».

Ce point est essentiel. Car si Marx était productiviste, alors celles et ceux qui se reconnaissent dans ses thèses, encore aujourd’hui, le seraient tout autant. Nous réfutons ces allégations. Marx a été l’un des tout premiers à mettre en évidence la responsabilité du système capitaliste dans l’exploitation féroce des êtres humains comme de la nature.

Les êtres humains sont des éléments de l’écosystème planétaire. Certes, ils se distinguent par des propriétés spécifiques du reste du monde vivant. Nous sommes dotés de propriétés sociales ou socio-culturelles qui nous sont propres : le travail productif, la conscience réfléchie, le langage articulé.

Alors que le développement des connaissances et des richesses pourrait permettre de résoudre bien des maux de notre époque nous risquons, si rien n’est fait pour changer les règles actuelles, de conduire l’humanité à sa perte. Je dis bien l’humanité car la planète, elle, saura dans des conditions compliquées, s’adapter et  survivre. Les rapports des scientifiques se succèdent et parviennent tous à la même conclusion : ce sont les activités humaines qui provoquent les bouleversements que nous connaissons. Chacun·e d’entre-nous pressent effectivement que l’avenir de l’humanité se joue, aujourd’hui, en très grande partie, sur la relation qu’entretient l’humain à la planète traversés par les enjeux déterminants de la lutte de classe.

C’est pour cette raison que nous avons tenu à intituler ce chantier, inscrit dans la préparation du congrès de novembre : Écologie, enjeux de classe et projet communiste.

Il faut changer la marche du monde. Nous sommes au bord de l’anthropocène, cette période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la surface de notre planète, selon Paul Josef Crutzen[2].

Les communistes peuvent-ils se revendiquer d’être écologistes?

Cette question est loin d’être banale, tant les présupposés sur ce que nous sommes sont forts. Contrairement aux idées reçues que nous pouvons nous même parfois véhiculer, nombre d’adhérent·e·s participent à leur manière à des mobilisations sur le terrain environnemental. Trop souvent, ils et elles participent à des initiatives à l’invitation d’autres mouvements mais sans vraiment affirmer nos propres options écologiques.

C’est pourquoi, nous souhaitons que ces assises favorisent l’engagement « décomplexé » d’un plus grand nombre de militant·e·s communistes. Des communistes en aptitude de prendre des initiatives politiques de rassemblements sur tous les terrains environnementaux.

Car les communistes expriment sans ambiguïté leur envie d’écologie. Ils et elles souhaitent que cet enjeu essentiel prenne toute sa place dans le projet communiste du XXIᵉ siècle. C’est ce que les deux consultations, l’une citoyenne et l’autre militante, ont révélé. À chaque fois, « l’écologie » occupe une très bonne place parmi les priorités que les personnes interrogées souhaitent voir traiter de façon plus importante par le Parti. Or, les communistes sont comme tou·te·s les autres citoyen·ne·s; ils et elles formulent leur crainte d’un monde de moins en moins vivable. Là où ils et elles, vivent et travaillent, les communistes constatent les dégradations faites à la nature et aux êtres humains, en perçoivent les conséquences ainsi que la faiblesse des moyens qui y sont consacrés pour remédier à la situation.

Par contre, nous avons une contradiction à résoudre. En effet, lorsqu’on pose cette question aux Français: « parmi les mots suivants, quels sont ceux qui correspondent le mieux à l’image que vous vous faites du communisme, en France aujourd’hui ? »  le mot « environnement» n’est cité que par 2 % des personnes interrogées. Soulignons, tout de même, que le communisme est identifié à hauteur de 18% pour les biens communs. C’est  finalement encourageant pour l’avenir de notre combat.

L’enquête Viavoce réalisée pour le compte de la Fondation Gabriel Péri nous révèle également  que parmi les sujets dont il faudrait s’occuper en priorité dans la France d’aujourd’hui, l’enjeu environnemental recueille 33% d’opinions favorables.

Ce tableau livré sans fioritures est porteur d’un exigence : le besoin de travailler. De travailler sur nous mêmes afin de prendre de l’assurance sur nos propres parti-pris écologiques, de travailler à les rendre visibles dans notre rapport aux autres acteurs, pour que sans renier ce que nous sommes, nous puissions bâtir toutes les convergences possibles. Le nombre de communistes engagé·e·s dans cette démarche est un enjeu en soi, de l’organisation de proximité au national.

