Édito : Entreprise et démocratie d’intervention, JEAN-FRANÇOIS BOLZINGER

Le « J’aime l’entreprise » de Manuel Valls au Medef est apparu d’autant plus comme une provocation envers le monde du travail que le patronat ne cesse, en parfait usurpateur, de cultiver la confusion entre entreprise et employeur ou entre entreprise et société d’actionnaires. Aujourd’hui, le Medef est la seule force organisée à faire de la politique dans l’entreprise alors que les partis politiques n’y ont pas droit de cité. Et il reçoit là le renfort direct du gouvernement. Au même moment, il bénéficie également d’un soutien indirect de ceux qui, à gauche, affirment doctement que l’entreprise n’est plus un lieu de socialisation politique pour le « peuple urbain » et incitent ouvertement ce dernier à délaisser le terrain. 

La crise de confiance envers la politique résulte, en grande partie, de son incapacité à peser sur l’économie. Réduire l’objectif de tout parti politique – la conquête du pouvoir – à la conquête du seul pouvoir d’État, en ignorant l’économie réelle, conduit à renoncer à toucher à ce qui structure le travail et le quotidien de dizaines de millions de personnes, à des déterminants essentiels de la vie en société. Certes, les entreprises et le travail lui-même ont changé de forme, et les qualifications ont fortement progressé. Mais c’est mal connaître le monde du travail que de croire que ces transformations sont telles que l’exploitation a disparu et que l’émancipation est un fait acquis dans la sphère de l’entreprise. 

C’est au contraire la déshumanisation qui règne aujourd’hui dans les entreprises, avec une précarisation des statuts et un Wall Street management coercitif, qui s’attaque à la socialisation et au lien social, casse le professionnalisme, provoque drames humains et gâchis économiques et environnementaux. 

Choix stratégiques concernant l’emploi, le travail, l’entreprise ou encore les services ; choix technologiques, sociaux, financiers…, rien de ce qui se passe dans l’entreprise ne doit être considéré comme indépendant de l’intérêt général. 

Recrédibiliser la politique passe par la conquête du pouvoir économique, c’est-à-dire par une conquête des pouvoirs dans les entreprises, quelle que soit leur forme, et sur les lieux de travail : pouvoirs pour les salariés, pouvoirs pour les populations, pouvoirs pour les collectivités. 

Les sociétés d’actionnaires qui prévalent aujourd’hui sont un objet et un lieu de combat. Il s’agit d’en faire des entreprises au sens de véritables communautés de travail créatives, socles de rassemblement transformateur pour le progrès économique, social et environnemental. 

Le syndicalisme joue un rôle pivot pour obtenir des conquêtes sociales en réponse aux revendications des salariés. La politique doit, elle, s’investir dans l’espace de l’entreprise, dans les formes actuelles de celui-ci, pour promouvoir la démocratie d’intervention sur l’ensemble des choix qui s’y opèrent.

JEAN-FRANÇOIS BOLZINGER est directeur de la revue Progressistes.

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