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Les projets de coopération internationale avec Cuba, Vincent Govelet*

Le blocus, c’est l’injustice la plus vile. Et cette injustice, c’est ce que la puissance états-unienne inflige au peuple cubain depuis février 1962, jusqu’à maintenant. Un chiffre fait froid dans le dos pour caractériser le plus long blocus de l’histoire contemporaine : 80 % de la population cubaine est née sous le joug de la guerre économique, commerciale, politique et sociale que les États-Unis mènent contre ce pays.

*Vincent Govelet est coordinateur de la campagne Solidarité avec Cuba du PCF.

UNE SITUATION ALARMANTE

Entre le 1er mars 2024 et le 28 février 2025, le blocus a causé sur l’île des dommages matériels estimés à 7 556,1 millions de dollars, soit une augmentation de 49 % par rapport à la période précédente. Cela résulte des mesures de plus en plus restrictives mises en place par l’administration états-unienne.

Et avec le retour de Trump au pouvoir aux États-Unis, la Grande Île a vu s’installer le renforcement de la politique d’asphyxie des Cubains, avec, entre autres, le retour de Cuba sur la liste états-unienne de pays soutenant le terrorisme, malgré son retrait de la même liste par l’administration Biden aux derniers jours de son mandat, ce qui montre bien la caractère très politique et instrumentalisé d’une telle décision.

Cuba traverse aujourd’hui la période la plus compliquée de son histoire depuis le début de la Révolution, en 1959 : les conséquences du blocus sont dramatiques, tant pour ce qui est de l’accès aux produits de première nécessité comme à l’énergie. Les coupures de courant sont monnaie courante dans l’île, où plusieurs pannes généralisées ont eu lieu depuis le début de l’année 2025. Une période décrite par les Cubains eux-mêmes come pire que la « période spéciale ».

POUR UN COMBT ANTI-IMPÉRIALISTE

Il n’y a pas un instant à perdre car la politique d’extrême droite de Donald Trump s’attaque à Cuba sur tous les plans pour, in fine, détruire le pays qui demeure à ce jour l’un des plus grands symboles de résistance à l’impérialisme au niveau mondial. Mais ce n’est pas tout : en voulant mettre fin coûte que coûte au processus révolutionnaire cubain, les États-Unis envoient un double signal :

– d’une part, ils indiquent que pour eux le droit international est caduc et qu’ils comptent dicter leur loi à l’échelle mondiale ; en effet, les lois états-uniennes d’extraterritorialité attaquent la souveraineté économique des États tiers. Leurs effets en sont particulièrement visibles en Europe, et donc en France. Les circuits bancaires et économiques sont rendus impossibles, sans que l’Union européenne, pourtant figure de proue de la liberté de circulation des marchandises et des capitaux, s’y oppose malgré un arsenal juridique qui pourrait le lui permettre ;

–  d’autre part, ils réaffirment en toute illégalité que l’Amérique latine doit rester leur arrière-cour, et que toute velléité d’émancipation de la tutelle de l’Oncle Sam sera sévèrement punie. Au-delà, c’est l’ensemble des pays de la planète qui sont menacés comme nous pouvons le constater actuellement à travers la flambée belliciste qu’alimentent les dirigeants de ce qu’on appelle « grandes puissances ».

En tant que progressistes, il n’est pas pensable de laisser faire !

La coopération territoriale avec Cuba s’inscrit dans une démarche de résistance. C’est d’ailleurs le troisième volet de la campagne de solidarité du PCF avec Cuba, lancée au 39e congrès du PCF. Avec la solidarité politique et l’aide matérielle concrète, la coopération territoriale complète le dispositif.

Et le contexte actuel s’y prête. En effet, à l’approche des élections municipales, il y a une réelle opportunité pour impliquer les collectivités. Favoriser les jumelages, les accords de partenariat économiques et culturels au niveau des collectivités territoriales, par exemple par l’accueil de délégations cubaines en France et/ou de groupes de tourisme social à Cuba. Travailler à la question de la diplomatie des collectivités territoriales et du rôle qu’elles peuvent jouer sur ce plan international précis…, autant de choses qui ont déjà été faites au niveau local et qui doivent se multiplier.