Car ce fossé n’est pas insurmontable dès lors que nous prenons des initiatives fortes et rassembleuses qui nous distinguent des courants de la pensée dominante.  Le 8 avril dernier, sur le barrage du Sautet, la chaîne humaine pour empêcher la privatisation des concessions hydrauliques, préserver le service public de l’énergie et l’eau comme bien commun a rassemblé près de 800 personnes dans la diversité : des élu·e·s et des militant·e·s de toutes sensibilités politique, des syndiqué·e·s, des collectifs citoyens. Le lancement de cette campagne nationale a trouvé d’autres prolongements, le jour même, dans l’Indre et les 21 et 28 avril sur deux barrages des Pyrénées. Nous avons potentiellement la capacité à débattre, à innover dans les formes d’actions et de contribuer aux convergences les plus larges.

Il est vrai que nous n’avons pas toujours su aborder le combat environnemental de bonne façon alors que cela devenait une préoccupation forte de la société. Nous l’avons trop souvent vécu comme un obstacle à la question sociale, notamment celle de l’emploi alors que nous avons toujours intégré cet enjeu dans nos textes d’orientation de congrès. Citons quelques exemples.

  • En 1974, lors du 21e congrès, nous écrivions : « La fabrication de produits fragiles, vite usés, la multiplication artificielle de certains produits appuyés par le matraquage publicitaire  ne peuvent plus se poursuivre maintenant dans les mêmes conditions de rentabilité »
  • en 1976, lors du 22e congrès: « Le capitalisme dégrade et gaspille la nature. La société que nous voulons mettra, au premier plan de ses préoccupations, la protection et la mise en valeur rationnelle de la nature, le maintien des équilibres écologiques, la préservation des liens des hommes avec la nature ».
  • En 2000, lors du 30e congrès: « Nous voulons conjuguer l’économique, le social et l’écologique. Nous rejetons tous les productivismes ».

Ces extraits caractérisent nos prises de positions de l’époque. Plus récemment, nous traitons les enjeux environnementaux de façon transversale. Fini le petit paragraphe dédié à l’écologie. L’écologie traverse nos options de transformation de la société, en lien avec chacune des alternatives à l’ordre du jour. C’est vrai pour l’emploi et la production ou tout autre approche.

Dans ce débat au long cours, les camarades de la commission Écologie ont joué, depuis les années 1970, un rôle déterminant. Permettez-moi de les remercier pour leur engagement constant.

Il reste cependant des questions auxquelles nous devons répondre.

Parmi les nombreuses suggestions du chantier écologie, l’une d’entre-elles affirme que nous devrions arrêter d’utiliser le mot écologie pour le remplacer par celui d’environnement au nom du fait que, je cite :« Le terme écologie a envahi le discours politique. À gauche, le NPA et le PS l’ont rehaussé au même niveau que le social dans leurs finalités, Génération.s, Ensemble! et La France Insoumise se sont créés sur la base de l’écosocialisme, certains parlent d’écologie sociale. En difficulté, le Parti suit le mouvement ». Fin de la citation. Ce débat est un sujet intéressant nous permettant de clarifier notre position.

 Qu’est-ce que l’écologie ?

L’écologie est d’abord une science, certes jeune, mais une science à part entière. Si la pensée écologique existe de longue date, on peut considérer que le mot est utilisé la première fois, en 1866, par le biologiste allemand Ernst Haeckel. Depuis, les connaissances se sont accumulées au croisement de plusieurs autres disciplines scientifiques.

Par exemple, dans le domaine de la biodiversité, les écologues (les chercheurs scientifiques de l’écologie) observent les êtres vivants et leurs écosystèmes, recensent les espèces et en découvrent de nouvelles (de l’ordre de 20 000 par an), lancent des alertes toujours plus pressantes et formulent des préconisations. Je pense également au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) au sein duquel des milliers de scientifiques du monde entier collaborent sur les conséquences des changements climatiques.

