Que faire du bon sens ? Tout le monde en est doté, c’est sûrement la chose la mieux partagée au monde, comme l’affirmait Descartes. Or il n’est pas infaillible, il peut nous induire en erreur. C’est en cela que la science, les statistiques, l’analyse fine peuvent nous aider à porter un regard plus juste sur le monde. Depuis quelque temps, nous assistons à une instrumentalisation du bon sens. C’est majoritairement le fait des droites, mais aussi de tous les populismes. Le « bon sens des campagnes » serait bien plus proche de la vérité des problèmes que les intellectuels des grandes villes. Sous-entendu : le populisme se nourrit de la défiance envers des élites, y compris scientifiques.
Les discours populistes simplifient à l’extrême des questions complexes en utilisant l’argument du « bon sens » pour discréditer des années de recherche et d’expertise. C’est en cela que le terme est dangereux. Un exemple caricatural : les débats sur le changement climatique voient souvent surgir des arguments fallacieux ; ainsi, une incapacité à prédire la météo du lendemain est utilisée pour remettre en cause des prédictions climatiques à long terme. Ces attaques ne sont pas anodines, elles visent à semer le doute et à affaiblir la confiance du public dans les institutions scientifiques.
En Hongrie, aux États-Unis, et même en France, des coupes drastiques dans les budgets de la recherche et de l’éducation témoignent de cette tendance inquiétante. Aux États-Unis, où sous la présidence Trump la dérive antiscientifique prend un tournant dramatique, les discours populistes mènent à la catastrophe pour tous. Que l’on songe à la problématique du réchauffement climatique avec la fin de programmes de recherche essentiels au service du GIEC ou encore à la suppression pure et simple de données scientifiques, trop en désaccord avec certaines « certitudes », et surtout trop en désaccord avec certains intérêts particuliers. Le capital préfère une science qui ne remette pas en cause ses marges bénéficiaires plutôt qu’une science qui y appose des limites.
Face aux défis de l’heure, il est crucial de réaffirmer l’importance du débat et des faits scientifiques. La science n’est pas une croyance, c’est une démarche – en ce sens, le titre de docteur ne donne pas le droit de raconter n’importe quoi. Elle est essentielle pour aborder les défis qui se présentent à nous : changement climatique, biodiversité, santé publique, inégalités sociales… Il n’y a pas une science plus utile qu’une autre, toutes seront nécessaires et se doivent d’être associées pour répondre à ces grands défis. La liberté académique et l’esprit critique sont des piliers de nos démocraties, une démocratie sociale au service de tous, et non une démocratie réduite à des intérêts particuliers. La défense de la démocratie n’est pas que de l’affaire des scientifiques.
Accueillir en France des milliers de scientifiques États-uniens, comme le souhaite le président de la République, n’est pas la solution quand dans le même temps ce même président et son gouvernement utilisent les mêmes ressorts populistes et coupent massivement dans les budgets de la recherche et de la formation. C’est d’une culture scientifique partagée que l’on a besoin pour protéger le débat démocratique de toutes les formes de populismes. Avec Progressistes, nous avons à cœur de prendre notre part dans la défense de la science. Nous soutenons toutes les démarches allant dans ce sens : les luttes des chercheurs du CNRS pour protéger leur et notre outil de production du savoirs, le mouvement Stand Up for Sciences contre les attaques de Trump et de ceux qu’il représente, la participation des chercheurs au débat public malgré la difficulté de la tâche dans le contexte médiatique actuel. Progressistes, défendons les sciences, le débat éclairé, et surtout luttons contre ceux qui voudraient nous faire croire que le bon sens vaut bien ce que dit la science !

