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Métaux et terres rares : l’autre problème de la transition énergétique – Bruno Chaudret

Métaux et terres rares :

l’autre problème de la transition énergétique

Un problème très largement occulté par le débat sur les sources d’énergie de l’avenir, mais qui y est lié : l’épuisement des ressources en terres et métaux rares.

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Platine : élément stratégique majeur servant au raffinage du pétrole, à la fabrication de piles à combustible (batterie de stockage de l’électricité) ou encore d’injecteur pour moteurs à réaction (aviation).

 

Si l’on se réfère à la transition énergétique, les deux raisons qui la rendent nécessaire et urgente sont d’une part la raréfaction des hydrocarbures (pétrole et dans une moindre mesure gaz) et d’autre part la nécessité de trouver des énergies décarbonées pour limiter la production du dioxyde de carbone (CO2), l’élément principal du réchauffement climatique. Pour décarboner l’énergie, les pistes évidentes sont la conversion de l’énergie solaire, en chaleur ou en énergie électrique et la multiplication des éoliennes ou des barrages ou de dispositifs utilisant la force des marées, mais qui ont tous en commun, de convertir l’énergie mécanique en énergie électrique. En parallèle, il est nécessaire de réduire la consommation énergétique, notamment dans tous les composants électroniques et dans les moteurs thermiques. Enfin, l’épuisement du pétrole nécessite de trouver des sources alternatives pour les produits de base que sont, par exemple, les polymères (matières plastiques) ou les médicaments. On peut penser à créer une industrie chimique plus respectueuse de l’environnement et basée sur des matières premières vertes, notamment pour les polymères. On peut également abandonner le moteur à explosion au profit des piles à combustible qui, en théorie, utilisent la réaction de combustion de l’hydrogène pour générer de l’électricité et ainsi alimenter un moteur électrique ; les preuves de concept existent. Tout ceci indique clairement les pistes à suivre, si l’on rajoute, quoi qu’on en pense à ce stade, la découverte aux États-Unis et dans d’autres pays de vastes réserves de gaz de schiste, il est tentant de penser que le problème est d’une actualité moins brûlante qu’on aurait pu le penser il y a quelques années. C’est d’ailleurs ce qui est officiellement ou officieusement la position des différents États : la transition énergétique peut attendre la fin de la crise ! On oublie généralement un point important, la conversion d’énergie nécessite des processus complexes que nous allons survoler et, par ailleurs, la miniaturisation des circuits électroniques implique l’emploi d’éléments de protection électromagnétique pour éviter les interférences entre les circuits (transmettre ses coordonnées GPS quand on vient de prétendre par téléphone être cloué au lit par une grippe…). Tout ceci a un point en commun. Il faut utiliser des systèmes complexes qui font appel à des matériaux stratégiques.

UNE QUESTION STRATÉGIQUE

Mine d’or à ciel ouvert en Australie

La société britannique de géologie a publié une liste des éléments stratégiques avec un classement de leur situation. La situation la plus critique concerne l’antimoine mais en numéro 2 on trouve les métaux précieux, puis ce dont on a parlé ci-dessus : Niobium, Tantale, Cobalt, Tungstène, Indium, terres rares etc… À quoi servira d’avoir des hydrocarbures ou de la biomasse s’il n’y a plus de catalyseurs pour les transformer ? À quoi servira d’avoir du vent ou du soleil si l’on ne sait plus transformer ces énergies ? Il est urgent de prendre conscience de ce problème…

QUELLES SONT LES PISTES ?

réserver les éléments stratégiques aux utilisations pour lesquelles ils n’ont pas d’équivalents,

développer la recherche pour trouver des alternatives, par exemple utilisation du fer, du nickel ou du chrome en catalyse (bien que ce dernier soit particulièrement toxique), utiliser du zinc plutôt que de l’indium ou du cadmium pour les dispositifs photo-voltaïques.

arrêter la gabegie et recycler les circuits électroniques

être économe de ces ressources.

Le dernier point est plus politique. On a vu dans la période récente que la politique extérieure des États-Unis se préoccupait uniquement de l’approvisionnement énergétique de son territoire. C’est ce qui a donné lieu aux deux « guerres du Golfe ». La mise au pas de l’Irak, la tutelle exercée sur le Moyen Orient et la découverte d’immenses gisements de gaz de schiste a fait baisser la pression dans ce secteur. Par contre, on a vu le développement de guerres et d’interventions en Afrique liées à l’uranium, au cobalt et au coltan. Ceci motive également, au moins en partie, la présence de la Chine en Afrique et le regain d’intérêt des États-Unis pour ce continent. Par ailleurs, les réserves de terres rares exploitables sont en Chine et celles de métaux précieux en Afrique du sud. Si on n’imagine pas une attaque frontale des États-Unis contre la Chine, il est à craindre que la présence des métaux précieux n’interfère avec le processus démocratique en Afrique du sud. La politique internationale et le risque d’interventions extérieures peuvent être liés à ces ressources. Il faudra une fois de plus décrypter les « interventions humanitaires » de nos dirigeants occidentaux. En conclusion cet article ne fait que survoler le problème d’épuisement des richesses minérales de la planète mais son ambition est d’alerter sur un sujet souvent ignoré.

*BRUNO CHAUDRET est directeur de recherche au CNRS et membre de l’Académie des Sciences.

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