Quand General Electric Belfort utilise la crise sanitaire pour accélérer les délocalisations, Muriel Ternant*

Au travers d’une lutte qui dure depuis de longs mois, les salariés de General Electric Belfort opposent au groupe des propositions de développement industriel au service du territoire et des besoins des différentes filières. La direction entend manifestement profiter de la crise pour porter un nouveau coup aux travailleurs

GE met à profit la crise sanitaire pour accélérer son calendrier de délocalisation

Après avoir précipité le retour au travail des salariés de production, générant à ce jour une cinquantaine de cas de contamination au covid-19, la direction de l’entité des turbines à gaz a annoncé le transfert accéléré de lignes de production vers la Hongrie, les États-Unis et l’Arabie Saoudite, pour compenser la baisse d’activité consécutive à la mise en place des mesures de sécurité, avec comme unique boussole la préservation du taux de marge de l’entreprise mois par mois.

Cette demande intervient alors que les promesses de diversification qui avaient été faites en octobre 2019 pour arracher l’accord sur le plan de suppressions d’emplois viennent d’être enterrées par la direction. Les perspectives dans l’aviation, l’aéronautique, ou l’éolien sont abandonnées.

Combien de fois allons-nous payer la crise sanitaire ?

En parallèle, la même direction demande à ses sous-traitants de réduire leurs coûts de 20% et reporte les coûts générés par la baisse d’activité sur les salariés, à travers l’obligation qui leur est faite de poser leurs jours de congés ou via le recours au dispositif de chômage partiel sans compensation de salaire, qui consiste à faire prendre en charge par l’Etat Français un salaire diminué.

L’Etat Français, à travers le dispositif de chômage partiel, les salariés, avec la réduction de leurs acquis sociaux, et tout le territoire de Belfort avec la pression financière sur tout le tissu de la sous-traitance, sont donc en train de payer le départ accéléré de GE.

Pillage du territoire

Alors que la pandémie mondiale a mis au jour un nouveau risque, à la fois sanitaire, économique, et social, lié à l’éclatement des chaînes de production sur l’ensemble du globe, le capital poursuit et même accélère sa logique propre de rentabilité à tout prix, quoi qu’il en coûte à l’Humanité, sans jamais mettre à contribution ses profits exorbitants. A aucun moment, GE n’envisage de mettre à contribution ses marges pour participer à l’effort nécessaire contre la pandémie. Pourtant, le premier trimestre 2020 garantissait encore un bénéfice net de 6,2 milliards de dollars au groupe, soit une progression de 73% sur un an.

Alors que la pandémie met en évidence la nécessité de budgets publics importants pour développer les systèmes de santé et les filières sanitaires, la nécessité de nouvelles coopérations internationales pour repenser la localisation des industries et la cohérence des filières, le développement des savoir-faire et des compétences, la préservation des territoires et de l’environnement, GE montre son irresponsabilité sociale, économique, écologique.

Du côté gouvernemental, loin de créer les conditions d’une unité nationale et de coopérations entre pays, la gestion de la crise consiste au contraire à confier un peu plus le pouvoir économique aux grands groupes et aux marchés financiers, avec comme conséquence de nous plonger dès à présent dans une accentuation du conflit entre travail et capital.

C’est donc sans attendre le jour d’après qu’il faut exiger une réorientation de la politique conduite par GE, afin qu’elle garantisse le maintien des salaires et des acquis sociaux, la protection sanitaire, et une distribution de ses activités cohérente avec les nouveaux défis sanitaires et environnementaux. Il est temps de reprendre la main sur les filières industrielles stratégiques, avec des participations publiques assorties de véritables moyens de contrôle sur l’utilisation de l’argent, que pourraient garantir des nouveaux pouvoirs des salariés, des élus, des forces politiques locales, sur la gestion des entreprises.

Nous demandons au président du Grand Belfort, et à la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté de mettre tout le poids des collectivités locales au service de cette exigence, et de soutenir les salariés qui continuent de se battre sans relâche pour préserver à Belfort un avenir pour des industries stratégiques. Dans l’immédiat, il convient d’interpeler le ministre de l’économie afin qu’il fasse au minimum respecter les engagements signés dans l’accord-cadre d’octobre 2019, dont il est le garant.

C’est autour de cette exigence qu’il faut reconstruire le rapport de force de juin 2019, qui avait permis de faire reculer la direction de GE sur son plan de suppressions d’emplois, et d’arracher les engagements qu’elle est en train, une nouvelle fois, de bafouer.

*Muriel Ternant est secrétaire fédérale du PCF du Territoire de Belfort

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