Lors des années 1970, les citoyen·ne·s ont investi le champ politique environnemental : création d’associations ou bien de formations politiques. Ces dernières ont satisfait, en priorité, les couches intermédiaires de la société. Depuis, toutes les formations politiques ont, peu ou prou, intégré cette problématique. De façon majeure à gauche, – devenant ainsi un axe central de réflexion sur la société – mais également à droite, voire à l’extrême droite, de façon plus éparpillée. L’écologie est devenue une valeur centrale de l’engagement à gauche, en plus des valeurs socio-économiques qui la nourrissaient[3]. Aujourd’hui, toutes les couches de la société, et en particulier les couches populaires, sont impactées par les périls que fait peser le capitalisme mondialisé et financiarisé. L’écologie politique a fait preuve de son utilité mais elle n’est l’apanage d’aucune formation en particulier. Dès lors, qui peut nier que l’écologie ne soit pas porteuse de sens politique et que nous ne pourrions pas en revendiquer l’utilisation?Disons les choses simplement : l’utilisation des deux termes est possible dans nos expressions ; ne nous privons de les employer.

L’écologie est devenue un terrain de luttes de classes considérable tout comme le combat à mener contre les tenants de l’ordre dominant capitaliste. Si chacun·e d’entre nous tente d’accorder, le mieux possible, ses actes personnels avec ses convictions, convenons qu’il s’agit surtout d’un combat collectif et de convergences solidaires sur le terrain politique afin d’opérer les transformations sociales et écologiques incontournables.

Dans ce combat nous avons besoin de faire notre propre travail de définition. Chaque mot, selon le contexte, recèle une acception donnée. Ce travail est nécessaire afin de clarifier le sens même de nos engagements. Il en est ainsi du concept de développement durable.

Le développement durable est, selon la définition de la Première ministre norvégienne Mme Gro Harlem Brundtland, en 1987, « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Cette définition est devenue insatisfaisante. Car la notion de développement durable, a été récupérée à des fins de marketing par les grands groupes capitalistes. Pour autant, nous ne portons pas la croyance d’un perfectionnement global et linéaire de l’humanité. Nous militons pour un développement responsable par une croissance maîtrisée dans son contenu. Nous voulons répondre au bien vivre qui s’oppose au vivre mieux. Donc rien à voir avec la notion de décroissance érigée en système. Il est donc indispensable aux progressistes de se réapproprier le concept en agissant pour que soient mis en relation l’ensemble des déterminants du développement, qu’ils relèvent de l’écologique, du politique, du social, de l’économique, du territorial, du rapport à la démocratie représentative et d’intervention. Sans  oublier ceux qui concernent l’épanouissement humain dans ses diverses composantes.

Créer les conditions d’un véritable développement durable implique de situer, avec lucidité, les responsabilités, les blocages dans la société, de remettre en cause la loi du profit-roi, de poser les questions des gestions nouvelles, de la mobilisation de l’argent, pour le progrès et non pour le profit.

En bref, il s’agit de mettre l’humain et ses aspirations émancipatrices au cœur du développement… C’est ce que nous nommons  le développement humain durable.

Il est incontournable de prendre en compte la dimension planétaire et internationale de la crise environnementale. En effet, la pollution n’a pas de frontières, la spoliation des terres par les multinationales industrielles et financières, la dette écologique des pays riches à l’égard pays en développement sont des réalités lourdes de l’empreinte environnementale planétaire. Un jeune militant, lors d’une rencontre à Marseille indiquait : « 100 entreprises transnationales sont responsables de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Moi, je crois qu’on a trente ans d’avance parce qu’on conteste la toute puissance du capital ». Sans compter les délocalisations d’industries dans des régions où les normes sociales et environnementales sont quasiment inexistantes. Dénoncer ces scandales est décisif. L’interdépendance environnementale est une réalité que nous ne saurions cacher à notre conscience de militants internationalistes.

C’est pourquoi nous devons développer toutes les formes de convergences possibles car les habitant·e·s de la planète ne sont pas égaux face aux conséquences des dégâts du capitalisme. Porter une ambition solidaire internationale constituée de coopérations, de luttes communes, de rassemblements divers pour contester l’égoïsme de la minorité qui impose son mode de vie est une nécessité de tous les instants. Sinon nous risquons de nouveaux conflits et le déplacement massif d’hommes et de femmes qui ne pourront plus vivre sur leurs terres. Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme car c’est déjà une réalité.

