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Business ou démocratie? Jean-François Bolzinger*

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*Jean-François Bolzinger est directeur de Progressistes.


Au vu des récents passages en force sur la loi « travail », la réforme de la SNCF, les libertés publiques, l’immigration…, beaucoup parlent de la France comme étant devenue limite au regard de la démocratie ou entrée dans une post-démocratie.

Comment en serait-il autrement dès lors que le gouvernement de notre pays ressemble à s’y méprendre à celui d’une grande entreprise, avec les mêmes caractéristiques de fonctionnement autour d’un PDG, un DG, un dir’ com’, un DRH, un directeur du marketing…?

Le capitalisme français a conquis les pouvoirs sur le travail et dans l’entreprise, et a réussi à mettre un des siens, un dirigeant économique, à la tête du pays. Désertée par la gauche politique depuis des décennies, l’entreprise est le lieu où liberté, égalité, fraternité n’ont pas droit de cité, où le business et les lobbys tiennent lieu de démocratie, où le modèle libéral s’exprime à plein.
Il ne suffira donc pas de discours de dénonciation ou d’envolées lyriques se contentant de stigmatiser une politique pour les riches pour inverser une logique de transformation structurante de notre modèle social contraire au progrès humain et solidaire.
L’absence de débat et d’intervention politique permanente sur la question des pouvoirs dans l’entreprise et la société est un handicap majeur pour les luttes de résistance et de conquêtes sociales.

Traditionnellement le mouvement ouvrier a appréhendé l’entreprise comme lieu principal d’exploitation. Dans cette filiation, pour le mouvement salarial élargi d’aujourd’hui, l’entreprise est devenue un objet politique en tant que tel, objet d’appropriation sociale.

L’entreprise, communauté de travail créative en liaison avec son environnement, s’affronte à la logique actionnariale qui détruit l’humain et le professionnalisme, qui détruit les hommes et les femmes. Le «Wall Street management » doit laisser place aux principes de démocratie d’intervention, de libération du pouvoir d’agir de chacun et chacune dans le travail et l’entreprise.

L’ampleur de la contestation de la loi « travail » destructrice de solidarités, l’émergence de lanceurs d’alerte pour raisons éthiques, la puissance du combat féministe pour l’égalité, le combat croissant pour orienter la révolution numérique autrement, les ressorts de fraternité qui se manifestent régulièrement… sont significatifs. Tout cela appelle des réponses politiques qui ne soient pas superficielles mais qui s’enracinent dans un débat d’idées et d’interventions dans le travail et l’entreprise.

Seul un combat de résistance et de conquêtes, un combat culturel et idéologique organisé peut réancrer la politique dans le travail. Il se joue dans les échanges et des initiatives physiques comme numériques. Il nécessite la construction d’une force susceptible de redonner crédibilité à la politique en la replaçant comme outil d’intervention majeur des citoyens dans leur vie au travail et dans la cité. 

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