La guerre en Ukraine au-delà des drames humains, des destructions, des morts et des blessés, fait aussi des ravages en créant un climat et une ambiance qui ne favorise pas les dépenses pour faire face aux besoins sociaux et écologiques partout dans le monde. L’heure est à la course aux armements, à l’augmentation généralisée des budgets militaires, autant de milliards qui ne sont plus mobilisés pour les grands défis de notre temps que sont le climat, la sauvegarde de la biodiversité, et la nécessaire transformation de nos économies.
Il se trouve que le GIEC intègre dans ses projections des scénarios sociaux économiques nommés « SSP » «Shared Socioeconomic Pathways », qui décrivent des évolutions possibles du monde, des chemins que pourraient prendre les sociétés ces prochaines décennies. Attardons-nous un instant sur un de ces scénarios celui dit « SSP3 » nommé « rivalités régionales », voici ce qu’en dit le GIEC :
« Un regain de nationalisme et de conflits régionaux relègue les questions mondiales au second plan. Les politiques se concentrent de plus en plus sur les questions de sécurité nationale et régionale. Les investissements dans l’éducation et le développement technologique diminuent. Les inégalités augmentent. Certaines régions subissent des dommages environnementaux considérables. »
Cet état des lieux illustre la voie empruntée dans le monde d’aujourd’hui et annonce le scénario qui pourrait conduire notre planète à 3/4 degré de réchauffement global, là où on vise une limitation à 1,5 selon les accords de Paris.
Pourtant, parler de l’impact de la guerre sur le climat reste un quasi-tabou comme s’il y avait un découplage entre les deux sujets. Ainsi dans les discours politiques, un jour on nous parle à juste titre de la nécessaire atteinte de l’objectif de neutralité carbone, d’ambitieuses trajectoires de baisse des émissions de CO2, d’efficacité et de sobriété, tandis que le lendemain on nous parle d’économie de guerre, de relance de l’industrie de l’armement, de budget militaire toujours plus important.
Les deux sont-ils compatibles face à l’immensité du défi climatique dans la mobilisation des ressources financières, matérielles et humaines?
À quelques mois de la COP 29 qui se déroulera à Bakou, la priorité devrait être à la diplomatie, et à la construction d’une paix durable, d’un traité global de sécurité en Europe et partout dans le monde, pour que l’Humanité se concentre et mobilise tous les moyens pour les seuls objectifs qui vaillent : le développement, l’éradication de la pauvreté et les grands défis environnementaux. C’est en cela que la lutte pour la paix est aussi une lutte pour le climat : il est temps de lever ce tabou sur les conséquences de la guerre sur le climat.