Nous avons fait vivre de telles ambitions, par exemple, lors de la COP21 avec notre pétition internationale qui affirmait « qu’ un accord  global  était possible à condition de dégager une vision solidaire du développement humain durable à l’échelle du monde sur la base de décisions qui doivent être contraignantes pour les États mais différenciées et fondées sur des principes de solidarité et d’équité […]. Nous exigions en tant que citoyens, opposés à la mondialisation capitaliste et à la course au profit, en lien avec plusieurs partis progressistes du monde […] que tous les pays  riches et industrialisés, qui ont la première responsabilité du réchauffement climatique, s’engagent […] à sortir de leurs égoïsmes nationaux et de l’inaction climatique. »

Nous concrétisons également cette ambition à l’échelle européenne, au travers du groupe de travail Environnement du Parti de la gauche européenne, et très récemment lors du Forum européen alternatif de Marseille. Permettez-moi de saluer les camarades des différentes formations du PGE ici présent·e·s qui participeront également demain à l’atelier Europe.

Nous pouvons amplifier notre engagement sur ce terrain. Cela est d’autant plus possible que notre parti est observé par tous les mouvements progressistes du monde, déterminés, tout comme nous, à combattre la mondialisation capitaliste.

En effet, nous avons en commun un adversaire : le capitalisme !

Dans sa contribution, Paul Sindic[4]dénonce le montant de la monstrueuse accumulation financière des 1% les plus riches, soit 1400 milliards/an et appelle à une répartition de ces richesses pour aider les pays en développement.  Alain Badiou, interrogé par le journal «Le 1» sur ce que sont pour lui les piliers du communisme précise, je le cite: «Le premier principe, c’est qu’il faut arracher l’appareil productif au contrôle de la propriété privée. Il faut en finir avec l’oligarchie capitaliste qui domine actuellement le monde entier. […] Aujourd’hui, 260 personnes, en termes de revenus et de patrimoine, possèdent autant que trois milliards d’autres, ce qui est une concentration inouïe de la richesse, sans précédent dans l’histoire humaine. Il faut en finir avec cela ».

L’adversaire est donc bien identifié. Il faut le démasquer sans cesse auprès du plus grand nombre et construire des alternatives démocratiques. Car une chose est certaine, le capitalisme n’est pas éco-compatible. Il a, certes, la capacité à récupérer et à s’adapter aux aspirations de la société mais il s’agit, pour lui, de tout changer sans rien changer … pour les plus riches. C’est ainsi qu’il avance l’idée de croissance verte, de capitalisme vert : il faut tout peindre en vert sans pour autant s’attaquer aux inégalités sociales, culturelles et environnementales. Le journal Capital ne dit pas autre chose lorsqu’il titre: « Comment profiter soi-même de la folie du businesse vert ». Tout est dit.

Le mode de production actuel de biens et de services n’est plus soutenable, ni écologiquement, ni socialement.

Le capitalisme est incapable de résoudre la crise écologique pour une raison simple. La recherche et à court terme du profit maximum est incompatible avec le maintien, voire le développement, des écosystèmes qui ont besoin de temps longs.

Pour le capitalisme, tout peut et doit se ramener à un prix, avec son complémentaire, le marché dont l’État est à la fois organisateur et garant.

Pour le capitalisme la nature a un prix; il marchandise la biodiversité afin de répandre ses produits transformés dans les pays occidentaux après avoir spolié les ressources naturelles et les peuples autochtones.

Le carbone est une valeur marchande cotée en bourse. Les détenteurs d’actions sur le marché européen se sentent ainsi désengagés de toute initiative de lutte contre les changements climatiques.

Nos déchets sont au cœur d’un marché, aujourd’hui mondial, qui a sa bourse, ses ressources, ses réseaux, ses débouchés et même sa presse. Le marché des déchets en France est estimé à plus de 6 milliards d’euros.

Entre 5 % et 12% de la valeur totale de la production végétale destinée à l’alimentation humaine – estimée entre 2 et 5 Milliards d’euros – dépendent des pollinisateurs. Le marché préfère pourtant répandre ses 2 Milliards d’euros d’insecticides de la classe des néonicotinoïdes tuant encore les abeilles alors que celles-ci nous rendent un service vital de grande qualité et «gratuit».