Dans ce sens, en lien avec nos partenaires cubains, nous avons ciblé des exemples de projets de coopération et de développement concrets à destination des localités. Chaque collectivité, a fortiori celles où nous sommes dans les majorités, doit selon ses moyens pouvoir aider concrètement le peuple cubain, sachant que ces projets s’ancrent dans le cadre du droit international et des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies et mobilisent un peu partout sur le territoire cubain.

Chacun de ces projets doit être mené à bien dans une durée limitée – de six mois à cinq ans – afin de pouvoir voir concrètement son aboutissement avant les élections municipales de 2032. Pour mettre en œuvre ces projets, les collectivités peuvent se rapprocher de l’Institut cubain d’amitié entre les peuples (ICAP), qui coordonne les projets de solidarité ; elles peuvent également travailler avec Cuba Coopération, qui a une longue expérience et savoir-faire en matière de coopération territoriale.

LES CHANTIERS SONT NOMBREUX

Dans le domaine de l’alimentation, il s’agit de développer des projets agricoles en vue du renforcement de la souveraineté alimentaire de Cuba. C’est un sujet prioritaire pour le pays, car actuellement les besoins alimentaires de sa population sont couverts à 95 % par des importations.

En matière de transition énergétique, Cuba doit nécessairement « verdir » son électricité, qui aujourd’hui n’est issue de sources renouvelables qu’à hauteur de 5 %. Il existe des projets qui nécessitent d’être développés pour une coopération visant à développer des parcs de panneaux photovoltaïques, par exemple. En ce qui concerne les centrales électriques, de nombreuses infrastructures ont été développées par des entreprises françaises, comme la centrale de Matanzas, à laquelle Alstom a largement contribué. Mais cette coopération s’est bien évidemment arrêtée lors du rachat d’Alstom par l’entreprise états-unienne General Electric.

Le Capitolio, à La Havane, siège de l’Académie des sciences et de l’Assemblée nationale cubaines.

Par ailleurs sont explorées des pistes pour garantir l’accès à l’eau potable à toute la population ainsi que l’assainissement, au travers de subventions, d’investissements, de formation et/ou de soutien opérationnel à la mise en place d’infrastructures.

Il existe en retour une possibilité de coopération médicale en France. C’est un sujet qui « monte » chez des élus et habitants de l’Hexagone, comme à Guingamp ou à Alès qui souhaitent accueillir des médecins cubains pour faire face à la désertification médicale. Mais aussi en matière de logistique, d’ingénierie, de réseaux de télécommunication, de soutien à l’éducation…

Un des enjeux majeurs du développement de ces projets est la cohésion solidaire entre les habitants des territoires concernés. Il s’agit bien de coopération, pas de charité. En effet, toutes les parties prenantes du territoire – habitants, collectifs, associations, syndicats – peuvent s’associer à un projet pour pouvoir consolider les expertises et les motivations. C’est ainsi qu’on peut mettre en relation, et ce durablement, des habitants de deux territoires qui se trouvent connectés par des projets de coopération, qui échangent, se rendent visite, partagent des connaissances, soutien, aide sur divers plans…

Enfin, et dans le cadre de l’échange entre les différents acteurs français de la solidarité avec Cuba, la mise en partage de l’ensemble des initiatives est un formidable moteur à leur développement et à leur multiplication.

Les paroles du commandant Ernesto « Che » Guevara sont criantes d’actualité : « Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire. »

Eh bien, Cuba n’est pas seule. Et avec la coopération territoriale, le ciment de la solidarité prend plus fort pour imposer une résistance à l’impérialisme et poursuivre le combat pour briser ce blocus illégal et criminel. Un autre monde est possible et il commence lorsque, au-delà de l’indignation face à l’injustice, nous nous organisons pour lui faire face et la combattre.

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