Volkswagen  a pris le risque de perdre 18 Mds€ sur un chiffre d’affaire de 260 Mds d’euros (tout de même), en truquant les mesures d’émissions polluantes. Le « dieselgate », ce scandale industriel et sanitaire, a révélé le total mépris des grands groupes automobiles à l’égard de la santé des populations alors qu’une étude chiffre par dizaines de milliers les morts par pollution de l’air en Europe.

Avec la fin de l’État stratège, le marché s’est emparé de l’aménagement du territoire pour ses profits, au détriment de l’intérêt général des populations et des territoires.

On le voit bien, les activités économiques à vocation court-termiste du capitalisme, provoquent sciemment des impacts sur l’environnement. Si sonmode de production productiviste a, certes, permis de créer d’importantes richesses dans l’histoire, c’est au prix d’une répartition toujours plus inégalitaire des richesses, du saccage de la planète, d’une surexploitation toujours plus importante des êtres humains et des ressources naturelles. Nous sommes non seulement au cœur des contradictions capital / travail mais également des contradictions capital / nature.

 10 premiers parti-pris écologiques pour identifier notre écommunisme

L’ambition des communistes est de bâtir une alternative politique au service du bien-être et de la préservation de la planète. L’écommunisme sera, si nous le décidons, cet ensemble cohérent, offensif et identifié de parti-pris au service du combat écologique communiste.

En effet, nous sommes à la croisée des chemins entre, d’une part, un mode d’exploitation des êtres humains et de la nature qui fait courir le risque de réelles menaces pour l’humanité et, d’autre part, la construction, en cours, d’un autre monde, respectueux de la vie des hommes et des femmes, comme de leur environnement. D’ores et déjà, nombre de citoyen·ne·s agissent pour réponde à leurs réels besoins et perçoivent le capitalisme comme un obstacle à leurs aspirations au bien vivre.

C’est un nouveau monde qui cherche à se développer, non pas sur la concurrence, de tou·te·s contre tou·te·s, mais sur la coopération, la solidarité et la préservation des ressources naturelles. Àce monde-là, qui émerge au travers d’une multitude d’actions, de mobilisations, de savoir-faire, nous voulons accroître notre apport en renforçant nos parti-pris écologiques.

 Le premier de nos parti-pris c’est de faire vivre la démocratie

Seuls le débat et la décision partagée par le plus grand nombre, sont de nature à faire bouger les lignes. C’est déterminant, pour agir efficacement et réduire les nuisances que font peser sur l’humanité le volume et la nature des activités dans le système économique et de production actuels. Pour mener ce débat, les citoyen·ne·s et les salarié·e·s doivent être informé·e·s, documenté·e·s et disposer de nouveaux droits d’intervention. Cela a un coût mais l’avenir en dépend.

La préservation du climat est la mère de toutes les batailles
La température de l’atmosphère continue de s’emballer. La résolution de cet enjeu ne peut-être laissé entre les mains des dirigeant·e·s de la planète, même de celles et de ceux les mieux intentionné·e·s. La démonstration en a été faite lors de la COP 21, à Paris. L’absence d’aucune contrainte, d’aucune sorte, notamment à l’égard des puissants de ce monde est emblématique de leur incapacité à régler le problème. Les peuples doivent s’en mêler car c’est l’affaire de tou·te·s, du petit agriculteur des Andes comme du citoyen urbain en Europe… Le climat doit être géré par la communauté humaine mondiale afin de pérenniser ses bienfaits pour le présent et le futur. En ce sens il est un commun. Les sociétés doivent se décarbonner et principalement leurs économies et leur industries. Cela veut dire réduire de façon conséquente, et le plus rapidement possible, toutes les énergies carbonées (gaz, charbon, pétrole) et organiser des mix énergétiques composés de ressources les moins productrices de gaz à effet de serre. Développer, également, le rail au détriment du camion ou du bus, rénover thermiquement les logements, penser un mode agricole économe en intrants chimiques… Tout cela peut prendre du temps. Or les gouvernements qui se sont succédés depuis des décennies ont refusé d’en prendre la mesure. Et la présence de Nicolas Hulot dans le gouvernement Macron n’a pas résolu la question, loin de là même, malheureusement. C’est pourquoi il n’y a plus de temps à perdre pour décider d’agir en lien avec les citoyen·ne·s pour bâtir d’autres choix anticapitalistes et les logiques actuelles du président des riches ou des très riches, c’est selon…

Nous refusons tout projet de société qui parierait sur les peurs

Nous nous situons à l’opposé d’une telle conception. Car il n’y a aucun mystère dans l’action humaine. La place du travail scientifique conserve, à nos yeux, toute son utilité pour comprendre le monde. Pensons aux alertes successives que nous adressent les scientifiques du GIEC ou bien ce que nous disent les 15 000 scientifiques sur l’état de la planète et des écosystèmes dont nous sommes une dimension. Il faut donc mener le combat pour réhabiliter la science et le progrès des connaissances. Il nous faut lever une ambiguïté. Ce ne sont pas les avancées scientifiques et techniques qui sont responsables des désordres du monde, mais l’utilisation qui en est faite par les acteurs économiques et politiques.

Le progrès représente plutôt une potentialité au service du progrès humain, social et environnemental.  Pour avancer dans ce sens, la recherche doit pouvoir disposer de réels moyens et pouvoir travailler sans entrave ou contrainte de quelque sorte que ce soit. Elle doit permettre d’ouvrir de nouveaux horizons au développement humain et solidaire.

Agir avec le principe de précaution ?

Les parti-pris écologiques classiques posent problème lorsqu’ils alimentent des peurs irraisonnées sur les technologies et participent d’un dénigrement de l’industrie. Le principe de précaution est inscrit dans la constitution. S’il est difficile pour les populations en général d’émettre une opinion sur les débats d’experts, le monde du travail éprouve, lui, un malaise chaque fois que des jugements péremptoires alertent sur des possibles nocivités des produits et pratiques de production qu’il met en œuvre. Dans ce contexte, des intellectuels de droite et le patronat mettent en cause le principe de précaution, en arguant que vouloir s’imposer la règle du « zéro risque » est un obstacle à toute innovation. Pour les communistes, le développement de nouvelles technologies est le moyen de trouver des solutions productives répondant aux exigences écologiques. Alors existe-t-il une façon rationnelle d’appliquer le principe de précaution, évitant qu’il soit un frein excessif à l’application des technologies nouvelles, ou qu’il conduise à des mesures draconiennes excessives ? Ce sujet devrait faire l’objet d’une instruction collective afin de préciser notre option. Le débat est ouvert.

Mener dans un même mouvement le combat contre les inégalités sociales et environnementales

Il n’y a pas de domaine réservé ; la lutte de classes frappe aussi à la porte de l’écologie. Comme le souligne Jean Barra[5], « Quand il s’agit de discuter s’il vaut mieux planter un tilleul ou un cèdre sur la place de la mairie, il est difficile de voir là-dedans une forte influence de la lutte de classes ». Toutefois, « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes » nous enseigne le Manifeste du parti communiste. L’écologie est au cœur d’enjeux de classes qui ont pour conséquence le développement des inégalités, ici, en Europe et dans le monde. L’approfondissement considérable des inégalités sociales et de patrimoine s’accompagne, toujours et encore, d’inégalités sur le plan écologique dont les conséquences prennent une tournure majeure et dramatique pour nombre de citoyen·ne·s de la planète. L’interdépendance des phénomènes écologiques renforce ce constat. La lutte, dans un même mouvement, contre les inégalités sociales et environnementales, notamment dans les quartiers populaires, là où la crise sévit le plus, constitue un « marqueur » communiste. Avec les plus démuni·e·s, nous voulons mettre du contenu de classe dans l’écologie.

 Un nouveau mode de production et consommation

Le productivisme, que nous condamnons, est ce système qui augmente sans cesse la production et la productivité sans en mesurer les conséquences pour l’homme et la nature. Le capitalisme mondialisé et financiarisé est le moteur de cette vision du développement.

Ce qui doit changer, c’est l’objectif même de la production des biens et des services, dont le moteur est aujourd’hui la recherche de la rentabilité financière.

Cela passe par mettre au cœur du débat politique les questions suivantes : quelles richesses produire ? Comment les produire, pour satisfaire qui et quels besoins ?

Pour cela, trois séries d’actions sont nécessaires.

  1. De nouveaux pouvoirs des salarié·e·s et des élu·e·s dans les décisions stratégiques des entreprises, des critères alternatifs de gestion, l’instauration de nouveaux mécanismes de crédit favorables à l’emploi, à la formation et à l’environnement, sans oublier d’associer très fortement les populations aux décisions qui les concernent.
  2. De nouveaux indicateurs, en remplacement de ceux du PNB et PIB, pour mesurer le bien être humain, comme les indices de développement humain (santé, éducation, droits de l’homme…).
  3. Des éléments de mesure de l’état de la naturetels l’Indice Planète vivante(WWF) ou bien la mesure des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature ….

Les salarié·e·s, détenteurs·trice·s des savoir-faire sont très bien placé·e·s pour apporter leur expertise. Tandis que les citoyen·ne·s et consommateurs·trice·s savent quels sont leurs réels besoins. Mettre fin à l’obsolescence programmée, développer l’éco-conception, les filières de réparation et de recyclage, développer considérablement l’économie circulaire pour que les déchets des uns deviennent les ressources des autres, tout cela serait créateur d’emplois pour une industrie qui ne s’opposerait pas à l’environnement, bien au contraire.

Il faut que la puissance publique s’en mêle (de la commune à l’Europe, en passant par l’État), qu’elle définisse de nouvelles institutions et de nouvelles politiques, y compris et surtout industrielles.

 L’industrie n’est pas le problème, c’est la solution

L’industrie ne doit plus être guidée par les seuls intérêts financiers. Pour nous, l’industrie n’est pas le problème, c’est la solution car la novation industrielle au XXIe siècle sera écologique ou ne sera pas.

Nous avons l’ambition d’assurer le développement d’une industrie respectueuse de l’environnement et de la préservation des ressources naturelles afin de satisfaire les besoins essentiels des populations.

Nous ne pensons donc pas que l’industrie soit par essence l’adversaire de la nature. Bien sûr le productivisme et le consumérisme doivent être combattus et nous les combattons. Par contre, toutes les innovations technologiques qui permettent de réduire les pollutions et le prélèvement de ressources naturelles doivent être encouragées.

Nous avons besoin pour cela de vraies politiques publiques dans la durée, coordonnées du local au mondial, s’appuyant sur de grands services publics intégrés. La relocalisation des activités industrielles est un impératif écologique.

La montée des besoins en matière de services au développement des personnes comme la révolution numérique sont de nature à transformer le contenu de la croissance en généralisant, par exemple, pour cette dernière, l’existence de lieux de production et de création décentralisés, distribués et connectés en réseau, gratuits et ouverts à tou·te·s, comme les fab-labs… Enfin, l’essor des industries et de la recherche écologique est un élément constitutif d’une croissance renouvelée au travers des secteurs du bâtiment, de l’énergie, des matériaux, de l’agroalimentaire…

L’alimentation comme l’eau sont nécessaires à la vie

Or, dans le monde, des millions de personnes en sont privées tandis qu’à l’autre bout, se développent des maladies chroniques dues à la mal-bouffe. L’alimentation doit être pensée dans son ensemble, « de la fourche à la fourchette », afin de répondre à la satisfaction des besoins d’une alimentation saine et accessible à toutes et tous. Dès lors, juste rémunération des producteurs, circuits courts, relocalisation, transparence des processus industriels de transformations doivent être au cœur de nos préoccupations.

Les liens entre agriculture, alimentation et lutte contre la précarité doivent devenir un axe de mobilisation régulier. Ces liens sont indissociables d’une véritable révolution des modes de production pour passer d’un modèle agricole productiviste à une agriculture agro-écologique, respectueuse de l’environnement et de la santé, contribuant à la lutte contre la pollution et le changement climatique.

Penser l’enjeu des communs

Selon la définition la plus usuelle, un commun est un système ouvert avec, au centre, une ou plusieurs ressources partagées, gérées collectivement par une communauté ; celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en ayant le droit de l’utiliser. Ces ressources peuvent être naturelles, matérielles, immatérielles. Alain Obadia précise dans Cause commune« la gestion des communs obéit […] à une logique alternative : celle du partage du droit d’usage et du maintien en bon état […] pour les générations futures. L’eau, l’oxygène, le climat, les semences mais aussi la libre circulation de l’information, des connaissances et du savoir sont le plus souvent cités dans la liste des biens communs ». Les communs mondiaux peuvent permettre à l’humanité de se donner les moyens de surmonter la crise écologique. Nous devons nous saisir de ce  sujet de grand intérêt afin de l’inscrire dans la palette  de nos pratiques alternatives.

Défense, promotion et développement des services publics
Le développement des services publics de l’environnement et de l’écologie devient crucial, tout comme celle d’entreprises publiques fonctionnant avec des critères d’économie de ressources naturelles et de moyens matériels… Des services publics nationaux qui doivent coopérer entre eux jusqu’au niveau mondial… C’est ce que font, en quelque sorte, les élu·e·s communistes au quotidien dans le cadre de leurs mandats. Il agissent pour l’environnement répondant ainsi aux aspirations de leurs concitoyen·ne·s. Il le font souvent de façon singulière et innovante et toujours en co-élaboration avec les populations. Les élu·e·s s’entourent d’équipes de qualité pour donner au service public la force de l’intérêt général et de la mise en commun ou encore en soutenant l’existence d’un secteur associatif, coopératif dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Cet atout doit être une source d’inspiration et être nettement plus valorisé.

C’est dans cette dynamique que doivent s’inscrire nos mobilisations pour la défense, la promotion et le développement des services publics comme ceux de l’eau et des déchets qui restent à créer. Les luttes actuelles pour préserver le service public ferroviaire et de l’énergie sont emblématiques du sens de notre combat transformateur. Car l’élaboration des directives libérales, avec l’accord de nos gouvernements successifs, pour déréglementer et livrer à la concurrence des pans entiers de nos activités publiques n’ont qu’un seul but : ouvrir de nouveaux espaces d’appropriation et de profits au marché libéral.

Accepter cela reviendrait à abandonner des biens communs essentiels appartiennant à la Nation – c’est à dire à toutes et tous les citoyen·ne·s – au marché.

Développer les services publics et s’émanciper des marchés demande des financements publics, beaucoup plus massifs qu’actuellement, qui ne soient pas financés par une taxe marchande.

 En forme de conclusion

Travailler, approfondir, actualiser en permanence les constats et nos parti-pris c’est s’inscrire, à notre façon, au cœur de la conscience citoyenne et écologique planétaire. Ce ne sont pas des gros mots mais une réalité que nous avons la responsabilité de faire vivre. Chemin faisant, nous prendrons conscience de notre propre force en lien avec les attentes des populations. Notamment de la jeunesse, dont 70% des moins de 40 ans pensent que le réchauffement climatique est une préoccupation urgente que les gouvernements doivent prendre à bras le corps. Cette exigence s’accompagne d’un désir accru de transparence. 90 % des personnes interrogées (Ifop/WWF ) sont favorables, par exemple, à la transparence complète sur les prix des produits alimentaires : quelle part est allouée à la rémunération des agriculteurs, quelle part correspond aux marges des distributeurs et de l’industrie, etc. Pour affronter les enjeux environnementaux, les personnes interrogées comptent avant tout sur les pouvoirs publics (49%), les entreprises (28%), plus que sur les ménages (18%).

L’écologie est bien une question centrale du XXIe comme le soulignait Pierre Laurent, en 2016 à Reporterre.

Alors, nous pouvons avec notre débat de ce soir et avec les propositions issues des ateliers de demain, bâtir un véritable plan d’actions s’inscrivant dans notre recherche globale d’alternatives au capitalisme. Notre écologie n’a rien à voir avec l‘écologie intégrale de la droite ou l’écologie nationale de l’extrême droite particulièrement dangereuse. Par contre, notre écologie est en convergence avec les courants progressistes de gauche ouverts au débat, même si nous pouvons avoir des désaccords sur des sujets structurants. Nous pouvons faire de notre projet écologique un marqueur essentiel, dans la pensée et dans l’action, du communisme du XXIe siècle qui nous identifiera comme écologistes.

Alors, cher·e·s camarades, cher·e·s ami·e·s, ouvrons en grand les portes à l’écommunisme !

[1]                Le Capital, livre 1, Éd. Sociales, p. 565-567

[2]          Prix Nobel de chimie en 1995.

[3]                Selon un sondage Ifop/Humanité, la protection de l’environnement (+ 9 points par rapport à 2014) arrive désormais en troisième position parmi les priorités, après l’égalité et la redistribution des richesses !

[4]          Paul Sindic est membre de la coordination de la commission Écologie

[5]          Jean Barra est membre de la coordination de la commission Écologie

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